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Le peintre du "brasier algérois"



Le peintre du
Le Centre culturel algérien à ParisCet artiste-peintre né en Algérie en 1933 d'un père français et d'une mère algérienne a eu un succès fulgurant.Une importante rétrospective de l'oeuvre de l'artiste René Sintès est exposée depuis mercredi dernier à la galerie du Centre culturel algérien (CCA), rendant ainsi un hommage posthume à celui qu'on qualifie de «Peintre du brasier algérois» pour avoir peint la Casbah en pleine bataille d'Alger et plus tard ses meurtrissures, provoquées par la folie criminelle de l'OAS, à la veille de la proclamation de l'Indépendance nationale. Grâce à une série de photographies prises par René Sintès depuis son immeuble du quartier de La Marine, où il habitait à l'époque, on reconnaît la position exacte des paysages urbains qu'il transposa dans son oeuvre qu'il voua à sa ville natale Alger. Une sélection de plus d'une trentaine de toiles ont été présentées, dans le cadre de cette exposition posthume, au regard d'un public féru d'art, venu nombreux et visiblement impressionné par sa qualité esthétique et sa valeur mémorielle. L'artiste-peintre habitera dans ce quartier des artistes de l'époque, que fut La Marine, jusqu'aux deux attentats au plastic perpétrés par l'OAS les 6 et 7 mars 1962, deux mois avant son enlèvement par le commando Delta de la sinistre organisation. Sintès disparaît alors à jamais à l'âge de 29 ans. Son corps ne sera jamais retrouvé. Après un séjour à Paris, le retour de René Sintès en Algérie, en 1957, coïncide avec le début de la bataille d'Alger où la population de la capitale allait être happée dans la tourmente et les violences perpétrées au quotidien par les parachutistes contre les militants de la cause nationale. La ville est alors sous le régime draconien des arrestations, des couvre-feux, des quadrillages, des barbelés et pénuries de toutes sortes. Malgré les difficultés du quotidien, le peintre reproduit dans quelques-unes de ses toiles, des moments de bonheur familial qui se reflètent dans les couleurs dorées de Marché rempli de lumières une rare représentation chez le peintre de figures humaines et de fruits étalés en premier plan. S'ensuivit dans ses oeuvres, une progression du clair vers les tons obscurs qui viennent se calquer sur les neuf mois de la bataille d'Alger (janvier-septembre 1957). Ses toiles prennent alors des couleurs de plus en plus sombres mêlant l'ocre, le rouge et le noir, telles que Métamorphoses Nocturnes I, Nocturnes II, travaillées au couteau et à la spatule. Sans compter les imbrications fantomatiques de la Casbah qui s'élevaient depuis les fenêtres de l'immeuble de la Marine et que l'artiste a reproduit avec des éclaboussures rouges, simulant le sang répandu alors dans les rues de ce quartier d'Alger.Il se mit alors à peindre la nuit pour échapper à l'ambiance délétère de la capitale, encerclée par l'armée française, et meurtrie par la violence.La Casbah devient ainsi sa source d'inspiration, une muse qui, avec ses tourments exerça sur lui une fascination qui se reflète dans nombre de ses toiles, telles que La Marine, Menace, Couvre-feux, Nuit blanche et Petit matin. L'originalité de la peinture de René Sintès, fut très vite reconnue et il enchaîna à compter de janvier 1960 une série d'expositions, parfois les superposant durant le mois de mars de la même année comme s'il savait ses jours comptés.Elles eurent toutes un succès fulgurant et marquèrent la trajectoire météorite de cet artiste-peintre né en Algérie en 1933 d'un père français et d'une mère algérienne et disparu le 25 mai 1962, deux mois avant la proclamation de l'Indépen-dance nationale, après avoir été enlevé à son domicile d'El Biar où il dut déménager suite à des menaces de mort. Présente à cette exposition posthume dédiée à l'oeuvre de son père et qui se poursuivra jusqu'au mois de mars, sa fille Dominique dira que le quartier La Marine où avait habité son père, «était le symbole du mélange des peuples français et algérien», soulignant que «si l'amitié qui régnait dans ce quartier, avait pu être élargie à toute l'Algérie, peut-être que le cours de l'histoire aurait pris un autre tournant».


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