Alger - Revue de Presse

Le PDG crie au coup monté



Le procès relatif à  l'affaire dite Société de transport des hydrocarbures (STH) mettant en cause le PDG, M. Nabil, et quatre autres cadres de cette société, s'est ouvert hier à  la cour d'appel d'Oran. Le collectif d'avocats, renforcé par deux ténors du barreau d'Alger, a voulu reporter l'audience entamée en début d'après-midi à  cause de l'absence des deux experts désignés pour évaluer les préjudices causés à  Sonatarch. «Le dossier, je l'ai lu à  la virgule près et si vous voulez qu'on vous éclaire sur n'importe quel contenu des rapports, nous le ferons. Mais l'affaire sera jugée aujourd'hui», a tranché le juge. Presque toute l'après-midi a été réservée à  l'audition du premier responsable de cette filiale de Sonatrach invité à  répondre au cas par cas sur la passation (de gré à  gré ou en consultation restreinte) de quatre marchés cités dans cette affaire.
Le premier concerne la fourniture par la firme Trellborg de 232 flexibles sous-marins flottants nécessaires pour les opérations de chargement au large, pour une valeur de 21 millions d'euros ; le second avec DBT pour les bornes escamotables afin de sécuriser les installations pour plus de 6 millions d'euros ; le troisième avec un promoteur local pour la rénovation de la station de déballastage (7 milliards de centimes) et, enfin, un dernier marché contracté à  hauteur de 150 000 euros avec le bureau d'expertise anglais Ernest & Young pour l'élaboration d'un programme de gouvernance d'entreprise.
Le juge a d'abord questionné le prévenu sur les modalités qui régissent la passation de marchés en fonction de ce qui est prévu par les textes (le R15 notamment), les raisons qui ont poussé le PDG à  ne pas demander l'avis des responsables de la société mère qui détient 60% de STH (le reste est partagé entre 4 autres ports pétroliers algériens) et le gonflement des prix et de la quantité pour certains produits. «Il s'agit d'un coup monté», s'est exclamé à  plusieurs reprises le PDG de STH qui impute les accusations à  son ancien président adjoint qu'il a lui-même démis de ses fonctions. «Je suis soumis au code du commerce et j'ai des pouvoirs élargis qui me donnent le droit de prendre ce genre de décisions conformes à  la loi», a-t-il déclaré après avoir exposé son parcours exemplaire au sein de Sonatrach avant de se voir confier la tâche de diriger la nouvelle société, créée en 2005, sur suggestion, selon lui, du président de la République qui a voulu faire le chargement des navires au large, comme dans les pays du Golfe. «Pouvoirs élargis, mais pas carte blanche», tempère le juge.
Les flexibles sous-marins ont été acquis, mais n'ont jamais été installés, une opération qui demande un savoir-faire de pointe (plongée sous-marine avec des équipements spécifiques). Le gré à  gré a été motivé par l'urgence du fait que le produit a une durée de vie qui n'excède pas 3 ans et que les anciens risquaient de rompre à  tout moment. Ayant lancé un avis d'appel d'offres qui s'est avéré infructueux, on a opté pour la passation de gré à  gré. C'est cette procédure qui a été jugée douteuse en réfutant l'aspect urgent, car si, d'une part, les anciens flexibles sont toujours fonctionnels, l'opération d'acquisition a quand même duré 17 mois et rien n'a été installé jusque-là. Il aurait fallu lancer un autre avis d'appel d'offres pour sélectionner une autre entité capable d'installer ces flexibles, dont la fabrication dépend aussi de plusieurs paramètres liés à  la qualité des eaux, des courants sous-marins (8 m de profondeur), etc. A cette préoccupation, l'accusé évoque les pressions légitimes subies par les autorités locales et nationales sur la nécessité de sécuriser les installations, car une fuite d'hydrocarbures aurait des conséquences fâcheuses sur l'environnement, mais aussi sur l'activité portuaire. La sécurité concerne tout aussi légitimement les installations elles-mêmes pour parer, par exemple, à  tout risque d'attentat, qu'il vienne de la terre ferme ou du large, d'où les commandes de bornes escamotables.
Ces préoccupations ont été mises en avant pour sa défense, mais l'accusé, à  qui on a donné toute latitude pour s'exprimer, a insisté sur l'aspect réglementaire. Néanmoins, à  une question relative à  la nécessité (vu l'urgence) d'inclure dans le cahier des charges l'aspect installation des flexibles, il a répondu : «C'est un oubli.» Selon lui, le coup était rattrapable, car on devait prendre des dispositions pour que, à  la livraison, les installateurs soient prêts. La société avec laquelle le contrat a été signé a des capacités de production de 10 flexibles par mois, ce qui aurait nécessité 3 ans pour satisfaire la commande. Concernant la rénovation de la station de déballastage, le juge a fait remarquer que la date de péremption était dépassée depuis 2004.
Le climat, lors de l'audience, était tel que plusieurs fois, le juge a dû remettre les pendules à  l'heure en raison de la nervosité de certains avocats. Le représentant du ministère public a réagi à  une remarque portant sur l'objectivité d'une question qu'il avait posée.

 
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