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Le parquet demande l'aggravation des peines



Le procureur de la République près la cour d'Alger n'a pas été tendre hier dans son réquisitoire dans l'affaire de dilapidation de l'argent de la Solidarité nationale.Lors de sa prise de parole après les auditions, le représentant du ministère public a plaidé pour "la révision des mécanismes de nomination à des postes de responsabilité". En somme, le procureur conteste la nomination des deux ministres de la Solidarité à ce poste qu'il a qualifié, par ailleurs, de sensible. "Cette affaire montre, si besoin est, que l'Etat, à travers ses institutions, doit revoir de fond en comble les mécanismes de nomination à des postes importants", a-t-il dit, avant d'accabler les prévenus.
"L'instruction a, comme l'enquête, démontré et prouvé que les faits reprochés aux accusés relèvent de délits sévèrement punis par la loi", a-t-il encore dit avant de demander l'aggravation des peines contre tous les accusés. "Le ministre n'était au final qu'un payeur" qui a "tout fait pour fuir et cacher son crime", a accusé le procureur, rappelant que 1 800 milliards de centimes ont été puisés des fonds de la Solidarité nationale pour subventionner quatre associations, dont le ministre était lui-même à la tête de trois d'entre elles.
"L'Organisation nationale des étudiants algériens (Onea) a eu, à elle seule, 1 273 milliards de centimes", a précisé le procureur qui a requis une peine de dix ans de prison ferme, assortie d'un million de dinars d'amende à l'encontre de Djamel Ould Abbes. Et contre Saïd Barkat, il a demandé huit ans de prison ferme assortie d'un million de dinars d'amende.
Aussi, a-t-il requis cinq ans de prison ferme assortie d'un million de dinars d'amende contre Bouchenak Khelladi, ancien secrétaire général du ministère de la Solidarité, et cinq ans de prison ferme assortie de 500 000 DA d'amende à l'encontre de Hamza Cherif Kamel, Benhabiles Rachid, Bouzenaki Mohamed, Nasreddine Toumi et Azazène Benouda.
Il a requis, également, quatre ans de prison ferme assortie de 500 000 DA d'amende à l'encontre d'Amiche Mourad, Hebba Mustapha, Mameche Mohamed, Djelouli Samir, Aïmer Sid-Ahmed et Bendjeghlouli Farès. Autre demande : la confiscation de tous les biens des accusés provenant de l'argent de la corruption.
À noter que lors des auditions, la juge a interrogé Bendjeghlouli Farès, ancien secrétaire général de l'Organisation nationale des étudiants algériens (Onea). La magistrate voulait savoir "comment une organisation estudiantine s'était-elle mêlée à des opérations de solidarité, comme l'achat et la distribution de bus".
À cette question, la réponse du prévenu s'est résumée au rappel du caractère "social" de l'organisation. Le prévenu a révélé qu'après les attaques contre le site gazier de Tiguentourine, le ministre avait demandé à l'Onea "de puiser" dans son compte "pour les offrir" aux familles des victimes. Idem après le décès d'un étudiant à l'université de Tlemcen. Trésorier et chargé des équipements à l'Onea depuis 2006, Sid-Ahmed Aïmer a été interrogé, pour sa part, sur les opérations d'achat de bus scolaires. Il a révélé que l'Onea "affichait toute entreprise au ministère avant chaque opération".
"Il est inadmissible que le ministère vous donne des milliards, et qu'ensuite, vous affichiez dans ses locaux comme si l'opération était la sienne", s'est offusquée la juge. "Vous avez participé à la dilapidation de l'argent de la Solidarité", accuse-t-elle, avant d'ajouter que l'Organisation "avait plusieurs comptes bancaires".
Nasreddine Toumi, commissaire aux comptes, est poursuivi, en ce qui le concerne, pour "non-divulgation". Quant à Azazène Benouda, cadre au ministère, il est poursuivi pour l'affaire du chèque de deux milliards de centimes qu'Ould Abbes lui avait libellé en son nom pour remettre la somme à Saïd Barkat, alors ministre de la Solidarité.
"J'ai retiré cet argent du compte de l'association Paix et Solidarité que présidait Djamel Ould Abbes", a-t-il dit. Amichi Mourad, agent de sécurité au local d'une association présidée par Ould Abbes, au nom duquel plusieurs chèques ont été retirés, a été auditionné lui aussi.
Tout comme Hebba Mustapha, agent de sécurité au ministère, au nom duquel, des chèques ont été libellés et retirés sans qu'il soit au courant. Après les plaidoiries de la défense, la juge a décidé de mettre l'affaire en délibéré pour le 13 décembre prochain.

Mohamed Mouloudj
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