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Le pari de Pascal



Le pari de Pascal
Notre président du Sénat aurait-il fait le pari de Pascal. Philosophe croyant, mathématicien, physicien, métaphysicien, inventeur (de la première calculatrice mécanique), Blaise Pascal, dont une rue portait le nom à Alger, à côté de l'Ecole des Beaux-arts, fut lui aussi en proie au doute qui habite les grands mystiques. Il vécut au 17e siècle et, comme nombre de prodiges, il mourut jeune, à l'âge de 39 ans. La philosophie ravageuse et «tourmenteuse» l'amena à s'interroger longuement sur la probabilité de l'existence de Dieu. Fervent catholique malgré tout, en dépit d'une dose d'agnosticisme qui se laisse deviner dans ses réflexions, il donna conseil de faire le pari de son existence. S'il n'existe pas, vous ne perdez rien, s'il existe, vous êtes gagnant sur toute la ligne : telle était, en substance sa recommandation.Abdelkader Bensalah, notre président du Conseil de la nation, aurait-il fait le même pari que Pascal ' En mettant ses pas dans ceux de l'inénarrable Saïdani - et autres consorts de l'ombre-, après un silence prudent et sage grâce auquel il se plaça diplomatiquement au-dessus de la mêlée, le voilà qui sort de sa réserve et joint sa voix au ch?ur des soutiens à un quatrième mandat du Président sortant. Secrétaire général du RND, le deuxième parti du pouvoir, et par ailleurs deuxième personnage de l'Etat dans l'ordre protocolaire, le soutien apporté par M. Bensalah à Bouteflika, qu'il a invité, au nom de sa formation politique, à briguer un quatrième mandat, ce soutien coule de source et son expression ne devait être qu'une question de temps et de tempo. Pour des raisons évidentes que tous les observateurs de la scène «semi-politique» algérienne connaissent.Plus surprenante, par contre, est cette mise en garde qu'il a lancée à ceux qui vont animer la campagne électorale pour la présidentielle du 17 avril. Quelles sont exactement ces «lignes rouges» contre le franchissement desquelles il met en garde ' Dans tous les pays à système peu ou prou pluraliste, une élection présidentielle est un moment fort de vérité ou de semi-vérités. L'invite à l'autocensure des candidats paraît ne répondre à rien de précis, sinon une espèce d'exercice de rattrapage du N°2 de l'Etat pour compenser à sa manière le temps perdu dans... une position prudente jusqu'à l'attentisme. Exactement ce que le pouvoir ne pardonne pas, en Algérie.Le président du Sénat, homme à la prudence de fonctionnaire légendaire, eût peut-être été mieux inspiré de parler de «lignes jaunes» à ne pas franchir. C'est codifié par la loi, c'est clair et ça n'expose celui qui les enfreint qu'à des sanctions prévues par le code de la route. Le motard qui vous retire séance tenante le permis de conduire pour franchissement de ligne jaune ne doit pas le faire en fonction de son humeur ou de son interprétation personnelle de la loi. La ligne rouge -ainsi que l'éphémère ligne bleue de la rocade d'Alger-, beaucoup en parlent, surtout les hommes politiques et les plus chanceux d'entre eux arrivés au pouvoir, mais personne ne s'aventure à en donner une définition précise. Et quand c'est laissé à l'interprétation personnelle des tenants du pouvoir, le fait du prince n'est jamais loin. La ligne rouge de Bensalah est-elle, par exemple, celle du pouvoir et de ceux qui le représentent dans ses centres névralgiques ' On ne saura sans doute jamais ce que M. Bensalah avait en tête avec une telle mise en garde tombée comme un cheveu dans la soupe de la soupière algérienne de la présidentielle. Il serait d'ailleurs surprenant que lui-même le sache. A moins qu'il ne s'agisse d'une dot à peu de frais pour marquer une entrée en compétition et une manière d'en être partie prenante.A. S.


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