Il revenait d'une tournée canadienne avec Idir, le guitariste Hachemi Bellali s'en est allé comme il a toujours vécu, dans la discrétion. Ses amis étaient tous là pour lui rendre un dernier hommage à Paris pour la levée du corps.
Paris
De notre correspondant
Ils étaient venus, ils étaient tous là, malgré le froid et la grisaille. Ils défilaient, hantés par cette absence déjà très présente. Comme un déni de la réalité, non il est toujours parmi nous. Des notes fusent, muettes, espiègles, moqueuses de la Faucheuse. Maudit compagnonnage que ce cancer qui vous ronge de l'intérieur, en silence. Qui vous prive des amis. Idir, Athmani, Arezki Baroudi, Tarik. Ils étaient tous là, non pour un dernier salut, juste un au-revoir. Une amitié de 44 ans, une complicité sans faille, une fraternité à toute épreuve liaient Hachemi Bellali à Idir, Cheriet Hamid pour l'état civil.
Devant la porte des pompes funèbres, Idir se fait guide et hôte. Il dirige les arrivants vers ce corps qui repose serein, apaisé. «On se connaît depuis presque 44 ans, on s'est rencontré en 1975 à Alger. Depuis, on ne s'est jamais quitté. Notre dernière tournée remonte à avril, au Canada. C'est mon ami, mon frère, mon complice. Nous avions une tournée prévue ces jours-ci», témoigne l'auteur d'Avava Inuva. Il parle toujours au présent de Hachemi Bellali, comme refusant sa mort.
Rien ne prédestinait ce bassiste, plutôt rock, à la musique kabyle. «Nous avons fait nos études ensemble, le service militaire ensemble, les punitions disciplinaires ensemble, la musique ensemble, nous partageons les combats. Il nous laisse orphelins de son amabilité, de son sourire et de cette chaleur qu'il répand autour de lui dès qu'il arrive. Nous parlerons plus amplement de son apport, de son importance et de son talent plus tard, car pour l'instant il s'agit de l'honorer pour son dernier voyage. Salut l'ami, salut l'artiste, tu nous manqueras. Je suis persuadé que tu retrouveras vite ceux que tu as servis et celles et ceux que tu as aimés : Lounès, Dda Slimane, Dda Cherif, Cheikh El Hasnaoui, Hanifa (que tu adorais), Youcef Abjaoui et tant d'autres... Je te laisse en étant persuadé qu'en les rejoignant, les anges du ciel s'inclineront à ton passage.»
Le batteur, Arezki Baroudi, refuse cette victoire du cancer, survenue mardi dernier. «Le paradis a gagné un ange, nous, nous avons perdu un ami. Je me rappelle d'une personne habillée d'une façon atypique, qui me disait non pas comme ça pendant que je jouais Emporte-moi d'Alain Barrière, en 1967 ! Ensuite, nous avons créé le groupe BBS, Baroudi, Bellali, Sehili, battarie, basse et solo. Puis, c'est la grande aventure d'Idir grâce à lui.» «Je n'ai jamais vu une personne aussi humble, il vous donnait l'impression que vous pouviez lui apprendre des choses même si vous êtes néophyte en musique, la modestie personnifiée. Quand j'ai vu Idir effondré après l'annonce de la mort de Hachemi Bellali, j'ai senti qu'une partie de lui-même s'en est allée, je n'arrive pas à dissocier l'un de l'autre», explique Boudjemaa Aouli, médecin ORL, ami commun du défunt et du chanteur. Du groupe Algiers jusqu'à Idir, en passant par Hasnaoui, Matoub, Youcef Abdjaoui, Hachemi Bellali aura marqué de son empreinte la musique algérienne, lui apportant son humanité.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rémi Yacine
Source : www.elwatan.com