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Le nouveau souffle de l'art pictural algérien



Le nouveau souffle de l'art pictural algérien
Amina Djema, Anouar Aboussalih et Louisa Kaoutar Terki sont de brillants artistes, prometteurs, mais surtout qui ne manquent pas d'audace. Leurs travaux illustrent des thèmes d'une richesse insoupçonnée et de belles idées pour attirer l'attention de curieux appréciant une peinture moderne. Preuve en est le beau monde qui a assisté au vernissage, où on remarquait beaucoup d'artistes, d'étudiants et d'enseignants de l'école des beaux arts. Originales, imaginatives, voire extravagantes, leurs ?uvres interpellent et intriguent à la fois. Un travail artistique peu commun. Cette exposition de trois semaines est l'?uvre de l'artiste photographe et écrivain, Armand Vial, qui a épaulé les trois élèves et a cru en leur créativité et leur talent. Ainsi, Amina et Anouar ont pris exclusivement comme sujet le portrait féminin. Une affinité dans l'esprit mais pas dans la démarche, car si leur message est à peu près le même, chacun fait peindre sa propre sensibilité pour interroger la femme. Anouar, qui a titré « Pandore », se bat contre une société qui enferme la femme dans un rôle qui n'est plus le sien. Ses couleurs le disent, la forme du visage et des yeux, et aussi l'intrigante présence de sacs de semoule qui remplacent les cadres dans trois de ces ?uvres ! Le résultat est surprenant. Avec son thème « L'esprit aveugle », Amina invente un personnage, le même qui revient à chaque fois et toujours aveugle. Une femme peut-être pudique qui n'aime pas qu'on la regarde ou qui refuse de voir autour d'elle, un portrait d'une Algérienne qui vit son temps. Quant à Louisa Terki, qui a choisi « Pétales de Louisa », elle peint des fleurs et des coquelicots pour idéaliser un monde plein d'harmonie, de paix et de couleurs. « Je fais partie d'un nouveau mouvement, le néo-émotionnalisme. C'est un travail qui se base sur le rapport de l'artiste avec sa propre société, sur l'interprétation et non la reproduction. J'ai choisi le thème de la femme, d'abord suite au décès de ma mère, et c'est à la fois un clin d'?il à l'histoire et à l'évolution de la société lorsqu'elle était matriarcale. Avec Amina, il y a un échange dans la technique et le langage, on essaye de développer tout cela. Le plus important dans la conception d'une ?uvre est qu'elle doit avoir une place dans son entourage. La particularité du néo-émotionnalisme, c'est que depuis années, les artistes contemporains creusent sur un non lieu, uniquement sur l'abstraction, et où le manifeste et le côté fonctionnel de la peinture se retrouvent isolés de la société. On est revenu un peu aux années de l'hermétisme. Avec ce mouvement, c'est tout à fait le contraire, c'est le seul qui revient sur le figuratif et le réel » nous dira Anouar Aboussalih. Une connexion d'idées et de démarches qui donne un nouveau souffle à l'art pictural, au point où l'on est tenté de dire qu'un collectif est peut-être né ! Armand Vial est très fier de ce travail. « En gros, chez les artistes algériens, ce que j'ai remarqué, c'est qu'il y a deux groupes. Le premier fait de la décoration, des choses belles, mais sans démarches artistiques. Et puis y a celui qui est resté bloqué à l'histoire de la peinture algérienne du début de l'indépendance et les peintures d'Issiakhem ou du mouvement Aouchem. Rares sont les artistes, notamment les jeunes, qui sortent de cela. Avec Amina, Louisa et Anouar, c'est différent. J'ai vu leurs travaux et c'est comme ça que j'ai proposé leurs noms à la direction de l'institut français qui n'a pas hésité à donner son feu vert. Je leur dis d'essayer de sélectionner un ensemble qu'on puisse regrouper dans un même thème. Ils n'ont pas spécialement travaillé l'exposition, mais ils ont pris de gros risques parce qu'ils vont passer leurs diplômes en fin d'année et ces travaux sur lesquels ils seront notés par un jury. Ce que je trouve intéressant, c'est que ces trois jeunes vivent leur époque et pas cinquante ans en arrière, il est bien normal qu'ils regardent devant eux. Et, en ayant trois démarches différentes, ils arrivent à la même conclusion : ce sont des artistes qui se positionnent pour interroger la société » nous a confié l'artiste, Armand Vial.


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