« S'il y a à trouver un enjeu dans le
nouveau remaniement du gouvernement, il faudrait le chercher au niveau du
nouveau poste de Nouredine Yazid Zerhouni.»
C'est là une première réaction d'un haut
responsable qui, connaissant quelque peu les rouages du pouvoir, a tenté de
donner une explication à la nomination de Zerhouni au tout nouveau poste de
vice-Premier ministre. Pour en tirer une (explication), susceptible de
convaincre de l'utilité de la création d'un tel poste, c'est celle d'affirmer
aujourd'hui sans ambages que la personne d'Ahmed Ouyahia n'est pas tellement
retenue pour conforter le règne du pouvoir bouteflikien qui se veut unique et
absolu mais d'exécuter des «besognes » qui lui-même ne s'est jamais gêné de
qualifier de «sales.» C'est surtout un bon exécutant de tous les programmes
décidés par le président de la République qu'il a soutenu dans ses quêtes
répétitives de mandats présidentiels malgré le mécontentement de tous ceux qui
l'ont encadré tout au long de sa carrière et qui ont fait de lui « un parfait
commis de l'Etat ».
Zerhouni lègue aujourd'hui son portefeuille de ministre de
l'Intérieur et des Collectivités locales à Daho Ould Kablia, celui qui était
censé être son proche collaborateur du fait qu'il a été ministre délégué chargé
des collectivités locales mais qui ne l'a jamais été en raison, dit-on, d'une
grosse incompatibilité d'humeur. Zerhouni n'a même pas jugé utile d'associer
Ould Kablia dans le lancement de son processus «biométrique». Processus qui
exige pourtant de la dextérité en matière de manipulation du renseignement et
aussi de la mise à disposition de la «locale» dont Ould Kablia est, dit-on,
spécialiste. Ayant été son ministre délégué, ce dernier aurait dû ainsi être
son bras droit puisqu'il est - et c'est ce qui est le plus important - tout
aussi que lui issu de l'historique ministère algérien des liaisons générales
(MALG).
Séparés, ces deux «malgaches» seront certainement plus rentables
pour la restructuration des services de renseignement que ce qu'ils l'ont été,
réunis au sein d'un même ministère. Quoique, une fois l'opération du
biométrique lancée, ne restera à Ould Kablia qu'à en faire le suivi et
l'évaluation. Sa mission sera en évidence d'en coordonner la mise en Å“uvre et
l'avancement à l'échelle de toutes les collectivités locales du pays.
Il
faut dire, faut-il le rappeler, que ces démembrements de l'Etat ont grandement
servi pour la bonne marche des campagnes électorales successives qu'a menées le
président candidat Bouteflika à travers le territoire national. L'on reconnaît
d'ailleurs à son frère, Saïd Bouteflika, d'avoir fait «excellemment» bien
marcher ce que Ouyahia appelle «la machine électorale». Les responsables des
collectivités locales ont toujours fait preuve d'une grande disponibilité et
d'une importante rigueur dans la gestion du renseignement aux fins d'éviter
toute velléité de perturbation de la démarche de réélection du président
candidat. Aujourd'hui, ils seront davantage sollicités pour accomplir cette
tâche à partir du moment où Zerhouni a mis en marche, à travers le lancement du
biométrique, le processus de réactualisation voire de création du fichier
national dans toute son ampleur.
La
création d'un poste prévu par la Constitution pour (re)placer Zerhouni fait
dire à certains observateurs que c'est pour répondre à l'ego des deux
personnages, Ouyahia et Zerhouni, qui se valent, dit-on, « quand ont sait
qu'ils sont tous deux imbus de leur personne ». Mais là ne doit pas être «
l'essentiel » de ce qui a prévalu à la nomination de Zerhouni aux côtés - ou
presque - d'Ouyahia. Si ce dernier devrait être tenu de gérer ce qui rentre
dans le cadre de la mise en œuvre du programme quinquennal - et il l'a toujours
bien fait à ce jour - « Yazid » de son nom de « malgache » aura certainement à
s'occuper des dossiers «lourds» que le président compte l'en charger «parce
qu'il n'a ni le temps ni la santé pour le faire lui-même». S'agirait-il de
questions liées encore à la sécurité. «Oui, certainement», répondent des
observateurs qui rappellent que depuis 1999, Zerhouni a toujours voulu être à
la présidence de la République pour gérer tout ce qui se rapporte aux grandes
questions de la sécurité de l'Etat, mais c'est pour des considérations de
pouvoirs qu'il n'a pas pu obtenir ce poste.
L'on note que des spécialistes comme le général Nadjib et du
conseil de sécurité où il siège, sont opérationnels à cet effet et à ce niveau.
Il y a aussi Saïd Bouteflika qui le fait en temps que premier conseiller et
bras droit du chef de l'Etat. Il ne s'en est jamais caché puisque tout le monde
l'aura remarqué lors des campagnes électorales de Bouteflika et des discours
qu'il a prononcés tout au long de ces onze ans de pouvoir. Son apparition à
l'écran en tant que frère du président se veut assurément le plus gros indice
du poids des responsabilités qu'il assume au sommet de l'Etat et au pouvoir.
Pour rappel, Saïd a été présenté comme tel le jour où le président avait reçu
Zidane en visite en Algérie. «Je suis en famille, c'est mon frère Mustapha et
mon frère Saïd», avait-il lancé à l'opinion publique à partir de la télévision
nationale. C'était, disent des responsables, pour mettre un terme aux rumeurs
qui circulaient en ce temps-là à propos de sa santé et de celle son frère
Mustapha. Mais parmi toutes ces images, celle qui a le plus marqué les esprits,
c'est incontestablement celle d'un Saïd souriant et proposant à Zidane (venu de
France en jet privé) ses services. «Si vous avez besoin de quoi que ce soit
appelez- moi, je suis disponible», lui avait-il dit. C'est surtout la première
fois depuis onze ans que le président a présenté «officiellement» son frère aux
Algériens.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com