L'Etat algérien achètera à partir de cette année laproduction nationale de blé, dur et tendre, à des prix proches de ceuxpratiqués sur le marché mondial.L'annonce du ministre de l'Agriculture est étonnante, dansla mesure où dans notre économie ouverte à tous les vents de l'importation, tousles prix sont formés sur le marché mondial. Mais pourquoi des prix « proches »et pourquoi cette année seulement ? Au vu des tensions durables sur lesproduits alimentaires, on pourrait plutôt envisager d'acheter la productionnationale à un prix supérieur au marché mondial afin d'inciter les agriculteursà s'orienter vers la production de céréales.Le contexte international, particulièrement préoccupant, yincite: tout indique que les hausses des prix des produits alimentairesrisquent d'être durables. Les explications à cette véritable crise alimentairemondiale sont fournies par les médias des pays capitalistes développés. Selonces sources éminentes, si les prix augmentent, cela est essentiellementimputable à l'amélioration sensible du niveau de vie des Indiens et des Chinois.Grâce à leur décollage économique, les populations des deux géants asiatiquesmangent plus et mieux.C'est une bonne nouvelle qu'une partie substantielle del'humanité arrive à se nourrir, mais le fait est présenté comme une sorte demenace. Ainsi, à suivre cette logique jusqu'au bout, si les Haïtiens ou lesEgyptiens connaissent la famine, ce serait la faute aux Indiens et aux Chinois !Outre que cette information est discutable, pour l'Inde tout au moins, où cetteamélioration est plus que contestée, on n'évoque que du bout des lèvres lesbiocarburants qui ont tendance à occuper de plus en plus de surface audétriment de la production alimentaire. Ceci sans compter les conséquencesadverses des dérèglements climatiques, dont la part majeure revient aux paysindustrialisés.Ce discours économiste aux allures rationnelles, quisuggère que le bol alimentaire indien ou chinois s'élargit au détriment decelui de l'Egyptien ou du Camerounais, considère en réalité la famine et lasous-alimentation comme une fatalité inévitable. C'est l'expression ouverted'une sorte de malthusianisme revisité. On évoque avec gravité l'améliorationde la ration alimentaire des Chinois, mais on refuse d'admettre qu'il existe unproblème bien plus central, qui est celui du modèle de consommation occidental.Ainsi, pour maintenir ce modèle, largement fondé sur levéhicule particulier, on soutient les biocarburants. On veut du maïs pour laconsommation des véhicules mais pas pour les êtres humains. En somme, onsuggère que la production agricole est « finie », et si des nouveaux arrivent àtable, ils n'auront rien. Ce que le discours économique dominant refuse d'envisager,c'est la modification nécessaire du modèle de consommation et du type dedéveloppement agricole à promouvoir.Mais, à l'évidence, les Occidentaux ne sont pas seulsresponsables de la hausse des prix et des pénuries. Il appartient aux Etats duSud de promouvoir des politiques agricoles efficaces. Il faudrait pour celaqu'il y ait au sud du monde des Etats réels, à l'écoute de leurs populations etdésireux de résoudre leurs problèmes. Certainement, ce ne sont pas dessuperstructures bureaucratiques destinées à défendre des intérêts particuliersqui risquent de se charger de cette mission.En attendant que les uns se rendent compte qu'ils viventsur la même planète que leurs misérables frères humains et que les autresenvisagent de prendre résolument leur destin en main, la famine et lamalnutrition, l'immigration illégale, les conflits pour l'eau ou les ressourcesferont de plus en plus partie de la réalité quotidienne.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com