Photo : M. Hacène
Par Karima Mokrani
Le transport urbain à Alger demeure un véritable casse-tête chinois. Il est vrai que l'arrivée du métro et l'extension récente du tramway ont allégé, un tant soit peu, les souffrances de certains usagers, ajouté à cela la réalisation de nouveaux tronçons routiers et de nouveaux ouvrages d'art. Il n'en demeure pas moins que la situation reste critique pour de nombreux autres utilisateurs.Encombrement, embouteillages à longueur de journée, véhicules en mauvais état, non respect des horaires et des points de stationnement, infractions répétées au code de la route' et agressions verbales et physiques pour des petits malentendus qui n'auraient pas lieu d'être.
En cette période des grandes chaleurs mais aussi de déplacements vers les plages des deux côtés, Est et Ouest, de la ville, ainsi que dans les terrains vagues et les espaces verts, aménagés par les pouvoirs publics pour des rencontres en plein air, entre familles et amis, rien n'est fait pour faciliter le trajet aux concernés. Que de chemins longs et tortueux à parcourir pour trouver d'autres randonneurs occuper déjà les meilleures places qui donnent sur la mer ou sur le peu de beaux paysages qui restent de Dame nature dans une capitale consumée par le béton. A Alger, la population ne cesse de croître et avec elle, les constructions souvent anarchiques et les véhicules de tous genres. La ville étouffe. Dans les gares routières, assurant le transport inter wilayas, notamment celle du Caroubier, une grande anarchie règne au fil des années. Ça se dégrade au lieu de progresser. Les propriétaires des bus de voyageurs recourent plusieurs fois à des actions de protestation pour manifester leur colère contre ce laisser-aller flagrant des autorités publiques mais en vain. Indifférence et mépris envers leurs doléances. Résultat, c'est toujours le simple citoyen qui en pâtit. Lui à qui l'on demande de payer plus cher le ticket pour couvrir les dépenses des transporteurs et des frais injustifiés imposés par les services des impôts et autres. Les déplacements à Tizi Ouzou deviennent quasiment impossibles pour de nombreux voyageurs qui se voient dans l'obligation de payer plus cher le bus et d'en prendre d'autres pour un même trajet. «Là où tu passes, tu laisses ton argent. Ce n'est pas juste. Nous ne sommes que des fonctionnaires. En plus, ça nous prend beaucoup de temps pour arriver chez nous. Ce n'est pas encourageant tout cela. Alors là, les pauvres étudiants, je me demande comment font ils pour s'en sortir», demande un habitant de Larbaa Nath Irathen qui travaille dans une entreprise privée du côté ouest d'Alger. Habitué à s'y rendre deux fois par mois, il prolonge désormais ses absences hors de chez lui à près de deux mois. «Je n'ai pas le choix, je réalise que je travaille plus pour payer le transport que pour subvenir à mes propres besoins quotidiens» confie-t-il. Pour les étudiants, nombreux sont ceux qui se sont décidés à faire des transferts à l'université de la wilaya. «Je pensais qu'à Alger, je trouverai de meilleures conditions de vie et d'études mais en fin de compte, il n'en est rien. Surtout que l'année dernière, il y avait ce problème de grèves. Je passais des journées à tourner en rond dans la cité universitaire. Ici, à Tizi Ouzou, je ne me plains pas. L'éloignement ne me pèse pas, je rentre à la maison quand je veux, il y a le transport universitaire' Je ne dépense pas beaucoup d'argent» raconte un ancien étudiant de l'Université de Bouzaréah.
Les nerfs à fleur de peau
Rien de reluisant, non plus, dans les autres gares de bus, assurant le transport à l'intérieur de la ville. A Tafourah, la place des Martyrs, Bab El Oued, Baïnem, Ben Aknoun, Bir Mourad Raïs' et la liste est encore longue, aucune règle de discipline à respecter. Toutes ces stations sont mal aménagées et mal entretenues. Ça va de mal en pis comme si tout a été décidé «d'en haut» ou par d'autres parties occultes qui veulent un véritable pourrissement de la situation. Susciter l'indignation des usagers et les inciter à l'émeute. L'Etat est complètement absent alors que cela devient insupportable. Pourtant, il y a quelques années, il y avait un début timide d'opérations de modernisation de ces espaces communs. Offrir un minimum de commodités et assurer la sécurité des usagers. C'était trop beau pour que cela puisse durer longtemps. Effets d'annonce sans lendemain, élections législatives et réformes trompeuses obligent.«Pour les services du ministère des Transports, ça travaille!» disent certains avec ironie. De grandes sommes d'argent sont injectées dans les transports ferroviaires, les tramways et les métros dans d'autres grandes villes du pays. Les responsables du secteur ont du pain sur la planche, c'est pourquoi ils délaissaient ces petites tracasseries et chargent le citoyen lui-même de mettre de l'ordre à sa manière, pensent de nombreux usagers, lassés d'une situation qui ne fait que durer. Ce qu'ils disent, ils le disent avec ironie mais ils le pensent avec colère et une grande tristesse. A quoi bon sert-il d'avoir des ministres' Un gouvernement' Quant aux députés, ce n'est même pas la peine d'en parler. Leurs soucis sont ailleurs. Les dernières élections ont bien montré la qualité véritable des députés en Algérie, toutes tendances confondues. «C'est tout le pays qui déprime», lance un chauffeur de taxi. Pas de quoi s'étonner alors de voir l'anarchie, l'impunité, l'intolérance' et autres dérives prendre le dessus sur les valeurs morales reconnues pour tous les Algériens, il y a quelques années. L'Etat est absent, dénoncent d'autres. Il n'y a qu'à voir l'état actuel des belles ruelles et belles bâtisses qui faisaient la fierté d'Alger autrefois. La rue Ben M'hidi devenue «douar» Ben M'hidi, de l'avis des résidants et des passagers. Ailleurs, les éboueurs de Netcom ont beau travailler de bon c'ur et s'investir dans leur mission pour le bien de tous, les ordures ménagères et les sachets jetés des balcons et fenêtres font perdre toute volonté de bien faire son travail.
Tout sauf une organisation rationnelle
La circulation automobile dans la capitale et dans les grandes villes du pays est un exercice quotidien très difficile. Dans un véhicule de transport en commun ou dans son propre véhicule. Tout le monde est pressé de rentrer chez-soi ou d'arriver à son lieu de travail mais c'est tout le monde qui est dehors à longueur de journée. Routes et autoroutes ne désemplissent pas. Alger est-elle surpeuplée à ce point ou est-ce seulement une question d'organisation' C'est là justement tout le problème. Un grand déficit en matière d'organisation du transport urbain, suburbain et inter-wilayas jusqu'à faire détester au citoyen tout déplacement dans son pays, voire dans sa propre ville. Chaque jour davantage, les solutions proposées par les services en charge du dossier montrent leur inefficacité. Pis, elles compliquent la situation plus qu'elles ne l'arrangent. Les pouvoirs publics laissent ainsi le soin aux gardiens des parkings anarchiques, aux jeunes qui s'approprient les plages de tout le littoral et, bien sûr, les chauffeurs de taxi clandestins, de mettre de l'ordre dans la vie quotidienne des citoyens, assurer leur sécurité et leur bien-être. C'est bien triste pour un pays qui célèbre son 1er jubilé de l'Indépendance. Libéré du colonialisme, l'Algérien se retrouve sous le joug de l'anarchie et du laisser-aller.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K M
Source : www.latribune-online.com