Plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues d'Alger, scandant les slogans habituels du Hirak et rejetant les prochaines législatives anticipées du 12 juin prochain.Le boulevard Mustapha-Ben Boulaïd, au c?ur d'Alger, est lugubre. Lui qui accueille, depuis plus de deux ans, des dizaines de journalistes et photographes braquant leurs appareils sur la rue Asselah-Hocine, en contrebas, à la recherche de la meilleure image du Hirak, semble ce vendredi avoir fait faux bond. Plus qu'un simple boulevard, c'est un balcon, long de 200 mètres environ, qui surplombe la rue Asselah-Hocine, célèbre pour être un des lieux incontournables des manifestants qui arrivent, chaque vendredi, de Bab El-Oued, un des plus vieux quartiers populaires de la capitale.
Que ne fut pas la déception des professionnels de la presse, et de plusieurs citoyens d'ailleurs, quand, vers 14 heures, ils découvrent une rue déjà littéralement prise d'assaut par plusieurs dizaines d'agents des forces de l'ordre, postés tout au long de l'artère jusqu'au carrefour du célèbre hôtel Es-Safir, ex-Aletti, en travaux depuis plusieurs années. Un, deux, et puis dix ou encore vingt camions blindés des forces anti-émeutes sont déployés sur place, le long du trottoir même, face au siège de la wilaya d'Alger. "C'est pour nous empêcher de prendre des photos et des vidéos. Ils (les services de sécurités, ndlr) ne manquent décidément pas d'imagination. C'est clair, le pouvoir veut coûte que coûte en finir avec le Hirak", peste Soumeya, elle qui, munie de son appareil photo, avait pour habitude d'immortaliser la procession humaine parcourant Asselah-Hocine, véritable baromètre des marches populaires à Alger.
" Les meilleures images et photos sont prises ici. Elles sont ensuite diffusées abondamment sur les réseaux sociaux. Ce sont les photos les plus partagées. Cela gêne le pouvoir qui veut mettre un terme à la mobilisation. Pour y parvenir, tous les moyens sont bons", affirme, un vidéaste, déçu, et qui remballe son matériel. Une vieille femme voilée s'en prendra carrément aux forces de l'ordre, en leur assenant plus d'une remontrance. "Pourquoi faites-vous ça ' Cela ne vous honore pas. et n'honore pas la mémoire de nos chouhada", fulmine-t-elle contre les hommes en bleu munis de leurs boucliers et matraques. Le ciel d'Alger, printanier, est "outrageusement" bleu mais personne ne semble s'en rendre compte.
Tous les regards sont rivés sur le carrefour de l'Aletti qui, d'un moment à l'autre, verra déferler la marée humaine qui doit arriver de Bab El-Oued. Sur place, des dizaines de citoyens, en attendant l'arrivée du cortège, scandent déjà des slogans hostiles au système. "Pouvoir assassin", "Système dégage", "Nous fils et filles d'Amirouche nous ne reculerons pas", "Indépendance...indépendance", crient-ils en contre-bas de la célèbre rue de Tanger.
À 14h 30, leurs slogans deviennent difficilement audibles. Les clameurs de quelques milliers de manifestants, arrivant enfin de Bab El-Oued, étouffent presque le bruit de l'hélicoptère de la police qui tournoie dans le ciel. La marée humaine s'enfonce dans la rue Asselah-Hocine qui très vite s'avère trop exiguë pour contenir les manifestants.
Drapeaux nationaux flottants au vent, pancartes dénonçant le régime en place et écriteaux à l'effigie des héros nationaux brandis, larges banderoles revendiquant un "Etat de droit" déployées... l'imposante marche de Bab El-Oued rend le sourire à plus d'un. "Je vous ai dit qu'il y aura du monde. Regardez... regardez...", lance un jeune Algérois, visiblement enchanté, à son ami.
La procession progresse lentement le long de l'emblématique rue Asselah-Hocine. Plusieurs fois, des groupes de manifestants lèvent le regard vers "le balcon", Mustapha-Ben Boulaïd. En réalisant le "stratagème", des services de sécurité, et comprenant l'astuce trouvée pour empêcher les photographes d'immortaliser leur marche, ils chahutent, vilipendent et raillent les forces de l'ordre placées le long de la balustrade.
Vers 15 heures, quand le groupe de Bab El-Oued rejoint enfin celui de Belouizdad, à Didouche-Mourad, le centre d'Alger se transforme en une immense tribune où toutes les idéologies, slogans, revendications s'entremêlent pacifiquement. "Encore une fois, le peuple algérien donne une leçon à ceux qui l'infantilisent, le réduisent à une masse mouvante sans direction et sans objectif", commente un manifestant, la quarantaine bien entamée. Pour lui, ce 110e vendredi, depuis le début de Hirak, est une belle leçon que "nous donne le peuple algérien". "Les manifestants ont une nouvelle fois prouvé qu'ils savent dépasser leurs divergences et s'unir pour un même objectif : une rupture avec un système moribond, inefficace et inopérant", soutient-il.
Vers 16 heures, les manifestants se dispersent dans le calme. Les secouristes bénévoles font les cent pas à la place Maurice-Audin. Des citoyens bénévoles munis de gros sacs en plastique ramassent dans le calme les déchets qui jonchent les rues.
Karim BENAMAR
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim BENAMAR
Source : www.liberte-algerie.com