
L'étonnement est d'autant plus marqué que la styliste Nabila Bouyahia était censée représenter la France à cet événement auquel ont participé un couple d'Italiens (Mia Vilardo et Riccardo Polidoro) de Milan, ainsi que des nationaux venus d'Alger (Sarra Bouchenafa, Karim Kadid) et de Béchar (Rayan Atlas).«Mon idée est de mettre en valeur la femme musulmane», a indiqué la créatrice, qui souligne le caractère «haut de gamme» des tenues en hidjab sobres et souvent noires qu'elle a présentées pour l'occasion et qui, théoriquement, devaient s'opposer aux fantaisies occidentales.La styliste, originaire de Sidi Bel Abbès, est partie adulte s'installer en France et ses «créations» sont proposées uniquement sur internet via un site qu'elle a dénommé Eldeebaj.com.On peut lire une anagramme imparfaite de ElHeejab, mais Nabila Bouyahia attribue le nom à un mot arabe d'origine mystérieuse qu'elle est allée chercher dans un dictionnaire rare. Habituellement, les stylistes algériens hommes ou femmes et par extension maghrébins tentent soit de mettre directement en valeur les tenues traditionnelles typiques de l'espace géographique dans lequel ils évoluent, soit de s'en inspirer quand ils ou elles ne s'essayent pas carrément aux tendances modernes qui ne se soucient pas forcément des convenances concernant le corps de la femme.C'est la parfaite illustration chez Rayan Atlas de Béchar, qui, pour l'occasion, a présenté une collection à l'opposé de sa camarade venue de France en jouant avec les transparents et les surfaces qui ne couvrent pas entièrement les corps des mannequins.«J'ai mon atelier à Béchar et pour le travail quotidien je mets en valeur le patrimoine local, comme le kaftan, mais cette collection a été créée spécialement pour les journées de la mode», confie ce jeune créateur qui, pour les besoins de sa formation, a effectué plusieurs séjours en Tunisie, dont une participation au Festival de la mode de Tunis en 2013.Une manière de dire que la collection qu'il a présentée à Oran reste quelque peu, pudeur oblige, «inconcevable» en dehors du cadre de la manifestation. Comme c'est le cas chez les stylistes d'Alger, le va-et-vient entre tradition et modernité est une marque de fabrique, mais la collection de Nabila Bouyahia reste atypique.Paradoxe de l'exhibitionIl y a d'abord le paradoxe de l'exhibition, le hidjab (sous-entendu le foulard, mais aussi tout l'accoutrement qui enveloppe le corps de la femme introduit par les tendances politiques islamistes) étant censé être caché. D'un autre côté, la modéliste semble ne pas se revendiquer d'un ancrage territorial quelconque quitte à ce qu'il soit double (France-Algérie par exemple). En effet, sollicitée pour donner son avis sur les spécificités des modélistes maghrébins, elle répond : «En France, nous n'avons pas la même approche de l'islam et moi, personnellement, si je dois choisir une nationalité ce sera la musulmane».Pourtant, l'une de ses collections qu'elle propose au prix fort porte le nom de Antar, en référence à un poète, Bnou Cheddad, sauf que celui-ci, selon la légende, a d'abord vécu bien avant l'avènement de l'islam et ensuite que ses péripéties sont situées dans un espace bien défini, l'Arabie.Les motivations de la styliste d'origine algérienne restent cependant purement commerciales, et si elle est revenue en Algérie c'est, déclare-t-elle, pour «nouer des relations d'affaires avec des partenaires locaux.» Néanmoins, les aspects culturels de cette conception de la mode sont peut-être le fruit d'un mix entre ce qu'a formé l'école algérienne à un moment donné de son histoire et la perception de l'islam dans un pays, la France, qui peine à fédérer ses fidèles.Les glissements de sens lorsqu'on se détache de la réalité sont perceptibles par exemple chez certains descendants des déportés algériens (XIXe siècle) dans les territoires français d'outre-mer et qui, pour revendiquer une origine musulmane ou grossièrement arabe, organisent des fantasias mais en s'habillant à la saoudienne, un costume inconnu au Maghreb, leur lointain territoire d'origine.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com