Ançar Eddine, le groupe islamiste touareg dirigé par Iyad Ag Ghali, impliqué aux côtés des terroristes d'Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI) et du Mouvement pour l'unité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) dans l'attaque, jeudi dernier, de la ville malienne de Konna, a perdu toute grâce aux yeux des autorités algériennes.
«Pour nous, en tombant sous l'emprise de son aile djihadiste, Ançar Eddine s'est totalement disqualifié. En s'associant avec les groupes terroristes qui ont attaqué la ville de Konna, il a franchi le Rubicon en choisissant clairement le camp des terroristes. Nous le considérons désormais comme tel, au même titre qu'AQMI et le Mujao», a expliqué une source diplomatique algérienne. Celle-ci a, par ailleurs, tenu à rappeler que la partie algérienne l'avait «pourtant maintes fois sommé de se déterminer clairement en rompant, sans ambiguïté aucune, avec les groupes terroristes et les narcotrafiquants afin qu'il puisse faire partie de la solution à la crise malienne». Il n'y a donc pas l'ombre d'un doute : l'expédition coordonnée le 11 janvier dernier avec des groupes terroristes contre la ville de Konna constitue pour Alger «un point de rupture définitive». Des sources proches du dossier assurent même que l'Algérie pèsera de tout son poids pour que les chefs d'Ançar Eddine soient, à l'avenir, tenus à l'écart des tractations qui auront lieu entre le gouvernement malien et les représentants des populations du Nord-Mali sur l'avenir de l'Azawad. «Au même titre que la représentation des autres communautés du nord du Mali (Barabiches, Songhaïs, etc.), d'autres représentants plus qualifiés auront vocation à parler au nom de la grande famille des Ifoghas en vue de trouver, à travers le dialogue, une solution durable aux revendications légitimes de ces populations sur la base du strict respect de l'intégrité territoriale du Mali», expliqué notre source.
Konna marque une rupture définitive
Les Algériens s'attendaient-ils à ce que les chefs d'Ançar Eddine trahissent leur confiance et retournent aussi facilement leur veste ' A Alger, on soutient que l'on n'avait pas sous-estimé l'influence et l'attraction exercées par AQMI et le Mujao sur les «cadres» de ce groupe. Néanmoins, on avait misé sur l'aile modérée d'Ançar Eddine et, surtout, espéré que celle-ci finisse par prendre le dessus sur le clan radical. L'évolution du rapport de force entre les deux parties explique d'ailleurs la duplicité du discours d'Ançar Eddine. Et c'est justement après un forcing des «modérés» que le groupe créé par Iyad Ag Ghali avait accepté la plateforme d'Alger et s'était engagé non seulement à dénoncer le terrorisme mais aussi à le combattre.
La prise de pouvoir par les partisans du dialogue aura toutefois été très brève. Elle n'a duré en tout et pour tout qu'une petite quinzaine de jours, puisque Ançar Eddine finira , le 3 janvier dernier, par tomber dans l'escarcelle d'AQMI, du Mujao et qui sait peut-être même dans celle d'un des nombreux services de renseignements étrangers qui grenouillent dans la région. Formellement, le changement de cap du groupe islamiste touareg s'est traduit par sa décision de geler l'accord d'Alger sur la cessation des hostilités dans le nord du Mali signé le 21 décembre 2012. Une décision justifiée par le peu d'engouement affiché par le gouvernement malien de transition à trouver une solution politique à la crise. Mais personne n'a vraiment pris au sérieux l'argument avancé par le groupe djihadiste.
Les radicaux prennent le pouvoir
Se peut-il que la volte-face d'Ançar Eddine renvoie à une volonté d'écarter l'Algérie de l'échiquier malien ' Plusieurs anciens officiers supérieurs de l'armée algérienne le pensent. Une chose est certaine : au moment même où les Algériens disent avoir définitivement tourné la page d'Ançar Eddine, le Qatar ' dont le gouvernement a été régulièrement accusé ces derniers mois par des services secrets occidentaux de financer les groupes terroristes au Sahel ' a estimé, mardi, que le recours à la force au Mali ne règlerait pas le problème, appelant au dialogue. «Bien sûr que nous espérons que ce problème puisse être réglé par le dialogue. Je pense que le dialogue politique est important et nécessaire. Je ne pense pas que la force réglera le problème », avait déclaré à des journalistes à Doha le Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad Bin Jassem Al Thani.
«La question malienne devrait «être discutée entre les pays voisins, l'Union africaine et le Conseil de sécurité» de l'ONU, a-t-il ajouté, soulignant que son pays était prêt à contribuer à une médiation en vue d'un règlement. «Si quelqu'un demande notre aide ('), nous ferons partie de la solution (mais) nous ne serons pas le seul médiateur», a-t-il dit. Cheikh Hamad Bin Jassem Al Thani a toutefois omis de dire à quel titre il viendra au Sahel, une région qui se trouve à des milliers de kilomètres de chez lui, et surtout avec qui il faudra négocier. Fait-il allusion à Ançar Eddine ' Il y a de grandes chances que cela soit le cas. Quoi qu'il en soit, la question mériterait une réponse claire.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zine Cherfaoui
Source : www.elwatan.com