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Le front du Nord, ou l'histoire de militants belges engagés pour l'indépendance de l'Algérie



Le front du Nord, ou l'histoire de militants belges engagés pour l'indépendance de l'Algérie
Hugues le Paige, réalisateur et journaliste belge engagé, fait partie de cette génération de militants européens venus à la politique avec la guerre d'Algérie. En marge de la projection à Bruxelles de son film « le Front du nord, des Belges dans la guerre d'Algérie », il évoque l'apport de ces citoyens belges qui ont choisi de s'engager pour l'indépendance de l'Algérie.
Pourquoi ce film sur le front du nord ' Y a-t-il un lien entre le livre que vous avez écrit sur le front du nord et le film '
Il ya bien sûr un lien. Les projets se sont développés parallèlement. Au départ, j'ai pensé à un film, mais étant donné le résultat des recherches menées pour ce film avec Jean Léonce Doneux ( co-auteur du livre, aujourd'hui décédé), nous avons estimé qu'il y avait matière à publier un livre qui permettait évidemment de mieux développer les analyses et d'offrir beaucoup plus d'informations, souvent inédites, sur cet épisode alors quasi inconnu de l'histoire de la guerre d'Algérie.
Comment vous êtes-vous intéressé à la cause algérienne '
Pour moi, la guerre d'Algérie a été la naissance de ma prise de conscience politique. Comme jeune lycéen qui commençait à s'engager politiquement, je me suis naturellement senti solidaire de la lutte du peuple algérien. De plus, au lycée, nous avions comme professeur Pierre Legrève, syndicaliste et militant anticolonialiste, qui était un des animateurs des réseaux d'aide au FLN. On le voit d'ailleurs témoigner dans le film, notamment à propos de la tentative d'attentat dont il a été victime de la part de l'OAS et des barbouzes français. Lui en est sorti indemne, mais à Liège, un autre militant, le professeur Laperche, est mort suite au même type d'attentat.
Pierre Legrève était une sorte d'éveilleur de conscience. Un grand nombre de jeunes lycéens à qui il a donné cours lui doivent beaucoup. C'est lui aussi qui m'a fait assister au premier grand meeting de ma vie. Et quel meeting ! Il s'agissait de la réunion de solidarité avec le peuple algérien organisée à Bruxelles, en mars 1962, avec Jean Paul Sartre !
Est-ce que le ce film a été projeté en Algérie '
Le film a été projeté une fois à Alger, à la Cinémathèque. C'était à la fin des années 1990. Il a surpris le public algérien, comme il avait surpris le public belge. J'aurais bien aimé qu'il soit présenté au public de la télévision algérienne, mais apparemment cela n'a pas été possible.
Est-ce que vous suivez l'actualité de l'Algérie '
Je la suis régulièrement à travers la presse, mais ce n'est pas au centre de mon travail. Je reste cependant toujours intéressé par l'évolution de la politique algérienne.
Est-ce que vous pouvez nous donner une idée sur le front du nord et comment est-il né '
Les réseaux belges d'aide au FLN sont nés après le démantèlement par la police des réseaux Janson en France. La fédération de France du FLN a estimé justement que la Belgique pouvait devenir une base arrière importante, tant pour les réunions des dirigeants que pour la fourniture et le transport du matériel de propagande et, parfois, d'armes. Des femmes et des hommes, solidaires du peuple algérien et engagés dans la lutte anticolonialiste, étaient disponibles. Jeunes bourgeois ou marginaux, intellectuels et syndicalistes, chrétiens et laïcs, isolés ou organisés: ils furent plusieurs centaines en Belgique à apporter leur aide au FLN. Une aide ponctuelle ou systématique avec plus ou moins de conscience des risques qu'ils prenaient. Ces hommes et ces femmes furent, à leur manière, les combattants de l'ombre de la lutte anticolonialiste.
Bien sûr, à côté de la lutte clandestine, d'autres opéraient à visage découvert pour l'aide humanitaire ou juridique, comme les membres du collectif des avocats belges qui défendaient les militants du FLN. D'autres encore menaient une lutte politique pour tenter de convaincre l'opinion publique et la presse, qui étaient généralement favorables aux thèses françaises.
Votre parcours professionnel s'est imbriqué avec votre parcours militant.
Je me suis engagé politiquement, à gauche, et même à l'extrême-gauche, dès le lycée. Cette activité militante s'est toujours doublée d'une activité d'écriture dans la presse politique. Aujourd'hui encore, je dirige la revue « Politique », qui est le lieu de débat de toutes les gauches belges. J'ai connu le bouillonnement de 1968 à l'université. Je me suis investi dans les luttes de solidarité avec le peuple vietnamien et ensuite et toujours avec celles du peuple palestinien, qui à mes yeux, vit la plus grande injustice des XX et XXIème siècles.
Sur le plan professionnel, journaliste puis réalisateur et producteur de documentaires à la RTBF (télévision publique belge) de 1970 à 2004, je n'ai jamais véritablement séparé les activités professionnelles de mes engagements politiques. Les valeurs que j'y défendais étaient, en tous cas, les mêmes. Correspondant à Rome puis à Paris, j'ai naturellement continué à creuser ces deux sillons à travers ce que j'ai réalisé, une quinzaine d'ouvrages à caractère historique et politique, avec un accent sur les relations entre politique et médias, et une vingtaine de films documentaires traversant les mêmes veines. Dans l'actualité ou le temps long, avec la plume, le son ou l'image, il s'agira toujours d'écriture.
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