Alger - Revue de Presse

Le financement de la fiction



Le gouvernement institue une taxe sur l'achat des véhicules neufs qui a soulevé l'ire de milliers de personnes. Une taxe qui varie selon la puissance et la carburation du véhicule entre 50 000 DA (soit plus de 4 fois le SNMG fixé à 12 000 DA) et 150 000 DA (soit plus de 14 fois le SNMG). L'argument invoqué officiellement pour justifier cette mesure, qui est loin de servir les intérêts du commun des Algériens, est celui de soutenir le prix du ticket du transport en commun. Le ministre des Finances, qui semble avoir la paternité de cette taxe, précise qu'il s'agit des prix de tickets du métro et du tramway qui n'existent pas encore en Algérie. L'unique ligne de métro en chantier à Alger depuis plus de 20 ans peine à voir le bout du tunnel.Encore, cette ligne ne desservira qu'une infime partie de la capitale (une dizaine de kilomètres au centre-ville). Le tramway et le téléphérique, prévus dans les grandes villes comme Alger, Constantine et Oran, sont au tout début de leur réalisation qui risque de durer aussi longtemps que celle du métro. En dehors des grandes wilayas, de tels moyens de transport relèvent de la fiction qu'on ne voit que dans les programmes télés des chaînes étrangères ou dans les films cinématographiques. La réalité du transport en commun, pour lequel on décide sur le dos du petit peuple de mobiliser des sommes colossales en vidant les poches des citoyens, est bien lamentable, critique et frôle l'inimaginable. L'exemple le plus édifiant reste celui de la capitale dont le marché est disputé par une société publique aux capacités limitées et plusieurs entités privées qui utilisent des moyens qui ne répondent à aucune norme en la matière : bus et minibus complètement usités qui risquent de tomber en panne à tout moment, sales et puants dans lesquels sont entassés des dizaines d'usagers, comme dans une boîte à sardines. Même dans ces conditions qui frôlent l'inhumain, ces moyens de transport, dont les prix du ticket augmentent à la moindre révision aussi insignifiante soit-elle du prix du carburant, deviennent rares, voire introuvables avant même le crépuscule.Idem pour les taxis qui font leur loi en choisissant les destinations qui les arrangent au prix qu'ils veulent. L'Algérois qui, par malheur, s'oublie dehors jusqu'à la tombée de la nuit, risque au mieux de trouver un ami sur son chemin, au pire de payer cher « une course » pour un taxi qui peut aussi être « clandestin », si l'aiguille de la montre dépasse 20h. Le constat est loin d'être exagéré. C'est l'enfer vécu au quotidien par les usagers du transport en commun dans la capitale et que nos dirigeants, confortablement assis dans leur fauteuil, feignent d'ignorer. Le manque de transport et sa mauvaise qualité ressemblent ainsi à un cauchemar qui hante les habitants d'Alger. C'est cette situation qui contraint des milliers de salariés à s'endetter auprès des banques et à se priver de beaucoup de choses pour acquérir un petit véhicule qui leur permettra d'arriver au travail à l'heure et de rentrer tranquillement à la maison sans avoir l'angoisse du manque de transport. C'est d'ailleurs pour cette raison que les petites voitures, dont les prix sont accessibles aux bourses moyennes, connaissent un grand succès en Algérie.Avant d'instaurer cette taxe, il aurait fallu mettre en place un transport en commun qui assurera le service public, comme cela existe dans les autres pays. Car, il est inconcevable de demander aux citoyens de payer pour un service qui n'existe même pas. Aussi, cette taxe est démesurée et inéquitable. Elle fait fi du prix de la voiture et touche plus les petits ménages que les grosses fortunes qui achètent des voitures à coups de millions de dinars. A titre d'exemple, celui qui, par manque de moyens, opte pour un véhicule moins cher à hauteur 600 000 DA, paie la même taxe que celui qui achète une voiture à 2 000 000 DA, parce qu'elles ont un moteur d'une même puissance. Autre injustice : la taxe vise à dissuader les gens d'acheter des véhicules. Mais en réalité, elle n'empêchera, encore une fois, que les cadres moyens d'avoir leur propre véhicule à défaut d'avoir leur maison. User d'une taxe pour désengorger les routes d'Alger et d'autres grandes villes ne fait que démontrer l'incapacité du gouvernement à prendre en charge les problèmes de concentration de la population dans ces grands centres urbains. Le bricolage semble avoir de beaux jours devant lui...
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