
Sa photo suffit pour le « ficher » chez les centaines de milliers d'habitués du temple du 5-Juillet. Pratiquement tous les joueurs des années 1970 à 2015 le connaissent dont des dizaines de stars sont des sympathisants de ce « fils du stade olympique de Chéraga », comme il aime à se définir. Tous les journalistes le voient depuis plus de quarante ans. Sa silhouette est demeurée intacte et son visage n'a pas pris une ride alors que Amar flirte avec la soixantaine. Lui, Moudjadj Amar, natif en 1957 à Souk Ahras, débarqua avec ses parents à Alger alors que la guerre d'indépendance de l'Algérie faisait rage dans sa région. Mais Alger était aussi un immense champ de bataille. « Mon enfance jusqu'à la période de l'adolescence sont pour moi des temps durs mais que je ne veux absolument pas oublier. Je les évoque avec mes enfants pour les pousser à persévérer dans ce qu'ils entreprennent. Pour ne jamais oublier comment ils ont grandi et résisté aux vicissitudes de la vie. Ma fille et son frère sont des universitaires et cela me comble mais ma vie au stade reste pour moi la plus belle conquête », affirme Amar dans son langage gestuel qu'aujourd'hui tout le monde comprend. Amar est, évidemment, le fameux sourd-muet que tout le monde désigne par « El Aâgoun du 5-Juillet » depuis les années soixante-dix. Habitant à Chevalley et ne déviant pas de l'axe droit vers le stade et Ben Aknoun, Amar a toujours le bras levé et le sourire permanent pour saluer tous les passants et les « hittistes » des divers quartiers périphériques au stade.Un homme devenu personnage public. Mascotte du stade, lui, qui avait vu et vécu toutes les périodes de la poussée du chantier de construction de cette soucoupe de béton, témoin de l'âge d'or du football algérien et qui continue de pointer tous les jours à son poste de travail depuis son recrutement par l'OCO le 1er juillet 1976, juste après la finale de Coupe d'Algérie remportée par le MCA contre le MOC (2-0). Quarante ans de stade, classé à la catégorie 13 ! Notre Amar, avant de débuter sa carrière, avait été ramasseur de balle dès l'inauguration du stade en 1972 se rappelant dans les détails le match d'ouverture entre la sélection du Maghreb et celle de Milan et de Palmeras (Brésil). La finale de Coupe de 1972 entre l'USM Alger et Hamra Annaba avait déclenché chez Amar cette « drogue » du ballon alors que son club du c?ur, le Chabab de Belcourt (il vous ouvre ses deux doigts en signe du V de victoire) avait déjà remporté plusieurs trophées dont deux devant les Algérois de Soustara. « Ce n'était pas la même ambiance parce que j'avais suivi les matches à la télévision ». Il adore rembobiner le film du match Algérie-France (3-2) de la finale des jeux Méditerranéens de 1975. Amar a exercé tous les métiers et tâches jusqu'à devenir monsieur « factotum » du stade. Aujourd'hui, malgré ses quarante ans d'ancienneté, il est chef d'équipe en attendant l'âge de la soixante pour signer sa retraite. « Mais je viendrai tous les jours au stade pour donner un coup de main aux amis. Je ne me vois pas cloîtré dans le quartier à « bouffer » mon repos. Le stade, c'est mon oxygène », avoue Amar qui, selon ses intimes, n'est pas « sourd » quand il veut entendre ses vrais « potes », expérience que j'ai tentée et que je confirme pour sa convenance, son affinité ou encore sa bienveillance qu'il m'affiche depuis que nous nous connaissons (du temps de mon passage au lycée à El Mokrani 1976). « C'est vrai que j'entends ceux que je sens », dit-il, en joignant son doigt à son oreille et l'autre main sur le c?ur.Lalmas-Pelé meilleurs joueurs du mondeEl Aâgoun, c'est un plein de surprises. Ce gardien du temple, qui a assisté à toutes les finales de Coupe d'Algérie disputées au 5-Juillet depuis 1972, scrute, très souvent à ses moments de pause, la gigantesque structure de béton sur laquelle il a veillé prendre un coup de laideur avant cette dernière opération de réhabilitation. « Le stade est, certes, vieux mais ses dégradations répétées sont dues au manque d'entretien et de suivi mais surtout aux agissements ravageurs des supporters qui déversaient leurs frustrations sur cette infrastructure », se désole Amar qui souhaite qu'après la réouverture, ce joyau du football retrouvera ses lettres de noblesse. Amar demande, à chaque occasion de nos retrouvailles, des nouvelles de son idole souffrant depuis son AVC, le célèbre H'ssen Lalmas. « Lalmas et Pelé sont les joueurs les plus doués de l'histoire du football ». A un de ses collègues lui demandant si la date de la retraite était proche, Amar lui exhibe trois doigts (3 ans) mais le nargue en lui montrant un carré de gazon ombragé par les hauts eucalyptus : « Le stade m'a réservé cette surface pour ma tombe ». Sacrée image d'un homme qui se conjugue aux clameurs d'un stade nommé le « 5 ».
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M H
Source : www.horizons-dz.com