
"L'ijtihad féministe et questions de femmes, écoles et positions", c'est le thème de la journée d'étude organisée, hier, par le laboratoire Religion et société, de l'université d'Alger 2, faculté des sciences sociales (Bouzaréah). Des universitaires, parlementaires et étudiants, ainsi que des militantes des droits de la femme, dont celles venues de Tunisie et du Maroc, ont pris part au débat.Un tel sujet, abordant l'islam et la situation des femmes et les valeurs politiques contemporaines, interrogeant les mouvements féministes et les questions de modernité et de valeurs islamiques, a été à l'origine de positions parfois opposées. Dans leurs interventions, des participants ont rejeté le mot "féministe" le jugeant inapproprié aux valeurs islamiques, mais sans aller jusqu'à le considérer comme une "greffe" occidentale.Certains ont tranché, considérant qu'il y a de "l'idéologie" derrière l'ijtihad féministe. D'aucuns ont estimé qu'en matière d'ijtihad féministe ou d'"ijtihad féminin", il y a une partie "acceptable" et une autre "inacceptable". D'autres ont demandé "pourquoi la femme parle seulement des droits des femmes et pourquoi elle ne parle pas des droits des hommes" ou soutenu que "les femmes héritent plus que les hommes", dans certains cas. La production féminine dans le domaine religieux est jugée "secondaire", selon la Tunisienne Amel Gourami.Cette dernière a également fait part des "séparations" qui y sont dressées, cantonnant les femmes dans les tâches ménagères et au champ conjugal, et les excluant du monde de la réflexion. "Lorsqu'on présente une chercheure, c'est toujours la fille d'Untel ou la femme d'Untel ou la mère d'Untel", a-t-elle déclaré, concédant que ces représentations renvoient à une question de fond : "Le pouvoir."Plus loin, Mme Gourami a observé que lorsque la chercheure ou l'intellectuelle, en général, prouve qu'elle est à la hauteur, on lui dit : "Bravo, mais où est le hidjab '" "Le monde du savoir et de la réflexion comprend aussi bien les femmes voilées que les non-voilées", a-t-elle rectifié, non sans déplorer les "embûches" et les "difficultés" rencontrées par les femmes, dans le domaine du savoir.De son côté, Nadia Aït Zaï, directrice du Centre d'information et de documentation sur les droits de l'enfant et de la femme (Ciddef), a rappelé que la question de la femme a été débattue dans l'histoire islamique et dans la religion musulmane "mais sans la présence des femmes". La juriste a, d'ailleurs, noté que le droit musulman a confiné la femme dans un rôle limité. "Nous avons un droit musulman rigide, fabriqué par la France et repris en 1962", a révélé l'oratrice.Cette dernière a précisé, en outre, que l'Algérie est "un pays qui a une Constitution rigide". D'après elle, l'article 2 de la loi fondamentale, qui stipule que l'islam est religion d'Etat, est "une norme déclarative" et non pas "dispositive", représentant ainsi "un choix de l'Algérie pour la morale".Quant aux réserves émises par nos dirigeants, Mme Aït Zaï les trouve "inadéquates" depuis surtout 2005. "Le droit musulman doit se réformer et s'adapter à la réalité", a-t-elle affirmé. Notons que lors du débat, un participant a reproché aux organisateurs d'avoir fait table rase de la genèse du mouvement des femmes en Algérie, un "mouvement laïc" qui a joué un rôle d'avant-garde et qui est à l'origine de certains acquis.Hafida Ameyar
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameyar Hafida
Source : www.liberte-algerie.com