
Rendez-vous politique plus qu'une rencontre de concertation avec les partenaires sociaux et économiques, la tripartite, dont la 17e réunion s'est tenue jeudi à Alger, est l'un des instruments préférés du pouvoir pour donner l'illusion du dialogue et du consensus social. Tous les dossiers soumis à ce rituel gouvernemental ont déjà connu un long cheminement dans les administrations concernées et certaines décisions ont été annoncées depuis fort longtemps, à l'image de la redéfinition du SNMG ou le retour au crédit à la consommation. Pour l'aide à l'investissement et ce que les dirigeants appellent, sans trop y croire, «l'amélioration du climat des affaires», il est clair que cela n'attend pas la réunion d'organisations syndicales sans ancrage et sans crédibilité.Le gouvernement a tout le loisir, durant toute l'année, de débureaucratiser l'administration publique, de rendre effectives les facilitations en direction des créateurs d'entreprises. Cette démarche officielle, qui consiste à passer en revue et entériner en quelques heures des dossiers lourds de la vie économique et sociale, ne fait que mettre davantage en difficulté des partenaires sociaux usés par des cycles d'allégeance au pouvoir politique. Fait illustrant le malaise qui gagne les structures satellisées par le pouvoir, l'une des organisations patronales participant à la tripartite, a installé un président intérimaire à la veille de la réunion du jeudi.La déstructuration, par la compromission politique, des organisations de travailleurs ou du patronat est difficile, sinon impossible à résorber pour prétendre leur faire jouer le rôle de figuration pour les besoins du «lifting» social du régime. Il ne reste à dire, au patron de la si bien nommée centrale syndicale que «rien n'a été décidé» concernant le projet de nouveau code du travail, décrié par les différentes fédérations de ce syndicat. Elle est pathétique, la fuite en avant du chef du syndicat officiel devant l'amorce d'un passage vers la flexibilité de l'emploi, se pliant même à un rôle de police en mettant en garde un parti qui veut dépoussiérer à l'occasion son projet de révolution vieux de quarante ans. Avant de partir en guerre contre la flexibilité, il était possible de dénoncer la précarité institutionnalisée pour des millions de jeunes employés pour quelques milliers de dinars dans le «filet social».C'est l'Etat, et non les entreprises, qui signe la précarisation sociale la plus révoltante. Aucune organisation politique ou syndicale n'a dénoncé l'injustice infligée à ces jeunes, devenus moins jeunes, végétant pendant une décennie, sans droit à la retraite, dans le pré-emploi et autres dispositifs tout aussi dégradants. Ces catégories de la population, chez lesquelles couve une colère insondable, ne sont pas éligibles au dialogue social, encore moins à l'écoute officielle et ne sont «partenaires» que des forces antiémeute à l'occasion des manifestations de rue. Le vrai dialogue social attendra l'instauration d'un système démocratique, car l'essor socioéconomique est, de l'avis général, tributaire d'un renouveau politique.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com