
à l'heure de la délivrance industrielle des fetwas, les sociétés musulmanes déboussolées sont entraînées, malgré elles, dans des comportements, des postures, des rituels qui laissent perplexes. Tant que ça venait de chaînes satellitaires, pour la plupart financées par les monarchies pétrolières, ou d'imams qui ont fait de leurs mosquées des propriétés privées délestées de leur statut de «Maison de Dieu», il pouvait être permis de trouver quelque circonstance atténuante aux Etats. Encore que' Mais non, chassez le naturel, il revient au galop.Au Maroc, fraîchement passé sous l'étendard vert avec un exécutif gouvernemental dominé par les islamistes, et avant même de premières mesures pour offrir au peuple de meilleures perspectives économiques et sociales, des ministres du cabinet Benkirane choisissent un tout autre angle d'attaque. L'identité culturelle, la langue, les programmes des télévisions publiques, les m'urs en général s'imposent très tôt -trop tôt '- comme des axes programmatiques pour lesquels ils se montrent prêts à ferrailler et en découdre. Les journaux télévisés en berbère sont désormais sous-titrés exclusivement en arabe, le Premier ministre ayant publiquement dit tout le mépris qu'il avait pour les caractères tifinagh. Les programmes en langues étrangères (essentiellement en français) doivent être réduits à la portion congrue, alors que le ministre en charge de la Culture prévoit, lui, une réduction substantielle des festivals dédiés à la musique et au cinéma. L'alcool ne sera pas interdit, mais il est prévu de le frapper de très fortes taxes pour décourager sa consommation.En Tunisie, c'est Ghannouchi en personne qui a ouvert le chantier des «manipulations génétiques» au lendemain de la victoire de son parti aux législatives d'octobre dernier. La Tunisie, le plus ouvert au monde des pays maghrébins, souffre d'un grave problème identitaire, à en croire le leader d'Ennahda qui trouve que la langue française (beaucoup moins utilisée qu'en Algérie, pourtant) est «une pollution» de l'environnement sociétal. Merci pour tous les jeunes, en jeans et tee- shirts, qui lui ont libéré la place en combattant en arabe, en français, en anglais, pendant que les ouailles du cheikh scrutaient la direction du vent pour mieux cueillir le fruit de la lutte des autres. L'irruption violente des salafistes, dans la rue et à l'université, et l'incroyable complaisance affichée à leur égard par le gouvernement, finiront de convaincre, par la suite, sur les véritables intentions du pouvoir islamiste tunisien, qui donne l'impression de vouloir mettre les bouchées doubles avant l'échéance électorale de 2013 qui marquera la fin de la transition institutionnelle.L'Algérie n'échappe pas à la vague qui veut déjouer les mauvaises pensées et les habitudes inspirées par le Malin. Comme si, quelque part, on s'était donné le mot de Tunis à Rabat, à Alger aussi on n'a pas oublié que «Le diable est dans le détail». Un oubli réparé par le ministre du Commerce qui a annoncé récemment une révision du code alimentaire qui fera obligation, entre autres, d'estampiller «halal» les produits alimentaires en vente sur le marché algérien. La mesure a été accueillie avec beaucoup de sarcasme par les internautes algériens intervenant sur les forums. C'est un tort. Le diable se nichait-il dans des produits que les Algériens achetaient les yeux fermés ' Qu'ils se rassurent, l'élevage porcin a été éradiqué dès les premières années de l'Indépendance. Le seul risque, surtout pendant le mois sacré du Ramadhan, est de vous approvisionner chez un boucher peu scrupuleux qui vous fourguera de la viande asinienne et qu'il vous certifiera être de l'agneau de Djelfa. Ou alors d'aller casser la croûte dans une rôtisserie où on vous servira des brochettes de viande congelée qui vous seront facturées au prix du frais. Mais le diable n'est jamais loin, il est plus près qu'on le croit, de chacun de nous. Il est certainement dans cette pomme de terre qui s'exhibait sans vergogne à 100 et même 130 DA le kilo et contre laquelle aucune autorité n'a rien pu faire. Il reste une question à laquelle il est
intéressant de savoir si le code alimentaire a apporté une réponse : les médicaments conditionnés en gélules faites à base de porc seront-ils estampillés halal ou bénéficieront-ils d'une dérogation à aller chercher chez El Qaradhaoui ' Sans parler du rouge à lèvres tant prisé par les Algériennes.
A. S.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Samil
Source : www.latribune-online.com