
Depuis le milieu des années 80, notre pays fait face à une régression dans le domaine de la santé publique dans sa définition la plus large, sombre palmarès qui n'a pas retenu l'attention des médias. Cette tradition, qui veut qu'on montre que ce qu'on veuille bien montrer, perdure dans nos médias lourds, malgré le souffle de liberté arraché grâce aux sacrifices d'Octobre 88. Survol de ce palmarès :- juillet de l'an 1986, le choléra s'introduisit furtivement en Algérie aidé en cela par le mutisme des médias. Résultat : près de 9000 cas de choléra dont plus de 400 décès. Aucune wilaya ne fut épargnée. Un vrai désastre qui nous valut l'embargo sanitaire de nos chers pays voisins amis. Aucun écho de ce triste palmarès.Annoncer une telle nouvelle aurait été un crime de lèse-majesté. Mal leur a pris car dans de telles situations, l'information et l'éducation du public sont une ?uvre de salut public ; - juin de l'an 2003, une épidémie de peste éclata dans l'Oranie. Des dizaines de cas de peste bubonique confirmés par un centre international de référence de l'OMS, furent enregistrés dans plusieurs wilayas de l'Ouest. On frôla une autre catastrophe sanitaire, ne fut-ce la réaction des services de santé. Sur le plan épidémiologique, nos épidémiologistes nationaux restèrent silencieux sur l'origine de l'épidémie mis à part des supputations, chose qui permit au ministre en exercice, omniscient et omnipotent, de remettre en cause le diagnostic confirmé par l'honorable institution de Genève. Donc, controverse au lieu et place d'une campagne de communication vers la population, salvatrice en pareil cas.L'an 2005 restera gravé dans l'histoire de la santé publique algérienne comme l'année d'une grave épidémie de leishmaniose cutanée, sans pareil dans l'histoire, maladie parasitaire causée par la piqure d'un insecte, le phlébotome, communément appelé mouche des sables (sandfly en anglais). Plus de 30 000 cas répartis à travers plus de 40 wilayas alors qu'à l'origine cette maladie se cantonnait à quelques wilayas des Hauts-Plateaux comme Biskra, région où fut décrite la maladie d'où l'appellation "clou de Biskra". Cette autre calamité sanitaire nous fit dégrader dans les tablettes de l'OMS parmi les pays ravagés par ce fléau tels l'Afghanistan, l'Irak ou le Soudan dont l'infrastructure sanitaire a été mise à genoux par des années de conflits.Depuis, l'Algérie figure dans le palmarès de l'OMS parmi les 5 pays qui déclarent plus de 90% des cas de leishmaniose cutanée. En février de l'an 2006, les forces vives de la santé publique des 48 wilayas appuyées des cadres des collectivités locales mobilisés lors d'un meeting décidèrent de riposter pour barrer la route à cette épidémie qui gangrénait tout le pays. Ils travaillèrent d'arrache-pied en ateliers pendant trois jours. Arriva le moment de présenter le plan d'action national, moment que choisit notre ministre toujours en exercice pour entrer en scène : une intervention-fleuve d'une demi-heure destinée au parterre de journalistes sur un sujet d'une brûlante actualité, faut-il l'avouer, par parabole interposée : la grippe aviaire.Il annonça en grande pompe l'achat d'antiviraux (Tamiflu) qui coûtèrent à la collectivité une dépense astronomique. Finalement, la présentation du plan d'action national échut à un cadre médical chevronné, chercheur de surcroit, ayant consacré plus d'une vingtaine d'années à traquer le parasite de la leishmaniose, qui fut brutalement stoppée par notre ministre, omniscient, jaloux de ses prérogatives.Depuis, la leishmaniose fait toujours des milliers de victimes dans notre pays, quant à l'alerte à la grippe aviaire et la facture payée, elle n'a profité comme de coutume qu'aux grosses multinationales pharmaceutiques. Dénominateur commun de ces pathologies hautement menaçantes pour la santé publique, une gestion chaotique de l'environnement, où on découvre que les eaux usées sont déversées dans la nature car la quasi-majorité des stations d'épuration sont constamment hors service, que la pollution de l'air et des nappes phréatiques reste la règle en l'absence de décharges contrôlées selon le terme consacré, que le déversement de matières chimiques dans un barrage de retenue d'eau devient quelque chose de banal, que l'invasion des villes et quartiers par toutes sortes de vecteurs de maladies en puissance tels chiens, chats, rongeurs et autres insectes nuisibles n'est aucunement préoccupant.Signe des temps, le M'zab, fleuve majestueux dont les sables dorés accueillaient par le passé la prière des anciens, donne l'aspect d'un cloaque ou se déversent toutes les immondices et eaux noirâtres. Résultat : depuis 2004, Ghardaïa, chef-lieu d'une wilaya considérée comme touristique, est devenue par la force des choses un foyer actif de paludisme autochtone et fait face à une forte recrudescence de leishmaniose. Recul de trente ans en arrière.Le grand fléau séculaire le plus meurtrier dans les pays pauvres s'est réintroduit dans nos régions dans l'indifférence générale y compris celles des professionnels de santé, épidémiologistes en premier.L'Algérie des paradoxes : si par ailleurs, les avancées de l'aménagement du territoire et de l'assainissement ont réussi à faire reculer les grandes endémies (peste, paludisme, choléra, etc.) bien avant l'avènement des antibiotiques, le net recul de la prise en charge de l'hygiène publique dans nos contrées concourent à la réimplantation de ces endémies moyenâgeuses.Une mentalité tenace persiste à faire endosser le retour des maladies au secteur médical comme quoi le médecin non content de faire face à la bousculade des patients engendrés par les épidémies et la psychose qui va avec, ce dernier devrait également sortir se battre contre toutes les sources de maladies et autres miasmes abandonnés dans notre environnement et se travestir en éboueur ou en aspergeur d'insecticides.Cette réflexion ne tient pas la route et pour preuve : lors de la grande épidémie de leishmaniose en 2005. Ce qui devait arriver arriva. Face à la curée des malades, point de médicaments. Pénurie de glucantime, le seul médicament efficace. Résultat des courses : émeutes populaires.Ces dures leçons n'ont guère servies. Tous les fléaux séculaires ont survécu à la pénicilline et à tous les médicaments et nos administrations passent leur temps à leur occupation favorite : se rejeter la balle les uns les autres.A l'image du secteur des collectivités locales qui montre une ténacité à vouloir laisser seule l'administration de la santé se dépêtrer face aux sources d'épidémies (en complète contradiction avec les textes réglementaires code communal en premier). Dans une commune en proie à ces maladies d'un autre âge, le P/APC n'a trouvé mieux que d'instruire le directeur d'hôpital d'acheter les insecticides, pourquoi ne pas demander aux médicaux et autres paramédicaux d'aller faire l'épandage des oueds et autres eaux stagnantes.Quelle cause mérite-t-elle plus d'attention que la dignité de l'individu, sa sécurité et sa survie, droits humains forts, étroitement liées à la salubrité de son environnement et son corollaire, la santé publique 'Que peut la santé, l'hôpital et le médecin face à la négligence coupable de ces immondices, dépotoirs sauvages et autres décharges incontrôlées, de nos oueds devenus par la force des choses de sombres cloaques déversoirs d'eaux sombres et stagnantes, autant de situations propices à la prolifération de toutes sortes de vecteurs de maladies laissés en circulation à proximité des premières cibles vulnérables, à savoir les enfants, les premiers à payer l'irresponsabilité des supposés responsables. A quoi servirait alors les lois, le pouvoir et l'argent quand le milieu ne sera plus vivable 'B. T.NomAdresse email
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Boualem Tchicha
Source : www.liberte-algerie.com