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Le coup de gueule du ministre de l'Energie



Le coup de gueule du ministre de l'Energie
Tous les projets de Sonatrach sont en retard. Toutes les compagnies étrangères présentes en Algérie se plaignent de l'absence de réactivité du groupe pétrolier national.La cote d'alerte est atteinte à Sonatrach. En effet, le ministre de l'Energie, Salah Khebri, contre toute attente, vient de tirer la sonnette d'alarme. "Tous les projets prévus par le plan de développement de Sonatrach sont en retard. Malgré tous les efforts qui sont faits, toutes les compagnies pétrolières étrangères se plaignent de l'absence de réactivité de Sonatrach. Pour seulement un oui ou non, ils doivent attendre beaucoup de temps, voire plusieurs années. Un investissement dans un nouveau gisement qui entre en service en 2020-2025, la décision doit se prendre maintenant (donc cela demande des réponses rapides de la part des interlocuteurs Sonatrach des compagnies étrangères). Il s'agit de gisements en association. Qu'en est-il des gisements développés par Sonatrach seule. Les objectifs de production contenus dans le plan de développement ne sont pas respectés. Ce qui empêche d'atteindre les objectifs de réalisations du secteur des hydrocarbures dont l'Algérie a tant besoin (en cette période de crise). Quand on n'atteint pas les objectifs, quand les délais ne sont pas respectés, personne n'est responsable à Sonatrach. Ceci est inacceptable".Fait surprenant, le premier responsable du secteur dresse par la suite un tableau noir de la situation : "La production d'hydrocarbures est en déclin. Elle l'est depuis 2009. Les prix du pétrole (en baisse) sont un facteur exogène dont on ne peut maîtriser l'évolution. Au moment où on a besoin d'une augmentation de la production de Sonatrach pour compenser la baisse des recettes en devises du pays, la production de la compagnie pétrolière nationale n'est pas au rendez-vous. Elle est en déclin".En des termes durs, voire menaçants, il avertit les managers de Sonatrach : "Le temps de l'impunité est terminée", devant une salle regroupant essentiellement des directeurs de Sonatrach et des journalistes, étonnés par le ton du nouveau ministre de l'Energie, lors de la cérémonie d'installation de nouveaux vice-présidents de la compagnie pétrolière nationale, organisée hier au siège de la compagnie. Du jamais vu. À notre connaissance, aucun ministre de l'Energie, à l'exception des affaires de corruption, n'a haussé publiquement autant le ton, devant les hauts responsables de Sonatrach.Dans la foulée, le ministre de l'Energie a sommé les vice-présidents et les directeurs de Sonatrach de respecter les engagements de la compagnie pétrolière nationale. "Vous serez désormais comptables dans l'atteinte des objectifs du plan de développement à moyen terme de Sonatrach. Les retards dans les projets ne sont plus tolérés. Vous en serez tenus responsables. Le management de Sonatrach doit être comparable, ou au niveau des autres grandes compagnies pétrolières dans le monde. Nous attendons que Sonatrach révise ses méthodes de management. Le conseil d'administration doit assumer ses responsabilités. Il doit jouer son rôle de contrôle".Mais comment interpréter cette sortie inattendue du nouveau ministre de l'Energie ' En fait, elle traduit une situation beaucoup plus grave. L'évolution du secteur des hydrocarbures est menacé et, partant, toute la rente. Alors que Sonatrach doit augmenter à court et moyen termes sa production d'hydrocarbures, elle vit depuis plusieurs années une hémorragie de ses compétences qui explique ses actuels problèmes de gouvernance. Elle souffre du manque de spécialistes expérimentés dans des métiers au c?ur de ses activités : l'exploration-production en raison de la fuite de ses cadres vers les compagnies étrangères, et des départs à la retraite sans préparation de la relève ainsi que de l'absence de taille critique de managers compétents pour une compagnie qui affiche son ambition d'être parmi les premières compagnies dans le monde.Mais n'oublions pas que les origines de la situation ne sont pas uniquement internes à Sonatrach. Les scandales de corruption qui ont affecté son système décisionnel, l'insuffisance de l'environnement juridique qui encadre le secteur, ainsi qu'un climat des affaires contraignant, sont autant de handicaps. Pour preuve, plusieurs grandes compagnies étrangères de services ne veulent pas travailler en Algérie en raison de la bureaucratie, a confié un responsable amont de Sonatrach. Ce qui n'est pas sans conséquences sur l'avancement des projets de développement des nouveaux gisements de pétrole et de gaz sur lesquels table l'Algérie pour augmenter sa production d'hydrocarbures.K. R


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