Par Kader Bakou
On frappe à la porte. Le propriétaire va ouvrir. C'est un homme de type européen qui vient de frapper à la porte de cet appartement situé dans un quartier de l'ouest d'Alger. «Je viens de France. Je suis d'une famille de pieds-noirs et nous avons habité cette maison avant 1962. Ma mère, qui est à l'hôtel, voudrait visiter cet appartement où elle a vécu jadis… avec votre permission, bien sûr…» L'Algérien est d'accord. Le lendemain et à l'heure convenue, le Français est revenu, accompagné de sa mère et de sa femme.
Voilà, ils sont dans l'appartement où ils ont vécu jadis et ils sont, visiblement, très émus. Après avoir visité toutes les pièces, ils sortent sur le balcon pour admirer la mer «comme au bon vieux temps». Après une discussion amicale autour d'un café, c'est l'heure de partir. Tous les quatre décident de se retrouver et d'aller dîner ensemble dans un restaurant d'Alger. «Je viens vous prendre à l'hôtel avec ma voiture, puis on ira dîner dans un restaurant de la Pêcherie», propose l'Algérien. Ainsi, c'est presque par hasard qu'ils se retrouvent le lendemain à Sidi Fredj au début de la nuit et décident d'entrer dans un restaurant du port de plaisance. Comme la veille, on discute de tout et de rien, tout en évitant les questions qui fâchent des deux côtés. Le repas est succulent et le Français avait commandé une bouteille de vin qu'il était presque seul à boire. Contre l'avis de sa mère et de sa femme, il commande une deuxième bouteille de «ce merveilleux vin d'Algérie». «Vous voyez, c'est là, dans la presqu'île de Sidi Ferruch, que le corps expéditionnaire français a débarqué en juin 1830», fait remarquer l'Algérien. C'est, peut- être la goutte qui a fait déborder le vase. Le Français, maintenant ivre, devient agressif mettant dans l'embarras les deux femmes toutes confuses et qui lui demandent tout le temps de mieux se comporter avec leur hôte algérien qui les a accueillis chez lui avec hospitalité. «Qu'est-ce que vous ressentez, vous qui habitez dans une maison bâtie par quelqu'un d'autre et qui, donc, ne vous appartient pas '» demande le Français après avoir vidé sec un dernier verre de vin rouge.
- Si aujourd'hui je débarque en France sans visa et sans papiers et que je construis une villa sans autorisation sur la côte d'Azur, l'Etat français va-t-il me donner cette villa '» demande, de son côté, l'Algérien.
- Non, parce que c'est une construction illicite bâtie par un immigrant clandestin… et la loi l'interdit formellement», répond le Français.
- En effet, c'est une construction illicite, tout comme votre ancienne maison en Algérie : elle a été construite sur une terre algérienne qui ne vous appartient pas…»
K. B.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Soir d'Algérie
Source : www.lesoirdalgerie.com