Alger - A la une

Le coup de bill'art du Soir



Le coup de bill'art du Soir
Par Kader BakouUn jour, un journaliste avait demandé à Gilles Deleuze : «Que penses-tu des ''nouveaux philosophes '» «Rien. Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, la loi, le pouvoir, le maître, le monde, la rébellion, la foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides : ''moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants... .»«Si c'est une pensée nulle, comment expliquer qu'elle semble avoir tant de succès '» avait encore demandé le journaliste français. «Il y a plusieurs problèmes très différents. D'abord, en France, on a longtemps vécu sur un certain mode littéraire des ''écoles . Et c'est déjà terrible, une école : il y a toujours un pape, des manifestes, des déclarations du type ''je suis l'avant-garde (les excommunications, des tribunaux, des retournements politiques, etc). En principe général, on a d'autant plus raison qu'on a passé sa vie à se tromper, puisqu'on peut toujours dire : ''Je suis passé par là .»Le philosophe français dans cet entretien paru dans le n°24 en mai 1977 de la revue bimestrielle Minuit, a aussi dit : «Ce qui me dégoûte est très simple : les nouveaux philosophes font une martyrologie, le Goulag et les victimes de l'histoire. Ils vivent de cadavres. Ils ont découvert la fonction-témoin, qui ne fait qu'un avec celle d'auteur ou de penseur. Mais il n'y aurait jamais eu de victimes si celles-ci avaient pensé comme eux, ou parlé comme eux. Il a fallu que les victimes pensent et vivent tout autrement pour donner matière à ceux qui pleurent en leur nom, et qui pensent en leur nom, et donnent des leçons en leur nom. Ceux qui risquent leur vie pensent généralement en termes de vie, et pas de mort, d'amertume et de vanité morbide. Les résistants sont plutôt de grands vivants. Jamais on n'a mis quelqu'un en prison pour son impuissance et son pessimisme, au contraire.»K. 'b.?


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)