Ils
portaient des ceintures d'explosifs prêtes à l'utilisation ». C'est le titre
d'un journal sur trois terroristes abattus hier. Où ça ? Chez nous. On relit
l'information de gauche à droite, puis de droite à gauche, puis on se range sur
la chaussée et on s'interroge : quelle est la forme exacte du cerveau d'un
Algérien qui veut s'exploser ici pendant qu'on explose des Palestiniens en
Palestine ? C'est quoi sont but dans la vie par sa mort ? Est-ce qu'il regarde
la télévision ? Lit-il les journaux ? Va-t-il au café pour échanger ses
explications du cosmos avec ses connaissances ? Personne ne sait : pendant que
les pays arabes promènent leurs Arabes de rue en rue, d'autres poursuivent mécaniquement
leurs cahiers des charges d'attentats sans mise à jour idéologique. C'est la
preuve que l'actualité internationale ne tue pas l'actualité nationale, mais
seulement les Palestiniens. La raison ? Une sorte de répartition géométrique de
l'espace cosmique terrestre. 1° - Un espace international avec l'Occident qui
tue, les islamistes qui persistent, les Arabes et les musulmans qui tournent en
rond et les Palestiniens qui portent les restes de leur pays sur leur dos. 2° -
Des espaces nationaux, avec des régimes affaiblis et donc violent, des
démocrates minoritaires et en morceaux choisis, des islamistes en attente du
Califat promis par leur histoire mythique et les peuples vacants mal nourris,
ou trop. 3° - Des espaces imaginaires mais mortelles, avec des Djihadistes au
maquis, bloqués sur le calendrier du coup d'Etat par la barbe et la bombe,
déconnectés de l'histoire mais connectés à l'Eternité. On peut se déplacer à
travers ces espaces géométriques avec une télécommande, la bonne conscience, en
changeant de trottoirs ou simplement en restant assis dans la position diaphane
du voyeur. Cela explique pourquoi pendant que l'on massacre des Palestiniens à
Ghaza, un Algérien peut se réveiller le matin et s'intéresser à la possible
candidature de Zeroual, couper une route pour demander qu'elle soit goudronnée,
réparer son démo, demander un visa ou se disputer avec un vendeur de pomme de
terre. Ou prendre sa ceinture de kamikaze et aller tenter de se faire exploser
dans une rue locale. Pour les trois terroristes arrêtés et abattus avant-hier,
le temps n'a pas de valeur aux yeux de l'éternité : pour eux le monde se divise
en deux : eux, les authentiques musulmans et Koreiche, la tribu adverse de
l'Illumination mecquoise.
Tout
le reste n'est qu'illusions. Toutes les batailles sont des batailles de Badr,
toutes les bombes mènent au Paradis et tous les morts sont tués pour leur bien.
Pourquoi ne vont-il pas le faire au front de Ghaza ? Parce que Ghaza n'existe
pas encore dans leur espace : elle fait partie d'un tout qui commence par tuer
le passant le plus proche. Les islamistes locaux en sont à 1992, les
Djihadistes en sont à l'an zéro de l'Hégire, les Arabes à l'an 1492, les
nationalistes à la chute de Bagdad, les révolutionnaires en sont au siècle
dernier, celui des décolonisations, Bouteflika en est à 1979... etc. Chacun
tient à l'épopée de son époque et veut la finir sur le dos du reste. Dans le
tas, seul l'Occident est conforme à son temps et le fabrique.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com