L'ancien combattant nous raconte ses deux passions dans ce livre qui retrace plus de quatre-vingts ans de vécu : l'amour de la patrie et celui de la musique, qui l'accompagneront durant les heures les plus sombres de l'histoire de notre pays.
Voilà un récit que le duo Ahmed Arezki Bouzid et Ahmed Mebarki lèguent à la prospérité. Le premier en tant qu'acteur d'une période charnière de notre histoire, qui verra la naissance d'une nouvelle Algérie, libérée du joug colonial. Le mérite du second sera d'être non seulement transmetteur de ce parcours, mais aussi le trait d'union entre l'ancien moudjahid et le lectorat, à travers une autobiographie à la première personne (écrite par Mebarki) qui retrace le parcours de Bouzid en tant qu'artiste et moudjahid. Plus qu'un récit individuel, Mémoires d'un artiste-chanteur, moudjahid (éditions (Rafar) est celui d'un destin collectif en proie à la brutalité du colonisateur, qui est raconté grâce aux souvenirs du résistant, et la plume raffinée de Mebarki. La fibre de la résistance apparaît très jeune chez le natif d'Ifenayen (Kalââ-Fenaïa) à Béjaïa. Eu égard non seulement au passé de "l'imprenable forteresse" qu'est sa terre natale, "résistante sans château, sans palais", berceau de la lutte contre l'envahisseur, mais surtout, aux traitements que réservaient les Français à sa famille. Une férocité déployée du reste, à travers la violence et les menaces des parachutistes sénégalais, missionnées par les Français pour terroriser ceux qu'on soupçonnait de nourrir des ambitions révolutionnaires. "Dès le début de l'année 1955, je fus contacté par les premiers maquisards de la région en kechabia (?) ces maquisards déterminés et plein de vigueur m'intimèrent l'ordre de m'incorporer corps et âme pour la cause nationale". Ce fut chose faite malgré les réticences de son père, qui proposa même aux moudjahidine de le prendre à la place de son aîné. La mission du jeune Mohand était de "comptabiliser le nombre de soldats de l'armée coloniale dans chaque patrouille et au niveau des postes de contrôle afin d'établir le compte-rendu au commandement de l'ALN". À la mi-novembre de la même année, une rencontre avec cinq hommes qui ont façonné l'histoire de l'Algérie a lieu. En effet, Amirouche, Mira, Arezki Lourèsse, Rachid Adjaoud, et Si H'mimi le convoquent avec tous les agents de liaison de la Kabylie pour une entrevue. L'objet de cette réunion concernait, se remémore le combattant "l'implantation des s?urs et pères blancs dans la région". Mais les doutes de certains quant à la sincérité de ces missionnaires, soupçonnés de "pratiquer le prosélytisme ou l'évangélisation de la Kabylie" furent rapidement balayés par la décision implacable du commandant Amirouche, "qui trancha définitivement en donnant l'ordre de les laisser tranquilles, puisqu'ils travaillent l'humain et l'humanité". À partir de 1956, et sur les ordres de Mozvira, "l'oiseau de mauvais augure", le jeune Ahmed est inscrit sur la liste des hommes suspects à arrêter. La mobilisation pour le protéger est alors lancée : "Si Amirouche décida de le détacher de cette région vers Alger", tandis que son cousin Arezki lui trouva un petit boulot pour amasser assez d'argent pour son départ en France. Sous les cieux du colonisateur, il devient agent de liaison du FLN à Paris. Il fut chargé dès lors de la collecte des cotisations et de l?inspection des hôtels gérés par les Algériens afin de "surveiller le mouvement des anti-FLN". Cette vie "à la solde de la crainte et du doute" ne l'empêchera cependant pas de vivre une passion ; celle de l'art. Au contact des Dahmane El-Harrachi, Zerrouk Allaoua ou encore Slimane Azem, qu'il accompagnait à la percussion dans des cafés-bars, son amour pour la patrie et "son patrimoine poétique et musical amazigh" ne fait que croître. Autre anecdote, Bouzid raconte que lors d'une fouille de la police secrète dans un café-bar parisien, il n'a dû son salut qu'à son étui de guitare dans lequel il avait pourtant dissimulé des tracts plaidant la cause nationale. "L'un d'eux s'approcha de moi, à un mètre il s'arrêta en disant à son collègue : ?Allons-y, les fellaghas FLN ne jouent pas de la guitare et ne boivent pas !'". À partir de 1957, c'est le début d'une carrière musicale prometteuse avec la sortie de son premier album qu'il promeut d'ailleurs auprès d'El Anka. S'ensuivirent galas, enregistrements tout en poursuivant ses missions en tant qu'agent de liaison. Après l'indépendance, Bouzid s'investit encore plus dans le milieu culturel, en devenant éducateur spécialisé dans l'animation culturelle. Les décennies suivantes resteront riches pour l'artiste ; rencontre avec Iguerbouchène, direction du Centre culturel d'El-Biar et celui de Kouba, et la création de l'association El Intissar.
Yasmine Azzouz
Mémoires d'un artiste-chanteur, moudjahid d'Amed Mebarki, éditions Rafar 167 pages, 600 DA. 2018
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yasmine AZZOUZ
Source : www.liberte-algerie.com