Alger - A la une

Le combat inachevé des Algériennes



Les débats et luttes pour l'avancée de la condition féminine continuent à s'imposer avec force en Algérie. Depuis le 22 février 2019, des formes plus expressives sont venues s'y greffer.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - «Pas de changement sans l'égalité des femmes », peut-on lire sur des pancartes brandies tous les vendredis au sein des carrés féministes du Hirak. Les Algériennes ont investi sans tarder la masse sortie dans les rues, tentant de s'imposer comme élément incontournable dans tout projet en dessein dans l'Algérie de demain. Le mouvement est structuré parfaitement, et tenu en main par dix-sept associations et collectifs de femmes qui signent, le 21 juin 2019, «la Déclaration des femmes algériennes en lutte pour l'égalité et l'émancipation ». Il entraîne une présence importante de femmes.
Dans le pays, les différentes avancées en matière de législation et de protection de la population féminine sont jugées nettement insuffisantes par les associations et symboles du combat qui se mène. Des comparaisons sont, notamment, faites avec ce qui est entrepris ailleurs, en Tunisie notamment où les gouvernants projettent en cette année (2019) de consacrer l'égalité femmes-hommes en matière d'héritage. Le bond en avant est fortement envié.
À Alger, des signes de volonté de marquer une évolution en matière de législation dans les droits féminins se sont pourtant exprimés trois années plus tôt. En 2016, une loi punissant les violences exercées contre les femmes voyait, en effet, le jour. Elle comporte des articles condamnant clairement toute violence conjugale. Une première dans un pays où le domaine privé était resté longtemps sacralisé et interdit de tout regard et immixtion. La loi est saluée et présentée comme étant la consécration du combat des militantes féministes.
Une clause contenue dans le texte adopté met, cependant, rapidement un frein à l'enthousiasme au sein des associations. Le texte prévoit, en effet, la cessation de toute poursuite judiciaire si la victime pardonne à son agresseur. Les organismes de défense et promotion des droits de la femme jugent la nuance «très inquiétante », dans une société patriarcale où le conjoint et l'élément masculin pèsent de tout leur poids. Les années passent, et sur le terrain, le bilan de texte qui était censé faire révolution n'évolue pas vers le positif. Le décalage entre les lois et l'attitude qui sévit au sein de la société est manifeste. Les réseaux sociaux permettent désormais aux militantes d'entreprendre un travail de fond, pour tenter de bousculer l'ordre établi. L'une des missions essentielles consiste à « libérer » les victimes de discrimination ou de violence à s'exprimer. Le mur de la peur commence alors à se briser. Les langues se délient progressivement pour évoquer les violences faites aux femmes. Les témoignages de victimes et même de leur famille (pour la première fois) commencent à circuler, révélant parfois des réalités atroces.
En 2020-2021, le combat des féministes algériennes s'oriente vers une autre phase, l'urgence de mettre fin aux féminicides de plus en plus nombreux dans le pays. Le meurtre de Chaïma, jeune fille de 19 ans, en devient le symbole type. Le corps de la victime est retrouvé au début du mois d'octobre 2020 dans une station-service désaffectée, à une quarantaine de kilomètres d'Alger. L'histoire de cette jeune femme violée, battue puis brûlée par un homme qui faisait partie de ses connaissances provoque une onde de choc au sein de la société. D'autres féminicides sont signalés au cours des semaines et des mois suivants. Les noms des victimes s'alignent désormais sur une page consacrée à la lutte contre le phénomène sur les réseaux sociaux. Les circonstances des décès sont plus horribles les unes que les autres, les témoignages se multiplient, le bilan de ces meurtres va en s'alourdissant.
Début 2021, « Féminicide Algérie » recense quarante morts depuis le mois d'octobre de l'année précédente. Les conjoints sont responsables du décès de trente-trois des victimes. Au sein de la société, la colère gronde, des actions sont entreprises, pour tenter de mettre un terme à la dérive. Un hashtag, #Nous avons perdu une des nôtres » est lancé sur les divers réseaux sociaux, il entraîne une forte mobilisation (où se distinguent les artistes algériens), pour lutter contre un phénomène qui finit par relancer le débat sur la peine de mort.
Gelée depuis septembre 1993, elle est réclamée avec force par les familles et une partie de la société. Une polémique s'ensuit. Des défenseurs des droits de l'Homme et spécialistes de la question décrient les tentatives visant à imposer un retour à la peine capitale, jugée nullement dissuasive en raison du peu de résultats observé dans les pays qui l'appliquent. Réagissant à cette situation, Abdelmadjid Tebboune tranche en demandant «l'application de peines maximales à l'encontre des personnes jugées pour les crimes d'enlèvement d'enfants ».
Le 12 octobre dernier, Belkacem Zeghmati annonce l'élaboration d'un projet de loi prévoyant la perpétuité ou la peine de mort contre les auteurs de ces crimes.
A. C.
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