Ali Mouzaoui (à gauche) s'inspire de thèmes authentiques
Cinéaste reconnu de par ses nombreuses productions cinématographique, Ali Mouzaoui va droit au but. «Il faut installer un climat de confiance et former les gens pour le développement du cinéma national», dit-il dans cet entretien, tout en mettant toutes les chansons du développement des TIC pour la production des images locales, algériennes, dans toutes leurs dimensions, au lieu de subir les images qui viennent pour dominer la culture algérienne en l'absence d'une véritable prise en charge politique et économique du cinéma algérien.
L'Expression: M. Mouzaoui, vous venez de donner l'avant-projection de La Peur
Ali Mouzaoui: Effectivement, c'est un film imaginaire. Je viens de le terminer. C'est grâce à la subvention du Fdatic (Fond d'aide algérien technique industrie cinématographique), que j'ai pu le réaliser. Il est sur un support de 35 mm. Le film je l'ai déposé aussi au ministère de la Culture, en plus d'une copie à remettre au coproducteur Aarc (Agence algérienne pour le rayonnement culturel). C'est un film long métrage de 124 mn, qui a été réalisé avec un budget extrêmement modeste, mais avec un travail de fond.
Mis à part le rôle de deux comédiens, à savoir Chakib Arslan et Zahir Bouzrar qui sont deux grands talents connus sur la scène cinématographique algérienne, le reste ce sont des comédiens qui ont joué dans les premiers rôles. J'avoue qu'ils ont fait un travail titanesque. Ces jeunes ont du talent. Ils ont un avenir très important dans le cinéma.
Vous avez parlé aussi de grandes difficultés avant de réussir cette production cinématographique. Pouvez-vous nous éclairer un peu plus'
La production cinématographique dépend de trois paramètres essentiels. Le premier, c'est la formation. On ne peut pas parler du cinéma sans formation cinématographique. Souvent, on forme sans avoir une vision analytique sur les besoins. On forme sans tenir compte de nos besoins. La seule institution qui forme pour ses besoins aujourd'hui, c'est la Télévision nationale. Sinon, en dehors de cela, on forme des techniciens qui se retrouvent plus tard au chômage. Le film est un produit du circuit industriel. Il est inconcevable de continuer dans la phase de production du kinéscopage à l'étranger, notamment en Belgique, en France et au Maroc. Depuis que nous avons opté pour le transfert de nos images et de signal vidéo de support 35 mm pellicule, nous avons dépensé de quoi créer trois ou quatre industries de télescopée. Le mode de projection avenir se fera avec le mode numérique DCP. Faire le DCP d'un film après étalonnage et plus, revient à 2000 euros. Par contre, le kinéscopage coûte entre 35.000 à 40.000 euros. La différence est vite décelée.
Deuxièmement, il y a le circuit industriel qu'il faut développer. Nous n'avons pas le droit de badiner encore après tout ce qu'on a vécu. A cela, s'ajoutent les carences que l'on voit dans le matériel de production. Les carences résident dans le personnel qu'il faut recycler par des formations de remise à niveau etc. Ces formations se font dans le monde entier. Ça ne demande pas beaucoup d'argent pour le recyclage. Il faut envoyer des techniciens en formation et les ramener pour qu'ils puissent eux-mêmes diffuser la connaissance ou bien inviter des partenaires étrangers pour effectuer des séjours en Algérie afin de pouvoir assurer cette formation qui manque grandement. Il n'y a rien de sorcier pour la production et le développement cinématographique dans le pays.
Je ne comprends pas comment peut-on fermer les yeux et continuer à travailler avec des ingénieurs du son qui ne pensent pas numérique depuis, alors que la majorité des producteurs dans le monde se sont convertis vers le numérique.
Le troisième point, c'est le circuit de distribution. C'est-à-dire la consommation de notre production. On a promis des salles depuis des années, mais malheureusement, à ce jour, nous n'avons pas encore vu des salles qui répondent aux normes d'hygiène, de projections des films et autres conditions sécurité et de tout ce qui est nécessaire à l'environnement interne des salles de cinéma. La culture, c'est sociétal. Le milieu doit être propre, aussi bien dans le cerveau que dans le regard. Il faut avoir une réflexion profonde et urgente à toutes les questions posées.
Les messages, les contacts intercommunautaires ou entre individus s'effectuent à travers les images. Les guerres se font avec des images. Si nous ne produisons pas nos propres images avec la qualité requise, nous allons subir les images des autres. Il faut qu'on le comprenne. Cette petite question, au fond peut déclencher une effervescence d'activités. C'est le siècle des images et uniquement des images.
Justement, qu'en est-il de la place du cinéma à l'ère de la parabole, des TIC et de l'Internet haut et très haut débit'
Je dirais qu'il y a la démocratisation de la fabrication de l'image. Autrefois, pour tourner une image, ce n'est pas à la portée du premier quidam qui peut tourner avec une caméra de 35 kg.
Actuellement, n'importe quel citoyen fait des images. C'est une chance. Les films coûtent moins chers quant on les fabrique en numérique. Mais, il y a image et image. Ce n'est pas les camescopes qui vont faire le cinéma. Il y a toute une éducation et une formation derrière. Le rectangle qui détermine le viseur d'une caméra est un espace sélectionné dans lequel vont s'agencer des éléments compositionnels. On doit équilibrer, éclairer et avoir une façon de les mouvoir. Depuis que le monde est monde, le nombre d'heures n'a pas changé, mais il faut l'expliquer. Donc, il y a des formations au-delà du pianoter sur un clavier ou d'une station de montage. Il faut donner une éducation artistique à la chose pour avancer. La connaissance appartient aux connaisseurs. Autant il y a une démocratisation pour les professionnels, autant le film coûte moins cher donc plus de production en qualité.
Faire un film sur support numérique, est très différent du film que l'on réalise sur l'argentique. L'argentique coûte extrêmement cher.
Aujourd'hui, la plupart des producteurs font des films en numérique et en HD (haute définition). Il ne faut pas aussi oublier, que le scénario reste le talon d'Achille pour faire un film. Jusqu'à présent, ce sont les réalisateurs qui écrivent leurs histoires. Ce serait merveilleux de trouver des scénaristes qui écrivent pour produire plus de films.
Revenons à votre invitation à Nantes et à Montreuil en France qui va dans le sens des échanges culturels et de l'amitié algéro-française.
Je suis invité à titre personnel par deux associations à Nantes. J'ai projeté quelques-uns de mes films. Il y aura probablement la projection du film Mouloud Feraoun, le film Mimezrane et plus. Cette invitation entre dans le cadre du jumelage entre deux villes, à savoir Nantes et Tizi Ouzou. Quant à l'invitation à Montpellier, je partirai dans le cadre d'un programme qui porte sur le regard du cinéma algérien. C'est une manifestation annuelle assez intéressante qui réunit un public de différents horizons. La manifestation de Montpellier a eu lieu le 7 février dernier. Quant à Nantes, je pense que la date est fixée à partir du 20 mars prochain.
Un mot pour conclure'
Nous avons la chance de vivre dans un pays où tout est à faire. Tout ce que nous faisons peut paraître un exploit. Maintenant, il faut installer un climat de confiance. C'est lorsque chacun de nous rêve de donner quelque chose de positif pour aller un peu plus loin que l'on avance et l'on se développe.
La notion de culture, c'est de donner un double échange, la double représentation de soi parmi les autres et pouvoir représenter les autres parmi les siens. La culture, ce n'est pas quand le chasseur tend les pièges, mais la culture s'accommode mal des pièges et des sentinelles. L'élite restera à jamais la nécessité absolue. Un pays sans élite, est un pays très pauvre, quelles que soient ses richesses.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amar CHEKAR
Source : www.lexpressiondz.com