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«Le champ du national continue à se segmenter»



«Le champ du national continue à se segmenter»
Plus de cinquante ans après l'indépendance, les Algériens se cherchent toujours. Les jeunes, quant à eux, sont carrément désorientés.La question de l'identité risque d'être encore problématique en Algérie pour de longues années. Plus de cinquante ans après l'indépendance, les Algériens se cherchent toujours. Les jeunes, quant à eux, sont carrément désorientés. C'est ce que pensent les participants à la conférence sur l'identité organisée, hier à Alger, par l'Institut national d'étude et de stratégie globale (INESG) qui vient ainsi d'inaugurer son cycle de conférences-débats sur des questions de société.Animée par la sociologue Fatma Oussedik, cette première conférence a été l'occasion de rappeler à la communauté nationale la complexité de la crise identitaire algérienne. En effet, démarrant sa réflexion des textes fondateurs de la nation algérienne, en l'occurrence les Chartes nationales et le code de la nationalité qui ont délimité le champ de l'identité algérienne, la sociologue fait un constat amer de la situation.Une situation jalonnée par l'émergence de conflits communautaires qui risquent d'affaiblir davantage l'«unité identitaire» recherchée depuis l'indépendance. «A présent, des affirmations identitaires s'affrontent. Dans ces luttes, on pourrait craindre que la communauté nationale ne se fracture. On a l'impression qu'elle est en passe de devenir un champ de bataille», note-t-elle d'emblée. Evoquant «l'agitation que suscite la question identitaire en Algérie» et qui continue encore d'«habiter», d'«interroger» et de «traquer» l'individu algérien, la sociologue revient longuement sur les raisons ayant conduit à cette situation, héritée de la période coloniale et qui s'est exacerbée avec l'avènement de l'indépendance et la domination politique d'une identité sur la totalité de la référence identitaire nationale.«En Algérie, il faut rappeler que la religion d'abord, la langue ensuite, ont contribué fortement à délimiter des communautés abstraites. Les sujets sociaux ont dû se construire politiquement autour de ces réalités assumées : Français musulmans, devenus Algériens mais aussi arabophones, amazighophones (?). Davantage, ces référents ont donné naissance à des revendications dites berbéristes, islamistes, séculières», explique-t-elle.Fatma Oussedik souligne ainsi la grosse erreur qui conduit à la naissance, aujourd'hui, des appartenances antagonistes. «Depuis 60 ans, la cellule communautaire n'a cessé de se rétrécir et le champ du national de se segmenter», indique-t-elle. Pour la conférencière, le «récit national» qui doit constituer le ciment de la nation manque de profondeur. «En Algérie, le contenant, la forme ont pris le pas sur le fond, ses contenus multiples. Et c'est ainsi que les approches de l'identité ont été posées sur la tête.L'instrumentalisation politique, qui mobilise l'identité à travers des référents à la oumma ou à la nation, en ignorant la richesse et la complexité, transforme le mouvement naturel en une idéologie qui hiérarchise en érigeant sa propre communauté au-dessus de toute autre forme d'appartenance», déplore-t-elle. Professeur à l'université Alger 2, Fatma Oussedik se dit aussi outrée par le contenu présenté aux étudiants. «Je suis professeur d'université, les étudiants n'en peuvent plus.La séquence que nous leurs avons donné de l'Algérie est très limitée. Donnons-leur de la profondeur. Il faut des récits nouveaux», préconise-t-elle, en notant l'absence flagrante de mythes fondateurs dans la constitution de l'identité algérienne. Un constat soutenu par Lyes Boukraa, directeur de l'INESG : «Il n'y a pas de nation sans mythe fondateur. Il faut reconstruire le 1er Novembre comme source de l'identité nationale, tout en se débarrassant des exclusions.» «Le 1er Novembre seul est insuffisant. Il faut intégrer tout Novembre et éliminer les mécanismes d'exclusion instaurés après l'indépendance. On a construit un discours sur mesure pour justifier un pouvoir», appuie Fatma Oussedik.


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