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Le bonheur des spéculateurs!



Le bonheur des spéculateurs!
Réfrigérateurs, climatiseurs, machines à laver, téléviseurs...Tout est bon à vendre.Les citoyens prennent leurs devants avant la grande pénurie que laisse présager la nouvelle politique gouvernementale qui vise à «assurer les produits de première nécessité» aux citoyens oubliant qu'on n'est plus dans les années 1980. Ce qui fait le bonheur des commerçants qui ne se font pas prier pour «taxer» les consommateurs. Et ce n'est que le début...Un air des années 1980 souffle sur le pays! La décision du gouvernement Tebboune de «bloquer» d'un coup les importations de plusieurs produits finis a provoqué la panique chez les citoyens! C'est le flou total chez les consommateurs et les commerçants qui ne savent pas encore quel produit ne sera plus disponible sur le marché, d'ailleurs même le gouvernement ne le sait pas encore en adressant aux banques une note et son contraire le lendemain! Alors, dans une réaction de survie, ils ont pris d'assaut les magasins de produits susceptibles de disparaître de la circulation...Le Hamiz, El Djorf, Belfort,...et toutes les autres zones réputées pour être le poumon du commerce algérois sont envahis par des citoyens qui prennent leurs devants avant ce qu'ils appellent le «retour en arrière». «Réfrigérateurs, climatiseurs, machines à laver, téléviseurs...Tout est bon à vendre. On est en train d'enregistrer des records, pourtant d'habitude c'est la période la plus creuse pour nous», affirme Sid-Ali, commerçant dans cette «république» qu'est le Hamiz. «Ces derniers jours l'électroménager se vend comme des petits pains, et ce n'est pas une façon de parler, je pense que le boulanger du coin n'a pas vendu autant de petits pains que nous, de climatiseurs, réfrigérateurs et autres...», ajoute-t-il. Néanmoins, malgré ces records de vente, Sid-Ali est loin d'être heureux.Pis encore, il fait part d'une inquiétude des plus profondes. «J'ai l'impression que c'est la fin de notre commerce. Nos stocks se vident, mais ne se remplissent pas. On est en rupture pour beaucoup de marques», fait-il savoir d'un air des plus angoissés.On a pu constater de visu que ces magasins sont pris d'assaut par des Algériens soucieux par ce que le gouvernement leur réserve. «C'est une dépense inattendue, mais essentielle. J'ai dû emprunter un peu d'argent pour pouvoir acheter un réfrigérateur, mais je sais que si je ne le fais pas maintenant je ne pourrai pas le faire l'année prochaine», nous explique un quinquagénaire, fonctionnaire de son état, qui était en train de charger son appareil dans une petite camionnette chinoise. «Les prix ne cessent de flamber. Avec les importations qui seront bloquées, et la menace du ministre de l'Industrie de remettre en cause l'industrie algérienne de l'électroménager, je sens que l'on se dirige bientôt vers le retour de Souk El Fellah et le fameux piston pour un frigo ou une cuisinière...», se désole ce père de famille qui s'est endetté à cause de la politique de privations qui est en train d'être appliquée par un gouvernement que ce petit fonctionnaire qualifie d'austère.«Retour au Souk El Fellah et le fameux piston pour un frigo'»Fouad, lui, doit se marier dans une année. Il devait équiper sa maison en électroménager à la fin de l'année en cours. Il espérait ainsi bénéficier des promotions que les entreprises offrent aux clients durant cette période de l'année. Mais le nouveau gouvernement l'a poussé à avancer cette dépense. «On m'a dit que l'électroménager ne sera bientôt plus disponible sur le marché. On parle de prix qui vont augmenter de plus de 100%, je préfère donc prendre mes précautions de peur de ne pouvoir rien m'offrir comme équipement l'année prochaine, et me retrouver avec une «tabouna» comme seul équipement pour mon futur foyer», rapporte-t-il en avouant ne pas encore savoir quels sont les produits qui seront «éjectés» du marché. Au Hamiz, on a également rendu visite aux vendeurs de salons et quelques grossistes en produits cosmétiques qui y commercent.C'est le même constat amer qui est fait: des citoyens en panique et des vendeurs qui n'ont aucune information pour pouvoir les rassurer. Que dire alors au niveau du marché El Djorf (Dubai), un peu plus loin que le Hamiz, qui est réputé pour la vente de la vaisselle, tapis... et même les produits cosmétiques. Habituellement grouillant de monde, cet endroit mythique du commerce algérois était des plus moroses.Cafouillage et manque de communicationEt ce n'est pas la forte chaleur de ce mardi matin qui fait fuir les clients, qui ont l'habitude de défier mère nature pour «Djorfer», comme ils le disaient si bien. Les étals des magasins se vident doucement, mais sûrement. Certains commerçants remplissent le vide comme ils le peuvent avec des produits de mauvaise qualité ou carrément juste des décorations. Ce n'est plus la caverne d'Ali Baba, où le client avait le choix et pouvait s'offrir de la vaisselle ou autre équipements de maison, quel que soit son pouvoir d'achat. «J'ai plusieurs fêtes de mariage ces jours-ci. Je suis venu acheter des cadeaux à offrir, mais je ne trouve presque rien...», regrette Malika, une habituée des lieux. «Effectivement, on n'a plus grand-chose à proposer. On est en période de fête, c'est là où l'on travaille le mieux ce qui fait que nos stocks se vident plus rapidement que ceux des autres...», confirme Lamine, vendeur de vaisselle. «Il aurait au moins pu attendre que cette période passe, et nous laisser le temps de nous préparer à leur «takachouf» (austérité, ndlr)», regrette-t-il.C'est le même sentiment du côté de La Mecque du téléphone mobile, à savoir le quartier de Belfort (El Harrach, banlieue d'Alger). Eux aussi, voient leurs sctoks fondre comme neige au soleil. Ces centaines de magasins qui emploient des milliers de personnes, directement et indirectement, sentent leur activité menacée. «Beaucoup de téléphones ne sont plus disponibles, on se retrouve avec ceux fabriqués ici qui eux-mêmes seront bientôt en rupture. On est obligé de recourir aux cabas, mais avec la flambée de l'euro, les difficultés à leur faire traverser les frontières, leurs prix ne sont plus abordables pour la majorité des citoyens...», témoigne un commerçant -importateur de Belfort, qui a requis l'anonymat. «Le téléphone mobile qui a été vulgarisé ces dernières années est donc sur le point de redevenir un luxe...», constate-t-il impuissant d'un avenir incertain pour lui et ceux qui vivent de ce commerce.A El Semmar, chez les grossistes de l'alimentation qui étaient il n'y a pas si longtemps mieux achalandés que les grands distributeurs français, c'est aussi la dèche! Les commerçants qui sont très agressifs par rapport à cette situation, avouent qu'ils ont du mal à s'approvisionner, particulièrement en ce qui concerne la confiserie industrielle, le chocolat. «Les produits importés ayant été bloqués, on s'est tourné vers les produits locaux. Mais comme la demande est forte, même eux ne sont pas disponibles en quantité suffisante», regrette l'un d'eux qui avoue que personne ne leur a expliqué clairement quels seront les produits qu'ils ne verront plus... Un cafouillage et un manque de communication gouvernementale sur lesquels, les commerçants jouent. Beaucoup d'entre eux ont déjà appliqué leurs propres «blocages», taxant au passage les consommateurs! Comme avec l'automobile, ils sont en train d'augmenter graduellement les prix sans que cela n'ait aucune justification. «Certains, accusent leurs grossistes, d'autres l'usine ou tout simplement mentent aux clients crédules leur faisant croire que ces produits sont déjà en rupture, mais qu'ils pouvaient leur en débrouiller un, mais beaucoup plus cher que le prix initial», fait savoir Aâmi Mohamed, un retraité qui dit ne pas être tombé dans le panneau. «Ils pensaient que j'étais vieux et que je ne comprenais rien. Quand j'ai réclamé mes droits et menacé de les dénoncer, ils m'ont dit qu'ils allaient me faire un prix. Or, c'est le coût normal du produit du fait que quelques semaines avant j'étais venu me renseigner», atteste t-il.D'autres petits malins, ont trouvé mieux. Ils font carrément de la spéculation! «Les marques les plus demandées sont introuvables car ces commerçants ont acheté tous les stocks pour pouvoir spéculer sur les prix», atteste Riad, un connaisseur des arcanes de cette mafia. Explication: «Ils connaissent très bien la réalité du marché et les marques les plus prisées. Ils s'entendent entre eux pour vider les stocks des représentants officiels en leur achetant toute leur marchandise. Puis, ils les stockent quand la demande est forte afin de créer la pénurie.» Dès que la tension s'installe, «ils commencent à sortir peu à peu leurs stocks et augmentent les prix à leur guise», ajoute-t-il.Le tapis rouge à l' inflation...Riyad, qui souligne le fait que ces commerçants se sont organisés en réseau pour arriver à fixer les prix du marché, compare cette spéculation à celle qui se fait pour le lait, la farine et tous les produits de large consommation. «Mais aussi pour ce qui se fait avec la vente de voitures, où les revendeurs ont également créé des réseaux pour 'vider'' les concessionnaires et dicter leurs propres lois sur le marché», témoigne-t-il.Djamel, propriétaire de plusieurs supérettes à travers le pays souligne la difficulté qu'il trouve pour s'approvisionner. «Les prix chez les grossistes commencent à flamber, ce qui va nous obliger nous aussi à augmenter les prix», fait-il savoir. Chose que confirme Alilou, propriétaire d'une parfumerie. «Des grossistes ont augmenté leurs prix au lendemain de l'annonce du blocage des importations de certains produits cosmétiques, alors que d'autres ont carrément choisi de cacher leurs stocks pour les revendre rubis sur l'ongle une fois la pénurie de ces produits d'importation installés», assure-t-il. «Sinon comment expliquez-vous que quelques jours à peine après l'annonce du gouvernement, des produits étaient déjà indisponibles sur le marché alors que, selon les importateurs, des stocks d'au moins deux mois sont censés être disponibles'», ajoute-t-il en précisant qu'il ne dédouanait pas les importateurs ni les détaillants. «Car, même certains d'entre eux sont en train de jouer aux apprentis spéculateurs», regrette-t-il.Résultat des courses: des augmentations qui vont jusqu'à 100 dinars sur les produits cosmétiques, de même sur l'agroalimentaire. «Et cela ne touche pas que les produits importés, puisque même ceux fabriqués localement connaissent une hausse du fait de la forte demande qui est retombée sur eux, alors que les quantités produites sont loin de recouvrir la demande nationale», constate amèrement, Mehdi, un père de famille qui dit bien ressentir la crise depuis la fin du mois sacré du Ramadhan. «Avant de penser à ces licences d'importation, il faut d'abord se demander si la production nationale arrive à couvrir tous les besoins' A mon avis, on est en train de 'dérouler'' le tapis rouge à une inflation des plus incontrôlables», estime ce père de famille, qui est économiste de formation. Il va plus loin en affirmant que cette inflation se fait déjà ressentir alors que l'on n'est qu'au début de ce dispositif. «C'est simple, pouvez-vous avec 1000 dinars acheter la même chose aujourd'hui, comme il y a deux mois' évidemment non! Donc...», regrette-t-il en ayant peur que cela ne mène le pays vers une pénurie sans égale. Il faut avouer que depuis l'arrivée du président Bouteflika au pouvoir en 1999, le niveau de vie des citoyens s'est grandement amélioré. Ils se sont habitués à un certain confort que l'on ne peut «bloquer» d'un coup...! On n'est plus dans les années 1980, Tebboune et son gouvernement semblent se tromper d'époque...
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