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Le bon grain et l'ivraie



Le bon grain et l'ivraie
Ce n'est donc pas par hasard que le futur candidat à la primaire de novembre 2016 débarque à AlgerDemain, l'UDI va tenir un bureau politique dont il sera intéressant de décortiquer les signes révélateurs d'un virage annoncé qui sera aussi la confirmation du fait que Sarkozy ne fait plus recette dans la famille centriste.En foulant le tarmac de l'aéroport d'Oran où il est arrivé hier en fin de journée, le maire de Bordeaux et néanmoins candidat à la primaire du parti Les Républicains, Alain Juppé aura eu le sourire franc et dominateur qu'on lui connaît car le beau temps, pour lui, est enfin au rendez-vous.Tandis que son rival, l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, est en train de s'écrouler avant même d'être parti, malgré les footings médiatisés et les repentances livresques de ces derniers jours, le «meilleur d'entre nous» selon le qualificatif affectueux et avisé de Jacques Chirac a choisi de passer par l'Algérie comme on passe par la Lorraine. Simple et tranquille, mais toujours droit dans ses bottes, Juppé applique ainsi la morale de la fable qui préconise de partir à point.Et pour cause, les soutiens dont bénéficiait le chef de file «naturel» des Républicains au sein de la grande famille de droite sont érodés à tel point que les centristes de l'UDI qui, en 2007 puis en 2012, avaient suivi aveuglément le champion UMP de l'époque, sans obtenir ni prétendre, du reste, à aucune contrepartie en termes de postes et autres dividendes, viennent de manifester clairement leur intention de monnayer dur comme fer leur adhésion future. Cela est d'autant plus inquiétant, pour Sarkozy cela va sans dire, que l'UDI ne devrait pas se prononcer outre mesure avant le 29 mars prochain, date à laquelle ses dirigeants tiendront un conclave pour déterminer si oui ou non ils iront à la primaire ou s'ils soutiendront directement un candidat issu de leurs rangs ou ayant acquis leur faveur.A force de les avoir considérés comme des supplétifs, sans la moindre capacité de nuisance, Nicolas Sarkozy découvre combien les voix vont devenir chères au fur et à mesure que l'échéance de novembre va se rapprocher.Du côté d'Alain Juppé, au contraire, l'embellie est annonciatrice du printemps et beaucoup de ténors, au centre comme au sein des Républicains, ne se cachent plus pour dire tout le bien qu'ils pensent de sa candidature, seule en mesure de garantir un succès face à la gauche désarticulée par la politique de François Hollande et les sorties contre-productives de son Premier ministre, Manuel Valls.Demain, l'UDI va tenir un bureau politique dont il sera intéressant de décortiquer les signes révélateurs d'un virage annoncé qui sera aussi la confirmation du fait que Sa rkozy ne fait plus recette dans la famille centriste. Auquel cas, le boulevard sera grand offert à Alain Juppé qui engrange lentement mais sûrement les fruits d'une longue marche vers le pouvoir, à la grande joie des chiraquiens.L'entourage de Jacques Chirac n'est certes pas oublieux des volte-face, Bernadette Chirac dirait même de la «traîtrise», dont est capable, et volontiers coupable, l'ancien poulain de la jeunesse RPR, soutenu contre vents et marées jusqu'au jour de l'épisode turc. Mais ceci est une autre histoire. La philosophie et la stratégie de Chirac, dernier porteur de l'âme gaulliste, se retrouve, bien qu'à un moindre degré, chez Alain Juppé et avec elle ces relents d'une politique arabe de la France dont on sait ce qu'il en est advenu, avec Nicolas Sarkozy, l' «ami de Maamar Al Gueddafi».Ce n'est donc pas par hasard que le futur candidat à la primaire de novembre 2016 débarque à Alger.Conscient des enjeux mais aussi des liens puissants, de l'histoire commune et des intérêts socio-économiques entre les deux pays, il confère à cette étape la dimension pragmatique autant que sentimentale d'un candidat de la droite dont les idées, le programme et les engagements seront fort différents de ceux que l'UMP, puis les Républicains, ont apportés à ce jour.Ainsi, ne serait-ce que sur le terreau du Front national, avec lequel Sarkozy et un grand nombre de responsables de la droite rivalisent de propos racistes et de promesses électorales à la lisière d'un programme fascisant, Alain Juppé rame à contre-courant, depuis des mois, rejetant la mise en cause de l'espace Schengen, prônant un respect de la différence autant que de la laïcité, tempérant les ardeurs des partisans d'une France blanche et judéo-chrétienne.Bref, il slalome avec un sens aiguisé de la mesure entre les anathèmes des uns et les rodomontades des autres, convaincu qu'au bout du chemin il y aura toujours la nécessaire prise en compte de la mémoire des deux rives, comme le répétait inlassablement le regretté Jacques Berque.


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