
Malgré sa dévalorisation au fil des évolutions démographique, économique et sociétale, ainsi que des influences politiques, le baccalauréat reste le diplôme-sésame le moins galvaudé, même s'il est l'indicateur phare de la dégradation du niveau de l'Education.Contrairement aux autres étapes du cursus, ses résultats sont de loin moins contestés que ceux des Master ou Doctorat par exemple. L'examen du baccalauréat est une véritable «machine de guerre» qui se met en branle chaque année. La ministre de l'Education nationale, face aux perpétuelles critiques sur la valeur de ce diplôme, assure que «l'examen ne sera pas au rabais».Mme Nouria Benghebrit avise des mesures très strictes adoptées contre les éventuels tricheurs, refuse de parler du seuil du programme ? la fameuse Ataba ? et annonce la tenue, en juillet prochain, d'une conférence d'évaluation du cycle secondaire avec pour principal enjeu la refonte du baccalauréat.Mais, au-delà de ces aspects techniques, ce qui est réellement dénoncé, est le niveau très contestable du produit présenté par l'Education nationale à l'enseignement supérieur. En décembre 2014, le président de l'association nationale des parents d'élèves, Khaled Ahmed, affirmait que près de 35% des étudiants échouaient lors de leur première année universitaire.Pour expliquer cette défaillance, experts et officiels s'évertuent à énumérer les tares des différentes réformes imposées au secteur de l'Education, les problèmes de langues, de formation des encadreurs et enseignants, ou encore des combats idéologiques toujours lancinants.Des raisons bien raisonnables, mais qui dissimulent un mal pernicieux, tu, caché, rendu tabou. L'Education nationale souffre des mêmes maux que ceux de tous les autres secteurs de l'Etat. Corruption, népotisme, clientélisme et détournements y sont généralisés par des mafias internes.Un simple fait divers passé presque inaperçu dans les chroniques quotidiennes est révélateur. Le 16 mai, dans les colonnes de notre confrère Liberté, un article titré «Un an de prison avec sursis pour un parent d'élève» révèle que le tribunal correctionnel de Skikda a condamné un parent d'élève à un an de prison avec sursis et une amende de 50 000 DA pour faux et usage de faux. L'élève en question avait présenté un certificat d'inscription en première année secondaire du lycée Mouloud Kacem Naït Belkacem de Dar El Beida (Alger), alors qu'il n'a pas réussi les épreuves de passage du cycle moyen au secondaire.L'information pourrait passer pour une simple chronique judiciaire sans grand impact si la réputation du lycée algérois n'était pas entachée. «Tout Alger sait que cet établissement est spécialisé dans la réintégration des élèves d'une manière illégale.», affirme ironiquement un habitant de Dar El Beida. «Il suffit de jeter un ?il sur le classement des lycées d'Alger. Le nôtre est toujours bon dernier. Ce n'est pas le niveau des enseignants qui doit être remis en question.Mais, il s'agit juste de vérifier le nombre d'élèves inscrits illégalement pour comprendre. Certains sont enregistrés en deuxième année secondaire alors qu'ils n'ont même pas réussi l'examen de passage du moyen. C'est un véritable marché», dénonce un enseignant du lycée.DépassementsMais la tutelle est-elle au courant de ces pratiques ' Depuis pas moins de quatre ans et jusqu'à récemment, le ministère dépêche des commissions d'enquête pour contrôler l'établissement en question. En décembre 2011, un rapport d'enquête (dont nous détenons une copie) établi par des inspecteurs de l'éducation révélait des «dépassements» dans la gestion de l'établissement. Mais ce rapport est resté lettre morte. Et les procédés véreux ont continué. A la mi-avril 2015, une autre commission constituée de plusieurs inspecteurs a encore fouiné dans les dossiers et constaté des irrégularités affligeantes sur les registres d'enregistrement des élèves.Mais encore une fois, les décisions ou sentences semblent reléguées aux calendes grecques. A Alger Est et ailleurs, des réseaux d'établissements de l'éducation spécialisés dans le «blanchiment» des cursus se sont constitués.Ils sont connus. Reconnus, y compris par leur tutelle. Mais cette dernière, pour une raison ou une autre, handicapée par des chantages à la grève ou par des protecteurs bien placés, ferme les yeux. Ces cas touchant à la dignité de nos élèves dont les parents sont devenus de véritables «vaches à lait» pour des directeurs véreux poussent à imaginer le pire dès qu'il s'agit du recrutement des enseignants ou d'autres personnels de l'éducation.Et qu'on ne vienne pas après parler de formation ou de mise à niveau lorsque les dés sont pipés dès le départ. Depuis son installation à la tête du secteur, Nouria Benghebrit mène des combats sur plusieurs fronts, voulant imposer une façon de faire, une idéologie et une vision pédagogique spécifique. Mais sans enclencher une «opération de nettoyage» contre les cadres et personnels véreux de son secteur, point de salut pour l'Education. Cette année, avec l'arrivée de la double cohorte de candidats au baccalauréat (plus de 850 000), l'Université, sur le pied de guerre, aura tout le mal du monde à trier le bon grain de l'ivraie.Car l'examen, aussi réussi qu'il sera, ne dédouanera pas l'Education nationale de son fardeau. Et l'Université, cette machine à gérer les flux, ne fera que reproduire les effets accumulés. Un élève baigné dans la désinvolture et la corruption deviendra celui qui payera sa place au Master, puis au Doctorat. Et finira par «se débrouiller» une place d'«enseignant». Et là, la boucle est bouclée.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir Azzoug
Source : www.elwatan.com