«Laissez la place au football !». Quelques-uns au milieu de ce
déferlement des passions et, hélas, des haines, essayent de rappeler ce qui ne
semble plus évident, le match Algérie-Egypte, qui se déroule ce soir à
Khartoum, est une explication entre 22 joueurs, ce n'est pas une guerre entre
deux nations.
Or, cette qualification pour la Coupe du monde, des campagnes de presse
au caillassage de l'équipe algérienne, a quitté résolument le terrain du
football. La FIFA, qui a lamentablement raté l'occasion de stopper la dérive
après l'incident qui a entrainé la blessure de trois joueurs algériens,
s'enferme dans des considérations de procédure pour ne rien dire sur ce qui
s'est passé au Caire et attendre «d'établir les faits». La FIFA a lancé un
appel à «l'ensemble de la famille du football et aux fans du monde entier, en
particulier ceux concernés par ce match, de respecter l'esprit du fair-play et
de faire preuve de la plus grande retenue afin que chaque rencontre se déroule
dans les meilleures conditions». En réalité, ni la FIFA, ni même les
fédérations nationales ne seront entendues. Dans le climat de tension actuelle,
il faut surtout espérer que la police soudanaise saura établir, avant, durant
et après le match, une séparation stricte entre les supporters algériens et
égyptiens. Ce que l'on peut constater est qu'un incident, clairement établi
mais nié par les autorités égyptiennes, a mis les médias des deux pays dans une
situation de «guerre totale». Du chauvinisme, de la haine, des mensonges aussi ont
été débités - il faut admettre que les Egyptiens sont plus forts à ce jeu même
si certains journaux algériens n'ont pas fait dans la dentelle en matière de
logorrhée chauvine - et ont contribué à créer un climat où le «jeu» n'a plus de
place.
Enchainement fatal
Les violences subies en Egypte ont eu, lamentablement, des réponses
violentes en Algérie. Les médias peuvent être contents, ils ont apporté la
preuve qu'ils peuvent être «influents», il leur suffisait de caresser la bête
dans le sens du poil. Ils l'ont fait, en Egypte comme en Algérie, jusqu'à la
nausée... On s'est retrouvé dans une sorte d'enchaînement fatal où des médias
devenus porte-parole d'un chauvinisme hooligan et des politiques, dépassés par
l'instrumentalisation qu'ils ont enclenchée, se retrouvent à accompagner la
foule. Les appels «raisonnables» se perdent. Il ne faut, malheureusement,
compter que sur les 15.000 policiers soudanais mobilisés pour, à défaut de
faire baisser la température, éviter que le feu ne prenne. L'entraineur de l'équipe
nationale, Rabah Saâdane, a choisi de regarder l'avenir et ne pas s'appesantir
sur l'épisode du Caire : «C'est un autre match : nous avons oublié ce qui s'est
passé au Caire, nous axerons l'essentiel sur une préparation du groupe sur le
plan psychologique». «Nous jouons au football pour le plaisir pas pour créer
une guerre», a déclaré de son côté Hassan Shehata, l'entraîneur égyptien. Très
raisonnable comme propos. Mais après l'accumulation d'incidents et les tonnes
de propagande, il est difficile de croire qu'Algérie-Egypte, à Khartoum, cela
se résume, dans de nombreuses têtes, jeunes et moins jeunes, à une simple
partie de football. Il y aura donc beaucoup à faire, dans les mois qui viennent
pour les Etats, algérien et égyptien, à organiser une relation polie. Quand aux
opinions publiques, autant dire que «pas de relation» sera la meilleure option.
A la portée du onze algérien
Difficile dans ce contexte
surchauffé de parler de football. Et pourtant, il faut bien... redire que ce
n'est qu'un match de football... Qu'il se joue sur le terrain et non dans les
médias qui font chauffer la température, ni dans les bureaux des politiciens.
Les joueurs algériens - qui ont été soumis à forte pression au Caire où ils ont
été quand même agressés physiquement - se retrouvent, à Khartoum, dans un
contexte moins hostile. Ils auront l'appui des supporters algériens qui ont
déferlé sur le Soudan et celui d'une partie des Soudanais. On peut donc dire
que dans les tribunes, les deux parties - bien séparées, espérons-le - feront
jeu égal... Il restera l'essentiel, ce qui se passe sur le terrain. Le match
est bien entendu à la portée des Algériens, ils ont des qualités qui peuvent
faire la différence. C'est sur le terrain - et sur le terrain seulement - qu'on
espère battre les Egyptiens. Mais, il faut aussi le dire, dans le football, la
possibilité d'une défaite existe. Il faudra l'accepter et ne pas y voir la fin
du monde ou un affront. Tout ce qui est excessif est puéril... Or, dans les
excès actuels, il y a eu un débordement de moyens qui fait frémir... Il faut
rêver qu'à Khartoum, on laissera la place au football... et seulement au
football. Et si onze joueurs nous donnent du bonheur, que cela ne soit que
parce qu'ils ont mieux joué et qu'ils ont été mieux inspirés...
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M Saâdoune
Source : www.lequotidien-oran.com