
Même si Rokia Traoré connaît assez bien l'Algérie puisqu'elle y a vécu de 1985 à 1990 de par le poste important qu'occupait son père en tant que diplomate, la musicienne a signé sa première prestation à Alger. Une remarquable prestation à la hauteur des attentes du public. Cette soirée- initiée par l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel(AARC)- est placée sous le signe du creuset de l'africanité. Rokia Traoré est une artiste à la fois humble et pacifiste.Durant tout le temps qui lui a été imparti, elle a su transmettre de sa voix pure, intense et profonde tous les maux de la société africaine, en ne manquant pas de plaider pour l'unicité de ce continent. Après quelques minutes de retard, l'artiste investit la scène pieds nus, sous un tonnerre d'applaudissements. Avec un sourire gracieux qui ne la quitte, pour ainsi dire jamais, elle accapare, aussitôt, le micro, pour remercier Alger de l'accueillir avec tant de générosité. Dotée d'un corps de mannequin, elle évolue sur scène en toute aisance, en ne manquant pas de faire des clins d'?il complices à ses comparses, notamment au bassiste ivorien Mathieu N'Guessan, au joueur de ngoni malien Mamah Diabaté, au batteur burkinabé Moïse Ouattara, et à la choriste Marie Kokola. Elle étrenne son répertoire par une chanson dédiée au peuple africain, européen et oriental. Elle enfile, par la suite, sa guitare éléctrique en bandoulière pour se lancer dans une série de chansons à textes. Rokia Traoré possède un phrasé lourd et envoûtant difficile à résister. Sa voix respire le combat et la révolte. Preuve en est, le devant de la scène est submergé par des danseurs potentiels. Les têtes dodelinent et les corps se déhanchent au rythme des sonorités métissées. Les titres s'enchaînent les uns après les autres avec des orchestrations adaptées. Elle surfe du français à l'anglais, en passant par le Bambara, en proposant des titres évocateurs de leur contenu. Parmi ces derniers figurent, entre autres, Amour tu m'emportes, Vole, vole, Zen, Bountiful Africa, Ka moun ké, Kouma, Lalla, N'teri et Sikez. Elle gratifie l'assistance de quelques morceaux de son sixième et dernier album, Né So (2016), né dans la douleur, pendant son exil en Europe après les tragiques événements qu'a connus son pays en 2012. Au fil des interprétations égrenées, une osmose naît entre l'artiste et le public.La chanteuse, auteur-compositeur et guitariste malienne s'adresse à ses convives dans un langage des plus poétiques et philosophiques. Dans une très belle leçon de morale, elle rappelle qu'elle a le privilège de voyager dans toutes les contrées du monde. D'être l'aiguille qui compte les morceaux du monde. «Nous possédons, dit-elle une vie compliquée. Tout ce queje vois et que j'entends aujourd'hui, me laisse sans voix. Un homme seul ne fait pas de cadeau. Ce monde est loin de ses paradoxes et de ses vérités. Nous faisons partie de couleurs différentes. Sans les autres nous ne sommes rien. La notion de respect est primordiale pour soi et pour les autres. La vie de l'homme est éphémère. Ce temps est si précieux qu'il nous échappe», déclame-t-elle sous des applaudissements explosifs. Elle quitte furtivement la scène pour laisser place au jeu orchestral de ses musiciens. Alors que certains se dirigent vers la sortie pensant que le concert tire à son fin, Rokia réapparait sur scène, déterminée à donner encore une fois le meilleur d'elle-même, en faisant dans la reprise de deux célèbres titres maliens. Rokia Traoré est une artiste qui mêle à la perfection dans sa musique le passé et le présent. Elle a réussi à enchevêtrer subtilement la musique occidentale aux sonorités africaines. Elle se veut la porte-parole des peuples opprimés. On devine en filigrane qu'elle s'est fait le serment de prêter sa foi à la paix et à ceux qui sont privés de leur terre.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nacima Chabani
Source : www.elwatan.com