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«La violence pratiquée avant 1962 est encore présente en Algérie»



«La violence pratiquée avant 1962 est encore présente en Algérie»
La répression du 8 Mai 1945 a marqué l'imaginaire collectif algérien. Elle a été fondatrice d'une douloureuse révolte et d'une quête identitaire qui, aujourd'hui encore, continue de se faire ressentir. Quel commentaire pouvez-vous en faire 'Des signes d'une forte détermination sont facilement observables dans la réaction de la population en cette période, malgré les conditions de vie très difficiles pour la plupart d'entre eux, cela révèle l'adhésion de l'Algérien à une dynamique internationale très sévère, ils n'ont pas raté l'histoire et l'histoire ne les a pas ratés non plus, c'était la rencontre d'un peuple avec son sort.L'affrontement de la quatrième puissance militaire au monde à mains nues reflète une réalité sociale amère et une domination étouffante de la population indigène, la violence française montre une certaine sous-estimation civilisationnelle des Algériens comme groupes et comme individus, surtout que les colons français en Algérie contrairement aux autres colons à travers le monde étaient très attachés anthropologiquement à notre pays.Un attachement chaleureux, extrêmement patriotique, chose qui a provoqué une réaction violente de leur part avant même l'intervention de l'armée française. Effectivement, un événement déclencheur d'une nouvelle étape de la lutte des Algériens pour leur indépendance, c'était la première déclaration du rêve d'indépendance avec une autre manière plus pragmatique et plus populaire.Il représente un indicateur très fort de l'existence de la volonté des Algériens à ce libérer, contrairement à ce que certaines personnalités revendiquaient. Les grands événements d'avant et pendant la deuxième guerre mondiale étaient une source d'inspiration pour une grande partie des autochtones, qui deviennent en peu de temps des nationalistes farouches.En effet, l'envahissement de la France par les allemands et la participation des Algériens dans ce conflit ont donné naissance à une dynamique de société basée sur les principes des résistances du XIXe siècle, ainsi et surtout la confiance en soi comme une arme forte contre l'occupation française.Un transfert de nouvelles valeurs révolutionnaires et libératrices a été le fruit des déplacements des Algériens en Europe et partout dans le monde, une culture offensive s'est installée dans l'imaginaire collectif en substitution au complexe culturel de défensivité. C'est un moment très important dans l'histoire de chaque société, profitable et utile pour faire marcher le moteur de changement. Chose faite, vu le déclenchement de la Révolution quelques années après malgré l'injustice vis-à-vis des berbéristes qui représentait la même injustice des Français vis-à-vis de tous les Algériens.Ce sentiment a-t-il été investi de la même manière après la Révolution 'Malheureusement, ce sentiment n'a pas été investi de la même manière après la révolution, au contraire ! Un détournement fatal a été initié par certaines responsables très attachés aux valeurs exogènes et complètement loin du projet de la société mis en place par la déclaration du 1er Novembre 1954, chose qui a laissé la quête d'identité persister toujours en Algérie. Les événements du 8 Mai 1945 ont été à l'origine d'une révolution légendaire, mais aussi à l'origine d'un projet de société qui n'est pas encore concrétisé, surtout dans sa dimension identitaire mal comprise par les autorités depuis le cessez-le-feu, un dérapage qui risque encore de prendre de l'ampleur.Qu'est-ce que cet événement d'une grande violence peut nous révéler, à votre avis, sur la société de l'époque ' Et en quoi peut-il faire écho à toutes les nouvelles formes de violences qui traversent l'Algérie aujourd'hui 'A propos de la violence qu'on traverse aujourd'hui, une spécificité algérienne s'impose dans la forme et dans le contenu de chaque approche quelle que soit sa dimension car, en comparaison à nos voisins marocains ou tunisiens, l'Algérie est le seul pays nord-africain qui a vécu une révolution violente, aux limites extrêmes d'une guerre de libération. Les événements du 8 Mai 1945, la Révolution de 1954, la désobéissance du FFS en 1963, le coup d'état de 1965, les tentatives de violence de Bouyaïli, les événements de 1988, ainsi que la violence depuis 1992 sont des facteurs ayant marqué l'inconscient collectif de notre société.Notre Histoire est violente, elle détermine aussi le comportement des Algériens d'aujourd'hui. Cette culture de la violence est véhiculée par la famille, mais surtout l'école algérienne qui aborde trop la révolution dans sa dimension de guerre ; à l'école, on parle de la guerre et non pas de la révolution.Notre histoire est violente depuis très longtemps, cette violence endurée par les Algériens fait partie de la mémoire collective qui détermine le comportement des individus et des groupes en conflit avec eux-mêmes, sans oublier l'environnement social très méprisant pour les simples citoyens qui constituent la majorité de la population, car la même violence symbolique pratiquée avant 1962 est presque la même qui est encore pratiquée, mais dans différentes formes : la corruption, la bureaucratie, l'informel, et surtout le problème des libertés individuelles et collectives ; donc, la réaction de la population est de même nature, mais elle s'exprime par différents agissements vu l'absence d'une stratégie de la part des autorités depuis l'indépendance pour canaliser cet esprit des Algériens.Paradoxalement, nos compatriotes ont été l'objet de provocations répétitives depuis l'indépendance politique ! Donc, cette spécificité algérienne trouve ses racines dans les événements du 8 Mai 1945 et d'autres événements très douloureux dans notre passé et surtout notre présent.


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