
Ouardia n'a que 40 ans, mais elle paraît en avoir 60. Elle porte sur ses frêles épaules les vicissitudes d'une vie émaillée de violence aussi bien morale que physique, chaque jour que Dieu fait. Ni famille ni amie, elle se retrouve à 40 ans avec 7 enfants dont 5 sont handicapés. Son histoire est peut-être unique en son genre. Dès sa naissance sous l'appellation X, elle se retrouve dans un orphelinat. Elle est adoptée par une famille d'accueil. A cette époque, les familles d'accueil recevaient une aide de l'Etat pour chaque enfant recueilli. Cette mère d'accueil a pris en charge 9 enfants. Alors, faites le compte ! Cette famille d'accueil, au lieu de prodiguer amour et tendresse, n'avait dans la bouche que réprimandes et brimades. Cette situation a duré, pour Ouardia, jusqu'à l'âge de 18 ans. Et puis comme toute jeune fille de son âge, elle rêve du grand amour. Malheureusement, elle tombe sous les griffes d'un homme, Moussa. A son grand désespoir, elle tombe enceinte, et pour fuir la société et sa famille d'accueil qui n'allait pas l'accueillir à bras ouverts, elle décide de le suivre dans une région de l'est du pays. Son malheur ne s'arrêtera pas là, elle reçoit des coups alors qu'elle est à son 5e mois de grossesse. Puis, c'est le coup de grâce à l'accouchement, les médecins lui annoncent que son fils est aveugle et que c'est peut-être une tumeur. C'était durant les années noires. Pour de plus amples examens médicaux, elle est orientée vers un hôpital d'Alger. Au lieu de venir s'enquérir de l'état de santé de son fils, Moussa préfère les abandonner. Sur insistance d'une association féminine, le père reconnaît l'enfant et lui donne son nom. A la fin du séjour à l'hôpital, Ouardia se retrouve livrée à elle-même avec un bébé non-voyant. C'est la rue qui l'accueille à Alger. Vivant de la mendicité, des dons des âmes charitables et des associations caritatives, il lui est arrivé de dormir avec son enfant sur les escaliers d'une mosquée, dans une impasse ou dans un bain maure jusqu'au jour où elle rencontre son deuxième mari, quelques années plus tard. Pensant le cauchemar fini, elle croit en des jours meilleurs. Or, ce qu'elle ne sait pas, c'est que les portes de l'enfer se sont ouvertes ce jour-là !
À QUEL SAINT SE VOUER '
Avec Sid-Ali, son deuxième mari, elle met au monde 6 enfants. Au bout du compte, elle a l'aîné issu du premier lit qui est non-voyant, puis ceux issus du second, dont l'un est asthmatique, un autre est handicapé visuel, en plus d'être autiste, puis ce sont 4 filles dont deux épileptiques. Mais le plus grave pour Ouardia sont les coups et la violence qu'elle subit depuis des années, comme le confirment les différents certificats médicaux qu'elle nous montre et les stigmates sur son corps et sur sa tête. Et pas uniquement elle, ses enfants aussi en font les frais. Suite à un choc, elle passe un séjour dans un hôpital psychiatrique pendant plusieurs mois. Une aubaine pour Sid-Ali qui peut la traiter de folle et lui enlever les enfants en cas de divorce. Les enfants n'ont jamais été scolarisés vu les conditions familiales qui ne s'y prêtaient guère. « Leur père les incitait à mendier et à lui remettre la totalité de la somme récoltée. Cet argent lui sert à acheter des psychotropes. Sinon, ce sont les coups qui pleuvent sur leur tête à tout bout de champ », se lamente la maman. Quant à elle, elle subit et se tait. Elle n'a pas droit à la parole. « Pour la moindre remarque, c'est une cascade de gifles et de coups que je reçois sur la tête ». D'ailleurs, il y a un mois, deux coups de poing ont suffi, selon elle, à lui casser les dents de la mâchoire supérieure. Devant la mare de sang, il n'a même pas pensé à l'emmener à l'hôpital. Ce sont des citoyens qui l'ont transportée au pavillon des urgences. « Quand il est en manque, il est tellement violent qu'il ligote les fillettes - la plus grande n'a même pas 14 ans - et menace de les violer », regrette-t-elle encore. Ouardia n'en peut plus. Avec cinq enfants handicapés sur les bras, dont deux ont un double handicap, elle a peur d'un autre danger, celui de l'inceste. Il faut préciser que l'enfant aîné (celui issu du premier lit) à force d'être agressé depuis qu'il est bébé est maintenant atteint d'une surdité profonde, en plus de la cécité. Il a 20 ans maintenant, un âge où tous les rêves sont permis, mais pour lui qu'en est-il ' Ils ont squatté une chambre dans un hôtel désaffecté à Alger. En cette journée nationale des handicapés, la malheureuse sollicite l'aide des pouvoirs publics, une assistance sociale qui l'aiderait à avoir un chalet pour rassembler ses 7 enfants et les extraire de la mendicité qui leur a été imposée. Un petit « toit » pour se reconstruire et retrouver la tendresse des enfants. Un travail aussi pour que ses enfants retrouvent les bancs de l'école et apprennent un métier. Mais avant cela, elle doit impérativement trouver un appareil auditif pour son fils qui souffre de surdité. Il coûte la bagatelle de 140.000 dinars. Elle n'a pas d'assurance, pas de travail, un mari violent et toxicomane, pas de maison... Alors comment faire ' En attendant que l'un de ses rêves se réalise, Ouardia continue à subir l'innommable. Souffrance morale et physique, des enfants violentés, utilisés et exploités par leur propre père. Ne nous voilons pas la face, la réalité est là... amère.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rabéa F
Source : www.horizons-dz.com