
Une vie nocturne est-elle possible dans notre capitale' Un Algérien en est convaincu. Il se démène comme un diable pour y parvenir. Fraîchement élu à la tête de l'APC d'Alger-Centre (le coeur de la capitale), Abdelhakim Bettache est sur tous les fronts pour atteindre cet objectif. Il mène au pas de charge la réhabilitation des commerces qui consiste à l'embellissement de leurs façades. Il multiplie les démarches auprès des propriétaires. Il fait tout pour les sensibiliser. Pour arracher leur participation. Pousse jusqu'aux menaces de sanctions. Il lance une grande offensive contre les gravats et autres objets que le ramassage d'ordures habituel ne peut pas prendre en charge. Il décide de réaménager les parcs de sa commune. Il veut y créer des animations. Il pense même confier leur sécurité à des sociétés de gardiennage privées. Il est décidé à rouvrir, l'une après l'autre, toutes les salles de cinéma, fermées depuis longtemps. Dans son élan, il promet qu'Alger revivra la nuit dès ce mois. Et surtout il ne veut pas laisser croire que sa «politique n'est que conjoncturelle» mais qu'il l'installera dans la durée. Ce qu'il fait, pense-t-il, n'est que «la locomotive» qui entraînera beaucoup d'autres adhésions au fil du temps. Il profite de la saison estivale, période propice à ce genre d'initiatives, pour redonner la capitale aux noctambules. Un tel challenge est à saluer et à encourager. Pour l'aider, il faut se garder de toute complaisance et dire qu'effectivement le projet a toutes chances de réussir puisqu'il profitera du mois de Ramadhan qui est à nos portes. Chacun sait qu'au cours de ce mois les rues ne désemplissent pas la nuit. Le tour de force est de garder le même rythme le reste de l'année. Ce qui n'est pas évident sans une motivation de substitution aussi forte pour faire sortir les citadins la nuit. Il faudra une motivation encore plus forte car celle du mois de Ramadhan relève plus d'un changement naturel du rythme biologique que du ravalement de façades ou de décoration de terrasses de café. En réalité, le président de l'APC s'attaque à réhabiliter une culture. S'il a le mérite d'y penser, en a-t-il vraiment les moyens' Tous les moyens' Alger ne peut pas vivre la nuit de ses seuls résidents. La grande fréquentation qu'on lui connaît le jour provient de toutes les banlieues qui l'entourent. Le reflux commence à partir de 17h. C'est précisément ce reflux qu'il faudra «casser». Comment y parvenir si la femme qui représente plus de 50% de la population doit impérativement rentrer à cette heure chez elle pour l'autre partie des travaux qui l'attendent à la maison' Il faut savoir que si des initiatives sont prises pour l'ouverture des cafés, qu'en est-il pour les restaurants qui ne fonctionnement qu'à midi' Pour les faire sortir il faut inciter les familles à manger dehors le soir comme à midi. Une condition qui n'est pas gagnée d'avance car il y a d'autres facteurs qui freinent. Au-delà de la sécurité, des transports publics, de la multiplication des loisirs, il reste beaucoup de préjugés que tout le monde connaît, à faire tomber. Un seul moyen partant d'exemples connus peut être tenté. Alger ne revivra la nuit que si elle commence par réhabiliter, promouvoir et multiplier les restaurants. Pas seulement les cafés. Staouéli et Draria, pour ne citer que ces deux communes, vivent leurs nuits grâce aux brochettes et aux glaces. Un aspect qui n'apparaît pas dans la stratégie de M.Bettache. Au moins pour créer le déclic sur lequel pourront être «greffées» les conditions d'une vie nocturne durable et non sexiste. Reste les problèmes de logistiques comme celui du stationnement qui, s'ils ne sont pas réglés, peuvent remettre en cause ce beau projet. On ne veut pas croire que M.Bettache pense voir sa commune vivre la nuit uniquement durant le ramadhan et la livrer le reste de l'année seulement aux hommes. Sinon ce n'est plus un challenge!
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zouhir MEBARKI
Source : www.lexpressiondz.com