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La tribu, le clan... le club



La tribu, le clan... le club
Pagaille (c'est un euphémisme), désorganisation, affrontements (il y eut des blessés, tant du côté du service de sécurité que dans les rangs des supporters) ont marqué, dimanche, la vente des tickets d'accès à la finale de la coupe d'Algérie qui opposera demain au stade du 5 Juillet les formations algéroises du MCA et de l'USMA. Pourquoi tant de tension pour un simple match de football' Simple' En effet, simple - c'est un match parmi tant d'autres quoique particulier par l'enjeu qui le caractérise - malgré la campagne entamée depuis des semaines par une «presse spécialisée» qui n'a pas lésiné sur les termes et les concepts, chauffant à blanc les deux galeries. Ce match devait rester dans les strictes limites du franc-jeu et du plaisir - immense - que suscite singulièrement un derby de la qualité de celui d'Alger. Ceci étant, on peut se poser la question de savoir pourquoi les responsables du complexe olympique Mohamed-Boudiaf n'ont ouvert que trois guichets sur les 35 que comporte le stade du 5-Juillet au regard de l'importance du monde attendu' Qui a décidé d'ouvrir seulement trois guichets sachant les risques que pouvait induire l'accueil de 50.000 personnes excitées à la recherche du fameux sésame' C'est là l'une des anomalies relevées dimanche au stade du 5-Juillet qui ne manque de susciter nombre de questionnements. Faut-il s'en étonner quand on relève l'amplitude excessive accordée à une confrontation sportive, qui aurait dû demeurer dans le domaine qui est le sien: un match de football où le meilleur gagne et le fair-play être le maître des lieux. Cela pouvait-il se faire alors qu'il y eut des outrances de langage - pouvant être assimilées à des dérives langagières - qui ont accompagné au long de ces derniers mois les productions du Mouloudia Club d'Alger, dont les supporters ont été affublés du pompeux qualitatif de «peuple» du Mouloudia. Il est patent que de telles dérives de langage, outre d'aboutir à des dérapages regrettables, ont surdimensionné un club par rapport aux autres, le mettant au-dessus des seules normes sportives. Le matraquage de la «presse spécialisée» sur le supposé «peuple» du Mouloudia a créé un précédent hasardeux et induit une sorte de paranoïa parmi les supporters et fans du doyen des clubs d'Alger. On ne sait si ceux qui ont utilisé ce terme de «peuple» du Mouloudia savaient ce qu'ils faisaient, alors qu'il y a des mots qui tuent. En fait, cela dépasse le domaine du sport pour devenir un terme de ralliement hors contexte de ce qu'il est supposé viser. Il est loisible de se demander en fait si cela est bien innocent. Il y eut dans l'Antiquité, ce que l'on a appelé les «cités-Etats» - (Athènes, Sparte, Rome...) comme l'existence de micro-Etats dans la Mésopotamie (actuelles Syrie-Irak) - allons-nous assister aujourd'hui à l'avènement de «club-Etat» eu égard à tout le remue-ménage fait autour du MC Alger' Cela d'autant plus que - par mimétisme' - le terme de «peuple» a été repris récemment pour un autre club, le MO Béjaïa, en parlant de «peuple» des Crabes (surnom du club béjaoui). Réduire désormais la notion de «peuple» à la dimension d'un club nous renvoie à d'autres dérives constatées ces dernières années par la réapparition de termes disparus du langage national comme régionalisme, tribalisme et clanisme (région, tribu, clan). Il ne manquait plus que le club - le plus petit dénominateur commun - pour que la boucle soit bouclée. Ainsi, le club, le clan, la tribu et la région auraient tendance à se substituer - voire remplacer - au terme usuel de nation. C'est à ces dérives langagières que nous assistons dans une parfaite indifférence de tous. Quand le terme «peuple» du Mouloudia est apparu, ou quand le sport a été instrumentalisé à des fins politiques, personne ne s'est levé pour dire: «Halte! Trop, c'est trop.» Nous aimons le sport - soutenir son club fanion est chose normale quand cela reste dans les normes admises - mais certes pas au détriment de l'unité nationale. En effet, au rythme où vont les choses - et si on n'y prend garde - demain ce sera dix, 100, 1000 «peuple» dont les tenants seront le club. Aussi, nous ne sommes pas loin du concept de «club-Etat» qui induit une dangereuse dérive. Est-ce cela que l'on veut'
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