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La Syrie entre la solution politique et la solution du pire



La Syrie entre la solution politique et la solution du pire
Bachar El Assad a prononcé, hier matin dans un centre culturel de Damas, le discours que tout le monde attendait. Evidemment, personne n´espérait entendre le président syrien annoncer son départ immédiat du pouvoir. C qu´il n´a pas fait, mais une option qu´il n´a pas non plus exclue.
Sur un ton volontairement dosé d´une certaine sérénité, Bachar El Assad a rejeté sur l´opposition armée le blocage d´une sortie du conflit armé qui a fait, en moins de deux ans, plus de 60 000 morts dans des villes en ruine comme Damas, Alep, Homs, Balbah, Deraa ou Deir Ezour.
Son régime serait disposé au dialogue mais n´a pas trouvé d´interlocuteur, à son avis, car l´opposition armée continue d´exiger sa chute comme condition sine qua non à un retour à la paix dans le pays.
Une question de 12 mois !
Dans ces conditions, un dialogue est-il encore possible entre un pouvoir qui cherche une sortie sans humiliation par la grande porte et une opposition qui demande son départ immédiat sans même avoir pu surmonter ses propres divisions internes ' Le 27 décembre dernier depuis Moscou, Lakhdar Brahimi avait pourtant tenu à avertir tout le monde, pouvoir en place, opposition armée et les parties impliquées dans la crise syrienne que faute d´une solution politique par le dialogue, ce sera l´enfer en Syrie.
C´est ce qui se passe à ce jour, parce que l´avertissement du représentant de l´ONU n´a pas été entendu par les belligérants qui ont choisi de continuer à se livrer une guerre sans merci. Ce pays arabe est donc sur le point de mettre le second pied dans l´enfer, avec une moyenne de plusieurs dizaines de morts par jour.
Pourtant, un simple calcul arithmétique permet de conclure que le salut du peuple se joue sur une année supplémentaire d´un pouvoir absolu auquel les Syriens de tout bord politique et de toutes les ethnies se sont accommodés pendant plusieurs décennies. Quelques mois seulement avant la crise syrienne, le président Assad, encore très fréquentable par les dirigeants occidentaux alliés de l´opposition armée, était reçu avec tous les honneurs par ses pairs européens qui se rendront compte, comme par hasard, qu´il n´avait plus de légitimité pour gouverner.
La maladie du pouvoir
2014, c´est dans 12 mois ! C´est-à-dire un temps à peine suffisant pour assurer une transition démocratique sérieuse qui sera, de surcroît, accompagnée par les Nations unies et placée sous surveillance internationale. On l´a vu en Libye. La chute brutale du régime de Kadhafi a mis ce pays et toute la région du Sahel sur la voie de l´instabilité durable. Les impasses irakienne, yéménite, égyptienne et tunisienne sont autant exemples du «printemps arabe».
La raison est simple : le passage à la démocratie dans ces pays s´est effectué sans préparation et dans la précipitation. Si la chute d´une dictature est une aspiration légitime pour les peuples arabes, encore faut-il que ce processus se déroule dans le calme, ce qui n´est pas le cas. Le régime en place à Damas veut se maintenir au pouvoir jusqu´à la fin du mandat du président Assad, en 2014.
Assad a donc confirmé, hier, le sentiment que le chef de la diplomatie russe, Sergui Lavrov, avait exprimé, le 27 décembre, à M.Brahimi : le président syrien ne veut pas quitter le pouvoir avant cette date. Hier encore, la coalition armée, réagissant à son discours, s´entêtait à exiger son départ immédiat. Des deux côtés, les positions sont inflexibles !
Dans ces conditions, la guerre a toutes les chances de se prolonger au-delà même de 2014, avec deux ou trois fois plus de victimes et de dégâts matériels. Les deux parties en conflit renvoient, aujourd´hui, cette affligeante impression de ne pas trop se soucier du sort qui pourrait être celui de dizaines de milliers de leurs compatriotes. La solution que propose le diplomate algérien peut encore éviter l´enfer à la Syrie, mais elle a ses limites dans le temps. Ses conditions aussi, car M.Brahimi continue d´espérer un fléchissement de la position de ceux qui tirent les ficelles du conflit.
L´économie d´une guerre désastreuse
Ce sont notamment les pays de la région qui arment, financent et recrutent les djihadistes pour satisfaire des aspirations idéologiques ou géopolitiques. Il y a dans le conflit syrien trop d´intérêts économiques et géopolitiques en jeu pour un certain nombre de puissances régionales.
Le roi Abdallah de Jordanie n´a pas hésité à signer récemment un pacte avec le Premier ministre israélien pour neutraliser les «armes de destruction massive» supposées aux mains du régime de Damas. Une alliance avec le diable pactisée par un pays arabe contre un autre pays arabe !
L´Algérie, plus que tout autre pays arabe, avait compris que la guerre ne pouvait être gagnée ni par une partie ni par une autre. Le gouvernement algérien, depuis Alger, Le Caire, siège de la Ligue rabe, ou la tribune de l´ONU, avait appelé à faire l´économie de cette guerre désastreuse qui a fait, en plus des 60 000 morts, plus d´un million de déplacés.
Les arguments de la diplomatie algérienne sont de poids : aucun régime ne peut se maintenir au pouvoir par la force, aucune opposition armée ne doit conquérir le pouvoir par la violence et aucune puissance étrangère n´a le droit de choisir à la place du peuple syrien le régime qui doit gouverner en Syrie. La folie du pouvoir a son prix, une lourde facture adressée au peuple syrien.
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