Alger - Revue de Presse

«La solitude est un cercueil de verre»



SiMessali est mort seul, et même avant de l'admettre, ila légué une tradition pour les leaders : le populisme. Une façon de parler aupeuple comme s'il existe et de s'adresser à lui commes'il est le plus important après la terre et le drapeau. Tous les Présidentsalgériens savent ou ont su, dès le début, qu'ils sont désignés, avant del'oublier généralement lors de leur 2ème mandat. Là, au sommet de la collinequ'ils prennent pour une montagne, ils se mettent à croire l'artifice le pluspuissant de l'histoire politique algérienne : le populisme peut déboucher surla popularité et, par la suite, sur la preuve que le peuple existe vraiment. Delà, le saut est vite fait : les Présidents algériens se mettent à croire quec'est le peuple qui les a vraiment élus, qu'il est puissant et peut fairecontrepoids à ceux qui choisissent les Présidents. Généralement, c'est à cemoment exact de myopie que commence le coup d'Etat qui peut être un coup, unecaresse, un mouvement du doigt, un attouchement ou un simple hochement de tête.L'essentiel est que, à une époque ou à une autre, les désignés algérienscroient vraiment que le peuple existe et se mettent à le chercher et à chercherà le rencontrer. Et c'est là que le spectacle devient pathétique, presqueémouvant : un Président désigné, isolé, gigotant dans sa solitude incassable, multipliantles occasions pour provoquer le rendez-vous : sorties sur terrain, rassemblementsde maires, discours à la télé, contact discret avec des gens de la terre, nominationsde complaisance, messages dans la presse...etc. De vraies stratégies d'amoursadolescents, une vraie histoire d'amour entre deux balcons, otages de deuxfenêtres. Un moment lourd de sens mais proche du cinéma hindou et de lapsychologie du sortilège indépassable car, à chaque fois, il s'agit d'unetromperie. Le Président, étant à chaque fois entouré et pris en otage soit parun peuple de fiction, transporté par bus et payé à 200 DA l'unité, soit pousséà croire que le peuple est dangereux, armé et que c'est une mauvaisefréquentation, soit convaincu que le peuple veut lui vider les poches, luiprendre les réserves de changes et élire un autre « malien » à sa place. Achaque tentative, le Président du moment est camisolé dans des effets de foulescolorées, enfermé dans des décors de baroud et de fantasia qui l'empêcheront dechercher le peuple plus loin que les bains de foules. A la fin, que fait lePrésident du moment ? C'est au choix : il peut croire que le peuple existevraiment, continuer de le chercher et finir hors de la Présidence. Il peutdésespérer et mépriser ce peuple justement parce qu'il n'existe pas et peutvous laisser tomber à peine l'oraison funèbre de Boumediene lue. Il peut réunirles autres élus du peuple, les maires et partager avec eux la tristesse d'êtreélu par le peuple mais dépendant d'un chef de Daïra. Il peut aussi déclarer quele peuple n'existe pas et se contenter de se faire réélire par les Occidentauxet quelques locaux très puissants. A la fin, il n'y a qu'une seule véritédifficile à admettre : le populisme n'est pas la preuve que le peuple existe. Commepour certaines femmes, il vaut mieux voyager vers elles que y arriver. Trop depeuple tue le peuple dit un faux proverbe : c'est notre cas : il ne nous resteque le nombre, le ventre et la langue qui fait le tour de la terre.

Unbon Président doit se chercher ailleurs son emploi que chez nous et doitchercher autre chose que de nous rencontrer. Messalil'avait payé très cher à son époque. « Il est des vérités qui peuvent tuer unpeuple » a écrit un français. Nous, c'est l'indépendance qui nous tua.


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