«Un homme n'est
pas malheureux parce qu'il a de l'ambition, mais parce qu'il en est dévoré».
Montesquieu
De nombreux
analystes, des commentateurs de la presse écrite privée ont, à juste raison,
cherché des comparaisons, des dissonances ou bien de franches différentes,
entre l'approche développée par la commission dite Bensalah
et les états généraux de la société civile qui s'ouvriront le 14 juin prochain,
à Club des Pins. Dans le climat qui prévaut depuis le début de l'année qui a
fait exploser les mouvements sociaux, la violence disproportionnée de la
répression policière et le niveau de méfiance, les premières victimes sont de
taille : effritement de la confiance, baisse de la sérénité, recul de la
transparence… En effet, le moment est mal venu pour que des clignotants, comme
celui de l'inflation, se mettent au rouge. Des réformes aux contours encore
imprécis, les images de blouses blanches matraquées, une liste de victimes
anonymes de la terreur terroriste qui s'allonge comme celle des talents qui
réussissent à l'étranger, la ruée d'association maison «sous le coude» vers la
rente, tout le paysage nécessite de grandes réformes. Négocier est mieux que
d'envoyer la police qui creuse la fracture entre elle et la société. Mélanger
les genres, politique, social, caritatif, «historique», civil, militaire,
religieux ajoute de l'opacité, de la suspicion et surtout du nihilisme qui
ravage la jeunesse.
Sans préjuger de
la finalisation des doléances adressées à M. Bensalah,
de leur volume, de leur pertinence et du traitement ultérieur qui leur sera
réservé par le président Bouteflika, beaucoup de
citoyens espèrent. Ces derniers qui ne veulent ni de la violence ni du statu
quo et encore moins d'un habillage, juste bon à faire perdre du temps au pays,
veulent de profondes réformes du système encore comparable, par bien des
aspects, à celui du parti unique qui a fait faillite partout et pour toujours.
Les citoyens qui ne souhaitent pas avoir un engagement partisan, ni l'hégémonie
humiliante de l'administration, hésitent, ne savent pas comment agir pour
influer sur le cours de leur vie, l'avenir des enfants, l'organisation du
quartier ou sur l'amélioration de leurs conditions de travail, de transport,
sur la qualité de l'enseignement dispensé à leur progéniture etc. Devant les
échecs consommés des formations politiques (pouvoir, opposition) à formuler des
programmes pour la culture, les loisirs, l'éducation, les sports, les
transports, l'industrie, et des élus locaux aussi «légers» que le parlement, la
société s'est repliée sur elle-même. L'informel qui est dominant, l'incivisme,
le refus de l'autorité, l'égoïsme, la saleté repoussante de l'espace public, la
désertion du champ politique sont installés comme des constantes indétrônables.
Mais comme le
monde et l'environnement régional se transforment à vue d'Å“il, les dangers et
les retards s'accumulent. Les échecs répétés, la corruption, la bureaucratie,
la disqualification de la politique, l'autoritarisme, ont fracturé la nation et
mettent en évidence les risques qui pèsent sur la sécurité nationale. Cette
dernière, privée d'un front national, républicain, soutenu par des consensus
déterminants, fragilisée par des césures entretenues à bon escient, est à la
merci de n'importe quel vent mauvais, sachant que des franges de la jeunesse ne
rêvent que de voyages utopiques et de rivages meurtriers et que les élites se
morfondent devant le délitement qui atteint des sommets. Le tableau succinct,
ci-dessus, n'est ni une fatalité ni l'horizon que mérite l'Algérie. Les
remèdes, les mécanismes de redressement, à tous les niveaux et les ressources
humaines sont présents dans le pays. Dans tous les bords politiques et en
dehors, les femmes et les hommes de bonne volonté, de talent, de compétence, sont
légions. Avec de véritables réformes systémiques, un volontarisme politique,
l'homme qu'il faut là où il faut, une démocratisation accélérée, le pays peut
rapidement prendre la mesure du siècle, des enjeux, des risques et dessiner un
avenir commun et des vies au quotidien comme ceux à qui nous nous efforçons de
trouver des «constances» et des «spécificités» incompatibles avec le bonheur en
Algérie
Ce qui se passe à
ciel ouvert, dans la rue, dans tout le pays, chaque jour, a mis sur le devant
de la scène une société en ébullition, à la merci d'une étincelle, d'une balle
perdue ou d'une matraque haineuse. Devant une effervescence indiscutable, les
pouvoirs publics ou plutôt le pouvoir affirme avoir choisi le chemin de
réformes sérieuses. Amen ! De son côté, par une auto- saisine qui entre dans
ses missions consultatives, le Conseil national économique et sociale (CNES)
décide de mettre sa logistique, ses moyens, des élites pour offrir un cadre à
une entreprise inédite dans le pays. Les 14, 15, 16 juin de cette année, les
embryons, quels que soient leur âge et leur territoire d'action, de la société
civile du pays se retrouveront à Club des Pins, pour débattre, échanger,
regarder l'avenir et faire librement des critiques et des propositions pour le
vivre ensemble et pour améliorer le quotidien de l'individu, d'un groupe, d'une
collectivité, d'une corporation, d'un syndicat etc. Le concept même de «société
civile», au gré des hommes et des conjonctures, a été servi à satiété, mais la
plupart du temps pour des raisons politiciennes et des motifs immédiats pour
manipuler, rémunérer et éventuellement récompenser par des postes et des
sinécures. Mais les temps changent, la société aussi. La première grande
rencontre annoncée au Palais des Nations a été préparée par un panel de
personnes d'horizons divers, de compétences variées, en dehors des appareils
politiques et des procédures de reconnaissance par les pouvoirs politiques, en
vigueur jusque là. Autrement dit, des femmes et des hommes libres ont été
rassemblés dans un comité ad hoc pour militer et permettre à une société civile
naissante, organisée ou pas, adoubée par l'administration ou pas, de se dire et
éventuellement aller à un ancrage supérieur qui lui donnerait légitimité,
autonomie, protection par la loi et des espaces propres à labourer, pour semer
les ingrédients propres à une société civile moderne et offensive,
pacifiquement.
Cet acteur qu'est
la société civile est incontournable dans un système politique tourné vers la
démocratie et la modernité. Il est partie prenante et
consulté dans des formes admises par la Communauté internationale, par les démembrements
de l'ONU et toutes les instances de notation et d'évaluation qui pèsent dans la
balance. Ceux qui seront présents les 14,15, et 16 juin 2011, à Club des Pins
le savent. Ils savent, pour beaucoup, que la société civile n'est ni
l'exécutif, ni le législatif ni un démembrement de l'Etat. D'un autre côté,
l'intérêt de l'Etat est d'avoir une société civile éclairée, autonome, active,
jalouse de ses prérogatives et qui participe des ancrages participatif et
citoyen. Au moment du bilan et des suites données, la société entière verra si
la méfiance, les doutes et les hésitations d'avant ces états généraux, étaient
justifiés ou pas. Cette même société civile, dans ses versants les plus
crédibles et les plus objectifs est en mesure d'évaluer ces états généraux et
de délivrer ses critiques, ses analyses et d'en suivre les résultats, en termes
de décisions, d'ouvertures et d'avancées par et dans les lois.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdou B
Source : www.lequotidien-oran.com