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La société civile, cette Arlésienne algérienne



La société civile, cette Arlésienne algérienne
La notion de Société civile est une invention relativement récente dans le jargon sociopolitique algérien. On l'a beaucoup utilisée durant les visites du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, dans les wilayas du pays où, à chaque fois, il rencontrait cette société civile qui lui disait ce que les citoyens dénonçaient, attendaient, revendiquaient et saluaient, mais dans un langage politiquement correct. Ce n'est pas à n'importe quelle société civile qu'on donnerait l'occasion d'investir la scène ! Les pouvoirs publics évoquent également le rôle important que devrait jouer cette société civile inopérante quand ils veulent se décharger d'une partie de leur responsabilité, et de leur échec, dans la lutte contre les accidents de la route, l'informel, la corruption, la pollution et la destruction du cadre de vie, l'organisation de la société...En fait, les responsables ont été bien inspirés en «inventant» cet acteur insaisissable et inidentifiable qu'on peut convoquer à souhait, charger, critiquer, accuser... sans risquer de voir quelqu'un venir dire que la société civile n'est en aucun cas responsable ou coupable, et pour cause ! Dans la réalité, cette société civile n'existe pas. Il y a, certes, un monde associatif, des syndicats, des fondations, des associations, des organisations professionnelles, des réseaux de campagne, des bloggers et autres groupes et mouvements sociaux, mais tous ces acteurs n'ont aucun ancrage réel dans la société ni un poids qui leur permettrait de mener des actions impactantes sur le terrain ou de peser pour infléchir des décisions des autorités publiques. On ne peut pas dire qu'on existe et qu'on est actant si on n'est même pas capable de convaincre les consommateurs de s'abstenir d'acheter des produits sur le marché informel qui risque de les empoisonner. Autrement dit, on n'arrive même pas à faire parvenir aux citoyens le message qu'il y va de leur vie.C'est tout de même un drame, surtout qu'on sait de quoi est capable une société civile bien structurée et savamment exploitée. L'ennemi juré des réseaux et lobbys maffieux, qu'ils soient actifs dans la sphère économique ou politique, est ce mouvement social mobilisateur. La société civile peut sensibiliser contre un danger, mobiliser pour une action, éduquer, contribuer à orienter les choix et les décisions, initier de nouveaux comportements, bref travailler en complémentarité avec l'Etat au développement culturel, social, politique, économique de la société.Les organisations de la société civile assurent des services alternatifs là où l'action de l'Etat est inexistante ou insuffisante. Car, étant plus proches de la base avec laquelle elles ont un meilleur accès, elles ont souvent plus d'aptitudes pour des actions adaptées qu'une structure rigidifiée par l'administration. La société civile peut ainsi être une source de réflexion, d'idées, de propositions et de pratiques nouvelles indispensables à l'évolution sociale. Possédant un large vu sur les problèmes, les attentes, les manques et les défis de la société, elle se pose comme un partenaire incontournable de l'Etat.Mais, faudra-t-il encore que les pouvoirs publics acceptent de partager autre chose avec leurs hypothétiques partenaires que leurs échecs, dérives et ratages. On a facilité la création d'associations à la faveur de la loi sur les partis et associations, mais à quoi cela servirait-il d'avoir une armée d'associations si on ne laisse pas ces dernières investir les espaces qu'elles doivent occuper et endosser les missions qu'elles doivent assumer ' Il en va de même avec les partis politiques qui, grâce à cette nouvelle loi, se sont démultipliés, atomisant l'électorat sans rien apporter au débat, ni même au paysage politique. Un tel vide arrange sans doute les pouvoirs publics qui ont les coudées franches pour mener la barque comme ils l'entendent et où ils veulent. Mais un vide finira toujours par être comblé, toute la question est de savoir de quoi seront remplis tous les vides que l'Etat a laissés et laissera. La défection des électeurs lors des législatives et de la présidentielle, le marché informel, la violence dans les relations entre les individus ou les groupes, la corruption, le passe-droit et bien d'autres maux et fléaux sont un début de réponse.H. G.


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