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La semaine de tous les doutes



«J'ai l'impression d'être revenue deux ans en arrière». Nora est une quinquagénaire traumatisée par la Covid-19. Doublement vaccinée, cette dame a failli tirer sa révérence lors de la seconde vague de cette pandémie. Depuis un an, elle a réappris à vivre, tout en s'adaptant au coronavirus.« Mais ce cauchemar est sans fin! Cette semaine, j'ai l'impression d'être revenue à mars 2020, avec les mêmes craintes et surtout incertitudes», souligne celle qui a remis les gants en plastique et les masques FFP2. Elle n'est pas la seule à avoir été prise de panique lors de cette semaine que beaucoup qualifient de l'horreur. Comme Nora, ils sont nombreux à avoir repris les habitudes du début de l'épidémie. On peut facilement les repérer dans les supermarchés ou autres magasins avec leurs caddys remplis de produits de désinfection, gel hydro-alcoolique et savons. «Moi j'ai même recommencé à laver mes courses avant de les mettre au frigo», soutient Selma, une jeune mère de famille. «Chaque semaine, on nous dit une chose et son contraire à propos de ce virus. Je me fie à ma propre expérience qui m'a permis jusque-là d'échapper à la contamination, je garde donc mes bonnes habitudes», assure celle qui dit être prise par des crises d'angoisse depuis quelques jours. «Quand j'ai entendu que les écoles allaient fermer, tous les mauvais souvenirs de ces deux ans sont remontés à la surface. Je me suis dit: «Ça recommence encore...», avoue celle qui s'est autoconfiniée à la maison avec ses enfants. «Je ne sors que pour faire une petite course, rapidement. Mon mari, qui travaille, ne nous approche pas. Il dort et mange tout seul, afin d'éviter qu'il nous contamine», ajoute-t-elle d'un air très angoissé. Une panique qui semble générale, notamment au niveau des grandes villes. Depuis la flambée des contaminations due à la vague de l'Omicron, une ambiance apocalyptique s'y est installée. Des rues qui, habituellement, grouillent de monde, sont quasiment désertes. Des magasins qui ferment très tôt, d'autres qui n'ouvrent pas de la journée, du fait que leurs employés ont été tous contaminés. L'horreur! Surtout à la tombée de la nuit où le froid et le noir ajoutés au silence donnent l'impression d'être dans un film d'épouvante. «On a tous un proche, un collègue ou un ami qui se soit fait contaminer», souligne Omar pour justifier la peur qui le gagne. «J'évite au maximum les sorties inutiles pour me protéger et préserver mes proches», soutient-il.
Comme dans un film d'horreur
Restaurants et autres commerces confirment cette panique générale. «Mis à part les pharmacies et les supermarchés, il y a de moins en moins de monde dans les commerces», souligne Mohamed, gérant d'un restaurant dans la capitale. «Même le jeudi soir,
c'était quasiment vide», assure t-il. « Certains de mes confrères ont carrément décidé de fermer boutique», atteste-t-il. Ces restaurateurs ne sont pas les seuls à avoir fait ce choix radical. Un petit tour dans les rues d'Alger et sa banlieue pour le constater. Après 20h, presque plus aucun magasin n'est ouvert. Une ambiance des plus moroses qui montre la peur qui a gagné les Algériens avec cette recrudescence de l'épidémie.
«Même si l'Omicron n'est pas aussi mortel que le Delta, la flambée des contaminations fait peur aux Algériens. Ils ont raison, car si majoritairement il est bénin, il peut quand même tuer les plus fragiles», souligne Lotfi, docteur en médecine. Il rappelle aussi que le Delta circule toujours et continue de mener des centaines de personnes chaque jour à l'hôpital.
«On n'est pas encore sorti de l'auberge, la peur, la prudence et le respect des gestes barrières demeurent nos meilleurs amis», insiste ce médecin qui résume cette situation par les propos de l'un de ses amis. «Il me dit toujours: «Je resterai prudent jusqu'au bout, de peur qu'avec ma chance, s'il reste un dernier cas du Delta en Algérie, il va me contaminer», rapporte-t-il avec un large sourire. «C'est drôle mais c'est cet état d'esprit qui peut nous sauver», garantit ce spécialiste non sans dénoncer l'insouciance de certains qui continuent à vivre comme si le virus n'avait jamais existé.
Il y a toujours des inconscients
Et bien oui, comme vous avez dû le remarquer, il y a toujours certains énergumènes qui continuent de nier l'existence du virus, deux ans après le début de cette pandémie mondiale. «C'est un complot de l'Etat», pour certains d'entre eux, «des sionistes» pour d'autres. Ils ont le point commun de refuser le vaccin et toute autre recommandation sanitaire. Le masque, il ne le porte que par obligation pour rentrer dans certains commerces qui continuent de l'exiger. Cet «accessoire» est souvent échangé entre eux pour pouvoir accéder à ces fameux lieux publics. Toutefois, il n'y a pas que les adeptes de la théorie du complot qui refusent de se soumettre aux protocoles sanitaires. D'autres, le font par déni à la maladie, ou tout simplement en se croyant plus fort qu'elle. Lotfi en est le parfait exemple. Vendeur dans un magasin, il refusait de mettre son masque ou d'exiger des clients de le mettre, malgré les sommations de son patron. «C'est une question de liberté», disait-il, avant de mettre et de l'enlever dès que son chef avait le dos tourné. «Je regrette ma bêtise. J'ai été idiot, j'ai failli le payer de ma vie. J'ai souffert le martyre», témoigne-t-il. En ce début d'année, Lotfi est contaminé par l'un de ses clients. Croyant, au début, à une simple grippe, l'état de ce quadragénaire s'est vite dégradé. Il a dû être hospitalisé en urgence et mis sous oxygénothérapie. « C'était le fameux Delta. J'ai vu la mort devant moi, je ne souhaite à personne de vivre l'enfer que j'ai vécu», dit celui qui a toujours du mal à respirer ou à se mettre debout. L'histoire de Lotfi n'est qu'un exemple parmi des milliers d'autres. Elle doit donner à réfléchir à ceux qui continuent de mettre leur vie et celle de leurs proches en danger. La pandémie est loin d'être finie. On est en pleine montée de la vague, leur inconscience peut tuer des vies. Il faut aussi avouer que les autorités ne font rien pour inciter les citoyens à retrouver les gestes qui sauvent. Les contrôles dans les commerces et les lieux publics sont quasi inexistants. Seuls ceux qui ont pris conscience du danger, imposent les règles d'hygiène et de distanciation sociale dans leurs boutiques. Sinon, les gérants eux-mêmes ne se soumettent pas à cette obligation. Or, la situation est très délicate. Les écoles ont même dû être fermées pour couper la circulation du virus. Sans l'implication de tous, on ne finira jamais avec ce cauchemar récurrent. À vos masques...
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