Alger - Revue de Presse

La saison du retour des vacanciers bat son plein à l'aéroport d'Es-Sénia : La patience, seule voie d'issue



La nombreuse foule se trouvant dans l'après-midi de ce lundi à l'aérogare d'Es-Sénia semble résignée. Les femmes, de différents âges, affalées sur les bancs, avaient le regard vide.

Quant aux hommes, grillant cigarette sur cigarette, ils semblaient plutôt pensifs. Il faut dire que le tableau d'affichage ne signalait encore aucun départ sur les lignes internationales.

Heureusement que les gosses, nombreux eux aussi, mettaient de l'entrain. Apparemment excités à l'idée de prendre les airs, ils bougeaient dans tous les sens. Ce qui faisait sortir de temps à autre une mère ou une grande soeur de sa torpeur. Leur bronzage très prononcé indique qu'ils ont séjourné longtemps à la plage. De temps à autre, ils arrachaient une bouteille d'eau minérale du chariot où leurs parents ont entassé valises et sacs de différentes tailles.

Du côté des vols domestiques, la situation est tout autre. Des dizaines et des dizaines de personnes se sont agglutinées devant l'unique comptoir pour procéder à leur enregistrement. Un tableau lumineux affiche la destination, Alger. Un jeune homme, portant des lunettes noires, cherche une employée d'Air Algérie pour la remercier « parce qu'elle m'a débrouillé une place pour une de mes connaissances », nous lance-t-il.

Vers 15h30, une partie des voyageurs vers l'étranger commença à se préparer à l'épreuve de l'enregistrement. Un haut-parleur invita les gens se dirigeant vers la capitale tunisienne à se présenter aux guichets. Trois agents de police filtrent les passagers soumis à un second filtrage. Malgré l'annonce par voie de micro, le personnel chargé de l'enregistrement n'était pas encore en place. Quelque temps après, deux jeunes femmes portant des tuniques rouges s'empressèrent pour se mettre derrière le comptoir. Un homme en tenue, vociférant de temps à autre dans son talkie-walkie, prend les choses en main et donne des ordres pour la prise en charge de la foule qui s'est déjà alignée en une longue file. Pour mieux « superviser » l'opération, nous montons dans le couloir surplombant l'espace où elle se déroule. Des parents et amis des voyageurs nous y ont précédé. Certains pères donnaient les dernières instructions à leurs enfants. Au bout d'un moment, nous constatons que parmi les voyageurs à destination de Tunis, plusieurs comptent juste transiter par cette ville pour regagner des capitales européennes. Un parent interrogé nous le confirmera concernant sa fille et sa belle-fille devant rejoindre Milan, en Italie, à partir de Tunis. Changement de décor. Nous nous rendons à l'autre bout de l'aérogare, où un autre vol sur Alger est au programme. Une autre chaîne compacte s'est déjà formée. La cafétéria jouxtant le lieu d'enregistrement des lignes domestiques est submergée de monde. Au point où le caissier n'a même pas le temps de passer un coup d'éponge sur son comptoir crasseux jonché de petits sachets en papier. La chaleur ambiante n'empêche pas les passagers de s'attabler et de déguster des gâteaux et des sodas. Peut-être parce que leur attente dure depuis des heures.

D'autres se contentent de commander des cafés dans des gobelets qu'ils ingurgitent en marchant. Mais, fait marquant, tous s'arrangent pour jeter les gobelets usagés dans les poubelles mises à la disposition du public. Cependant, pas mal de fumeurs transgressent la recommandation de s'abstenir de fumer clairement affichée.

Des employées de l'EGSAO se déploient pour garantir la propreté des lieux. Il faut reconnaître qu'elles réussissent tant bien que mal leur mission malgré le va-et-vient incessant. Un groupe de femmes constantinoises ne passe pas inaperçu en raison de leur «mlaya» noire reconnaissable.

Retour à l'aile de l'international, où les enregistrements pour le vol d'Aigle Azur sur Paris ont débuté. Contrairement aux gosses, les parents manifestent des signes d'énervement trop clairs. En l'espace de quelques minutes, les deux files qui se sont constituées se sont prolongées de plusieurs mètres. Au premier coup d'oeil, on remarque que la majorité des voyageurs sont des femmes. Elles se montrent beaucoup plus entreprenantes que leurs accompagnateurs de sexe masculin. Surtout celles qui voyagent seules avec les enfants. Entre maîtriser les gosses et repérer une connaissance en mesure de faciliter les démarches d'enregistrement, notamment contourner le problème de surcharge des bagages, elles déploient des efforts considérables.

Souscrivant à un autre modèle de voyageurs, un jeune couple mixte avec une fille se présente au comptoir. Présentant les deux passeports, l'un rouge et l'autre vert, et déposant sur la chaîne un cabas et une valise, ce couple passe comme une lettre à la poste. Prenant sa fille par la main, le mari, suivi de sa femme étrangère, se dirigent sans se retourner vers la salle d'embarquement. Contrairement à eux, certains voyageurs produisent « un paquet » de documents devant le préposé à l'enregistrement. Des fois, l'enregistrement d'une seule famille prend une bonne dizaine de minutes, ce qui fait exacerber le stress de ceux qui attendent derrière. Le jeune homme portant badge au cou, qui examine les documents de voyage, reçoit de temps à autre des communications sur son mobile. Probablement pour bien se charger d'une telle ou d'un tel. Mais comme c'est le dernier quart d'heure des vacances passées au bled, on évite de rechigner. Sinon, on aura à s'expliquer sur le poids de son bagage. Un voyageur accompagnant deux femmes déposera, en plus d'une série de valises et de sacs, un gros carton de dattes emmené avec lui pour les besoins du mois de carême. Machinalement, l'homme derrière le comptoir place des autocollants sur les paquets sans y prêter la moindre attention. Il doit être habitué aux voyageurs algériens ou d'origine algérienne en partance pour l'Hexagone.

Débarquant d'une autre planète, un voyageur européen, d'un âge respectable, semble entretenir une autre relation avec le temps. Sur un banc de l'aérogare, il sort son ordinateur portable, chausse ses lunettes et se met au travail. Contrairement à lui, un groupe d'Africains donnent l'impression d'être intimidés par le désordre ambiant. Un Asiatique, bloqué par la question de la langue, suit sans mot dire son accompagnateur algérien qui se charge de l'accomplissement des formalités à sa place. Repérant une fille sur un fauteuil roulant, un responsable accourt vers elle. Il la conduit jusqu'à un comptoir, demande ses documents à un parent à elle, lui règle ses papiers en un temps record et l'accompagne jusqu'à l'accès de la salle d'embarquement. Les quelques vieilles s'impatientant dans la chaîne ont dû apprécier ce noble geste.

Dans la foule, on relève toutes sortes d'accoutrements : des hidjabs, des bustiers donnant à voir le haut du dos et une partie de la poitrine, des kamis, des tee-shirts... De haut, l'espace de l'enregistrement ressemble à un rayon géant d'un supermarché. Pratiquement, chaque voyageur pousse devant lui un chariot encombré de bagages. Dans les toilettes, tenues propres vaille que vaille par une femme endossant un tablier bleu, des hommes font leurs ablutions pour la prière.

Ce sont les chauffeurs de taxi qui assurent la desserte entre l'aéroport et les villes avoisinantes. Sous un arbre, pas loin de l'aire de stationnement de leurs véhicules, ils se sont alignés derrière un des leurs pour accomplir leur devoir religieux. Ils ne sont pas du tout pressés parce qu'ils connaissent les horaires du prochain avion en provenance de Tunis. Déjà, les familles commencent à s'agglutiner devant la barrière dressée devant la grande porte de sortie des arrivées des vols internationaux. Une autre inquiétude en perspective... Les policiers postés à la porte de l'aérogare ne chôment pas. Seuls ou en groupe, les partants franchissent ce premier seuil de contrôle et se laissent « tapoter » le long du corps par un agent de police portant des gants blancs. Sur une grande affiche publicitaire de la boîte Ernest and Young, on peut lire « What's next ». Une autre journée avec son flots d'attentes, d'interventions, de stress... et de joie du retour.


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