Epargné jusque-là, le chef d'état-major de l'armée a cristallisé, hier, l'essentiel de la colère des manifestants qui ont partout réclamé son départ, signifiant qu'ils ne sont dupes de rien.La réponse est cinglante : malgré les menaces, l'évocation de l'existence de complots internes et externes et une série de décisions destinées beaucoup plus, aux yeux des observateurs, à divertir et à torpiller la dynamique populaire, les Algériens ont répondu massivement au rendez-vous des vendredis. Ils étaient plusieurs millions à marcher, hier, dans plusieurs wilayas du pays pour réclamer de nouveau le départ de tout le système et de toutes les figures qui l'incarnent. Alors que certains, particulièrement chez les sherpas du régime, ont parié sur un reflux de la mobilisation après les actions spectaculaires de l'appareil judiciaire, certains limogeages, comme celui du patron de la puissante compagnie Sonatrach ou encore celui du directeur général de l'établissement public, Sahel, Club-des-Pins, Hamid Melzi, et autres man?uvres de manipulation, les Algériens étaient au rendez-vous dans plusieurs wilayas du pays. Et malgré les nombreux barrages filtrants de la gendarmerie déployés en force dans tous les accès, notamment sur l'autoroute Est-Ouest, au mépris de la Constitution, et dont l'objectif avéré est de réduire la participation, Alger a, elle aussi, de nouveau vibré aux cris de "Tetnahaw gaâ" (vous partirez tous).
Principal message, cependant, de ce dixième vendredi de mobilisation : la charge adressée au chef d'état-major de l'armée, Ahmed Gaïd Salah. Epargné jusque-là, Ahmed Gaïd Salah a cristallisé, à lui seul, l'essentiel de la colère des manifestants qui ont partout réclamé son départ. L'appel n'est pas fortuit : en filigrane, les Algériens entendent lui faire parvenir, une bonne fois pour toutes, qu'ils ne sont dupes de rien et que la présumée lutte contre la corruption n'est qu'une entreprise en trompe-l'?il. D'abord, parce que les vrais responsables qui ont couvert, voire parrainé, cette corruption ne sont pas encore touchés, mais ensuite parce que la justice, appelée à instruire les dossiers, est elle-même gangrénée et reste à construire, dans le cadre d'un Etat de droit réclamé par tous.
Ce n'est pas un hasard si les manifestants ont réitéré leurs revendications du départ de Bensalah et de Bedoui, mais également réclamé la tête de Saïd, le frère de l'ex-président, comme lu sur de nombreuses pancartes et scandé par les manifestants. Puis il y a certainement ces nombreuses maladresses du chef d'état-major de l'armée qui évoque des complots, pointant du doigt l'ex-patron du renseignement, mais sans agir à son encontre, ou encore ces multiples discours lénifiants à l'égard du peuple, mais qui se traduisent sur le terrain par des décisions trahissant le souci de sauver un système
moribond. Aux yeux de beaucoup, comme le montrent les nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, Ahmed Gaïd Salah a choisi son "camp". Maintenant qu'il a épuisé toutes ses cartouches, Ahmed Gaïd Salah, dont l'image, aux yeux des Algériens, a pris un sérieux coup, va-t-il se résoudre à accompagner les revendications populaires et concéder à accompagner une éventuelle transition ' S'il faut sans doute se garder de toute conclusion hâtive, il reste que sa marge de man?uvre devient désormais de plus en plus étroite.
Karim Kebir
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim Kebir
Source : www.liberte-algerie.com