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La romancière Hoda Barakat à c'ur ouvert



Le public a eu plaisir à rencontrer et à écouter de près la talentueuse écrivaine libanaise Hoda Barakat, lauréate du "Booker arabe" 2019 pour son dernier roman Courrier de nuit (Barid al-layl) publié chez Dar El-Adab au Liban.Dans le cadre du 24e Salon international du livre d'Alger (Sila), qui s'est tenu du 31 octobre au 9 novembre, le public a eu plaisir à rencontrer et à écouter de près la talentueuse écrivaine libanaise Hoda Barakat, lauréate du "Booker arabe" 2019 pour son dernier roman Courrier de nuit (Barid al-layl) publié chez Dar El-Adab au Liban, puis traduit et édité en France chez Actes Sud. Lors de cette rencontre tenue à l'Espace France, le modérateur Mohamed Sari (écrivain et traducteur), a pu ainsi apprécier cette femme de cran et de plume qui a, très tôt, voulu mettre le doigt par l'encre sur cette société arabe malade de sa complexité, de sa misogynie, de ses travers sociaux qui la dominent jusqu'à l'empêcher de progresser.
Hoda Barakat s'est mise, dès ses premiers écrits, du côté des opprimés, des laissés-pour-compte, de ces minorités qui souffrent en silence de leur mise à l'écart. Née au Liban en 1952, l'écrivaine de talent a subi avec sa famille les affres de la guerre qui l'ont fait fuir, elle et les siens de ville en village jusqu'à finir par quitter son pays natal. Là où elle se trouvait, elle écrivait, dira-t-elle. Mais obligée de fuir, elle abandonnait ses pages pour en écrire d'autres ailleurs. Et souvent, elle découvrait que ce qu'elle avait écrit était bien en deçà de ce qu'était la réalité.
Et elle en écrivait d'autres, des pages, et encore des pages, jusqu'à se faire publier en romans et les donner à lire à des lecteurs qui parfois, ne la comprenaient pas, ou la comprenaient mal car elle était bien singulière avec son écriture aussi singulière que marginale, tout comme ses personnages auxquels elle donnait corps physique et vie humaine, bien que la vie les rejetait car ils étaient "différents", de cette différence qui dérange jusqu'à se voir rejetés par leur société.
Une nouvelle écriture allait éclore avec elle et beaucoup d'autres de sa génération. Hoda Barakat avait certes quitté son pays natal, le Liban, mais son pays, c'est partout et nulle part à la fois, a-t-elle déclaré. Son pays, c'est avant tout sa langue maternelle. Cette belle langue arabe qu'elle choisit d'utiliser pour dialoguer avec son lectorat ici, comme elle a choisi de l'utiliser pour l'écriture de ses romans.
Non pas parce qu'elle ne peut pas écrire en français alors qu'elle vit et travaille en France, mais par choix. Un choix "volontaire et assumé" pour dire toute la beauté de cette langue qu'aucune autre ne peut égaler et qui lui permet de dire fidèlement son ressenti face à ce monde immonde qui nous entoure par sa laideur.
Sur son prix "Booker arabe 2019", Hoda Barakat ne semble pas de ceux qui y croient trop car selon elle, souvent de belles plumes sont restées dans l'ombre alors que d'autres moins belles sont mises sous les projecteurs. "Recevoir le prix n'est pas important en soi", dira-t-elle "mais ce qui le rend important, c'est cette visibilité qu'il vous donne pour être plus connue ailleurs et donc permettre à vos écrits d'être lus par un plus grand nombre de lecteurs et un peu partout dans le monde grâce à la traduction."
Pour rappel, aussi bien dans Les Illuminés (1999), La pierre du rire (1996), Le laboureur des eaux (2001), (prix Naguib Mahfouz), Mon maître, mon amour (2007), ou encore Courrier de nuit, récemment primé, les personnages des romans de Hoda Barakat vivent un mal-être dans leurs entourages respectifs où ils sont souvent confrontés à l'incompréhension des uns, l'injustice des autres et la déshumanité de tous dans un monde devenu plus virtuel que réel, plus technologique que physique, plus matériel qu'émotionnel.
Une terre devenue certes "un petit village grâce à internet, mais où la communication réelle, la compréhension mutuelle et les relations humaines ont disparu", dira l'intervenante. Mais ce passage de Hoda Barakat en Algérie en ce Sila 2019 a quelque peu ravivé le côté humain de la littérature.

Samira Bendris-Oulebsir
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