Empêcher des citoyens de revendiquer publiquement l'instauration d'un Etat civil, est-ce réalisable ' Le jour même de la diffusion du discours du chef d'état-major, il paraissait compliqué, au regard des observateurs, de bâillonner des centaines de milliers de manifestants, à part mettre derrière chacun d'eux un policier chargé de lui fermer la bouche ou de l'embarquer dans un fourgon cellulaire à chaque fois qu'il scande "Dawla madania, machi âaskaria". La difficulté de la tâche s'est confirmée lors de la grande démonstration de rue de vendredi et de la marche des avocats la veille. Sans aucune équivoque, les manifestants ont scandé, en ch?ur, inlassablement, pendant des heures, sur l'ensemble du territoire national, le slogan afférent à la primauté du civil sur le militaire. Au lieu de plier l'échine sous les menaces itératives du vice-ministre de la Défense nationale et les intimidations à peine voilées du chef de l'Etat et du Premier ministre, les Algériens leur ont exprimé, encore une fois, une hostilité inouïe, à telle enseigne que les textes de deux nouveaux chants contestataires les ont particulièrement houspillés. Ils leur ont signifié aussi qu'ils sont solidaires dans la quête d'une république réellement démocratique, en entravant bravement des actions répressives de la police. À proximité de la place Audin, le président du RCD et des citoyens ont empêché l'arrestation d'un militant du parti. À quelques encablures du parvis de la Grande-Poste, des marcheurs sauvent également un citoyen d'une interpellation. Vers 14h30, devant le Tunnel des facultés, des policiers, qui voulaient arracher des mains d'un enfant juché sur les épaules de son père un ballon jaune marqué du symbole identitaire berbère, battent en retraite sur intervention de manifestants.Le hirak gagne du terrain, irrémédiablement. La mobilisation ne s'essouffle point. Des centaines de milliers de citoyens sont devenus des irréductibles des rendez-vous du vendredi. Rien ne les dissuade d'y participer. Ni les conditions météorologiques avec cette chaleur infernale de ces derniers jours, ni les obligations individuelles, ni les tentations répressives ou les tentatives de division et de diversion. La bannière amazighe, traquée dans la capitale, jusqu'à valoir la détention provisoire pour des dizaines de manifestants, côtoie librement l'emblème national, dans tout le pays. Pourtant, chaque semaine, l'étendard identitaire est brandi comme un défi lancé aux autorités qui l'ont interdit. Les marches d'Alger sont un enjeu capital. Le régime multiplie les opérations pour pouvoir les étouffer. Fermeture des entrées d'Alger, ainsi que des rues, places et tunnels du c?ur de la ville ; interpellations à la pelle ; infiltrations des islamistes ; usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau ; mise en scène d'escarmouches face à des caméras préinstallées ; pose d'huile de moteur sur les bords des bouches de métro et des lampadaires? Peine perdue. Alger résonne encore sous les slogans de la révolution. En parallèle, les mardis sont marqués par les marches des étudiants et désormais les mercredis par un rassemblement de soutien aux détenus politiques et d'opinion devant la cour d'Alger. Le peuple est unanime pour réclamer un changement radical du système de gouvernance et le départ inclusif de ceux qui l'ont incarné jusqu'alors. Le régime ne parvient pas à concrétiser ses options. Il a déjà raté deux élections présidentielles et autant d'initiatives de dialogue. Il s'échine à survivre à la révolte populaire, en puisant dans ses ultimes ressources.
Souhila Hammadi
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hammadi Souhila
Source : www.liberte-algerie.com