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La révolution de mon père 61e partie



La révolution de mon père 61e partie
Résumé : Nous sommes enfin libres... Si Ahmed et moi tentions de retrouver la trace de nos compagnon. Nous réussirons à retrouver Amar et Fatiha. Cette dernière avait contracté une bronchite en prison et ma mère l'avait prise en charge. On était au début du mois de juillet 1962. Amar était collé à son poste radio, mais c'étaient les youyous des femmes qui m'apprirent que l'Algérie était enfin libre !Fatiha s'était relevée de sa couche et s'était jetée dans les bras de ma mère en éclatant en sanglots. J'ai couru alors me joindre à elles, et moi aussi j'ai versé des larmes... Nous avons enfin notre indépendance... L'Algérie était libre... Libre nous étions... Nous avons gagné... Mais nous avons aussi perdu les meilleurs des hommes... Tahya El-Djazaïr... Allah yarham echouhada... Tahya El-Djazaïr...Je repense aux blessés que j'avais soignés et qui avaient rendu l'âme dans mes bras... Aux morts laissés sur les champs de bataille, aux tombes communes creusées çà et là pour enterrer hâtivement nos martyrs...Fatiha renifle et lance un youyou suivi de celui de ma mère... Nous pleurions tous comme une madeleine, mais nous étions heureux... Je m'empare alors d'un grand drapeau que ma mère cachait sous son oreiller et sort en trombe, suivi des deux femmes... Fatiha était encore faible, mais elle ne voulait à aucun prix rater cette journée bénie... Elle voulait vivre l'indépendance... La sentir dans sa chair et dans son âme... Nous en avions payé le prix, et nous méritions de goûter à la joie.Des jours et des semaines durant, le peuple chanta sa victoire...Nous étions sevrés de cette liberté chèrement acquise. Le pays du sud au nord, de l'est à l'ouest reprenait le refrain de la dignité recouvrée.Papa Si Ahmed et quelques frères vinrent nous rendre visite.Fatiha, Amar et moi étions installés au rez-de-chaussée de la grande maison de mes parents.Ma mère prépara un festin digne des rois, auquel on fera honneur. Elle était si fière de moi et si heureuse de me revoir enfin vivant. Elle manifestera d'ailleurs sa joie, en embrassant chaleureusement papa Si Ahmed qui avait veillé sur moi tel son propre fils, ainsi que les autres frères de combat, qui retrouvaient enfin un port serein.Certains de ces combattants habitaient l'intérieur du pays. Ils n'avaient pas encore pu rejoindre leurs familles et ne pensaient le faire que dans les prochains jours, c'est-à-dire dès que les routes seront moins encombrées.Papa Si Ahmed était impatient de revoir sa femme et ses deux enfants qui avaient trouvé refuge en France auprès d'une parente. Je n'avais jusque-là jamais su que la femme de Si Ahmed était française ! Oui... ! Elle savait même que son mari était au maquis, et l'avait encouragé à poursuivre le combat. Elle s'occupait des enfants et remettait même de temps à autre un peu d'argent aux collecteurs de fonds qui lui rendaient visite.J'étais sidéré :- Tu ne m'avais jamais parlé de ta femme, sauf pour me demander de lui remettre tes affaires au cas où tu trépasserais.Il sourit :- Pourquoi t'encombrer d'une telle information... Cela te paraîtra bizarre qu'un médecin comme moi soit au maquis, alors qu'il pouvait rejoindre sa femme en France et changer de bord.- Mais non papa... Je suis plutôt de plus en plus admiratif devant tes exploits... Tu as épousé une femme qui approuvait tes actions, alors qu'elle vivait sur un territoire ennemi.Il hausse les épaules :- Le c?ur a ses raisons... Monique m'a aimé au point de sacrifier sa famille et de me suivre... Vois-tu Boualem, en amour tout est possible.à ces paroles, je repense pour la énième fois à Baya, et mes yeux s'embuèrent... Elle avait tant rêvé de voir arriver ce grand jour qui nous aurait unis à tout jamais... Je l'aurais sûrement ramenée à la maison, et aurait donné une grande fête... Ma mère aurait roulé le couscous et organisé notre mariage.Papa Si Ahmed me pousse du coude :- Oublie le passé... Tu es encore bien jeune pour sombrer dans la mélancolie, alors que l'Algérie vient de renaître et aspire à un avenir plus gai.- Je ne sais pas si un jour je pourrais oublier ces blessures de l'âme ancrées en moi.- Le temps est le plus grand guérisseur mon fils... Heu... Amar qu'attends-tu donc pour nous annoncer la grande nouvelle.Nous regardions tous Amar, puis Fatiha qui se tenait à côté de lui et qui avait baissé pudiquement les yeux.- Heu... Si Ahmed tu me prends au dépourvu...- Pourquoi donc... ' Nous sommes libres et indépendants, et nous venons de faire honneur à ce déjeuner royal. Je pense que c'est le moment propice de nous inviter à ton mariage.- Amar se marie... '- Oui... Mais je veux qu'il l'annonce lui-même.- Avec qui donc... '- Petit idiot, me lance ma mère d'un air peiné, tu ne vois donc rien... '- Voir quoi... 'Tout à coup, je me rendis compte que j'étais le dernier à comprendre que Amar et Fatiha étaient inséparables... Ils ont toujours eu un petit mot gentil entre eux, et depuis que Amar avait perdu sa jambe, Fatiha le suivait partout, telle une ombre bienfaisante.- Oh... Je... Excusez-moi... Je suis confus... Amar tu es un homme gâté... Je ne doute pas que tu seras l'homme le plus heureux au monde... Et toi Fatiha... Ma s?ur, ma confidente, mon amie... Je n'oublierai jamais les moments passés auprès de toi dans ces maquis inhospitaliers où nous avons vécu de longues années.(À suivre) Y. H.NomAdresse email


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