
Résumé : Dans notre nouvelle prison, nous nous entassions à plus de dix personnes dans une superficie de 5 mètres carrés. Si Ahmed était toujours avec moi, et veillait au grain. Il nous transmettait son optimisme, et nous réalision enfin que les accords d'Evian, dont les journaux parlaient, allaient apporter du nouveau après sept années de révolution. Nous rêvions tous de voir l'indépendance avant de passer à trépas.Farid, un détenu que j'appréciais beaucoup pour son humour et ses anecdotes, s'était approché de moi. Je relève un peu la tête pour le regarder dans les yeux :-D'après vous, nous sommes au seuil d'une nouvelle ère... Que Dieu nous garde en vie jusqu'à cette indépendance tant promise.Il pousse un soupir :-C'est notre v?u à tous. mais je me demande comment on pourra rêver de la liberté derrière ces barreaux, alors que des condamnés à mort tout comme nous, attendent leur dernièreheure.-C'est toi Farid qui parle comme ça ' Je te croyais plus optimiste.-Je le suis, mais vois-tu, moi j'ai une femme et des enfants. Lorsque je suis monté au maquis, j'avais un seul enfant, Malek, qui doit avoir aujourd'hui une dizaine d'années, et ma femme était enceinte de quelques mois. Mon second enfant a l'âge de la Révolution... Mais je ne l'ai jamais vu.Raison de plus d'espérer sortir d'ici au plus vite, et retrouver ta famille très bientôt.Il hoche la tête :-Je l'espère de tout c?ur, si près du but...-Tu comprends donc mes préoccupations...C'est à ce but si près que j'étais en train de penser .Je souris :-Un jour, je viendrais te rendre visite à la maison, et tu me présenteras ta femme et tes enfants.- Si Dieu le veut...Ce sera avec un plaisir.Papa Si Ahmed se reposait. Il avait discuté longuement avec nous sur les prérogatives de ces accords dont on parlait, et qui devaient se tenir à Evian-les-Bains.Pour lui, cela ne faisait aucun doute : l'indépendance était à nos portes.Trois jours plus tard, c'est à dire le 18 mars 1962, nous apprenons qu'un cessez-le-feu venait d'être promulgué. Les accords d'Evian lèvent enfin le voile sur les affres de la guerre, et les réunions tenues entre les représentants français et le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) ont abouti à l'arrêt des combats sur tout le territoire algérien et à la libération de tous les prisonniers.À peine avons-nous reçu cette nouvelle que ce fut le déluge dans toutes les geoles. Les détenus se déchaînèrent.Nous n'étions plus des condamnés à mort, mais enfin des hommes libres. Ce cessez-le-feu venait à point nommé pour nous libérer d'une pression qui nous étouffait tous les jours un peu plus. Nous étions maintenant certains que notre pays sera libre et indépendant dans les prochains jours...C'était imminent.À peine les portes ouvertes, nous sortons tous dans la cour, où nous donnons libre cours à notre joie.Nous dansons, chantons, nous nous embrassons, et clamons "tahya El-Djazaïr", avant d'entamer des chants patriotiques, tels que "Min djibalina".Les militaires français nous regardaient sans mot dire. Pour eux aussi, nous le comprenons, c'était la fin d'un calvaire qui n'avait que trop duré, bien que la défaite soit toujours amère et dure à avaler.Je revins dans ma geôle pour retrouver Si Ahmed, qui n'avait pas bougé de sa couche :-Tu es encore là papa ' C'est le cessez-le-feu, c'est la fin de la guerre.Il me sourit :-Oui... Je sais... J'ai eu des échos sur les accords d'Evian... Bien avant notre transfert, je savais déjà que quelque chose de positif se préparait.-Ah ! Je comprends mieux maintenant ton optimisme.Il hoche la tête :-Je n'ai jamais perdu l'espoir de voir un jour le drapeau algérien flotter haut dans le ciel de l'indépendance. Ce n'était plus qu'une question de temps, car la machine s'était mise en branle dès le debut de la révolution. Il fallait des sacrifices pour y arriver... Mais nous y sommes.Il pousse un soupir :-Allah yerham echouhada... Nous leur devons une fière chandelle.-Et maintenant, que va-t-il se passer '-Je crois que la guerre est bel et bien terminée...Nous serons libérés peut-être dans les prochains jours. Et puis, même si nous restons en prison, nous ne sommes plus ces condamnés qui attendent leur dernière heure. N'est-ce pas formidable ' La vie est tellement belle mon fils, et toi tu es encore bien jeune pour mourir.Je pousse un soupir et repense à Baya, et à Ali, qui étaient eux aussi très jeunes.-Il y a eu des chouhada plus jeunes que moi papa.-Tu penses à Baya, bien sûr.-Pas seulement. Il y a aussi Ali, et le bébé qui a été étouffé par sa propre mère pour que nous restions en vie, il y a Kheïra, et...Je m'arrête un moment...Une pensée me traverse l'esprit. Je demande alors :-Dis-moi... tu as des nouvelles de Amar et Fatiha 'Papa hoche la tête :-Tout comme nous, il ont été arrêtés mais je ne sais pas quel a été leur destin... C'est un frère qui m'avait mis au courant de leur arrestation. Espérons qu'ils soient toujours en vie.-J'aimerais tant revoir Fatiha...-Moi aussi figure-toi.Mais pas seulement Fatiha. J'aimerais revoir tous nos compagnons...Ceux qui sont encore vivants je veux dire.-Et ces accords d'Evian... Tu crois qu'on peut y compter '-Tout à fait, mon fils, les négociations n'ont sûrement pas été faciles. Mais si nous avons gagné sur tous les fronts, le plus gros reste à faire maintenant.-Ce qui veut dire... '-Qu'il y aura encore des pourparlers... Nous sommes certains d'avoir enfin atteint notre objectif, mais tant que la date de l'indépendance n'est pas avancée, les négociations vontcontinuer.(À suivre)Y. H.NomAdresse email
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yasmine HANANE
Source : www.liberte-algerie.com