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La révolution de mon père 47e partie



La révolution de mon père 47e partie
Résumé : Lorsque je repris mes sens, il faisait déjà nuit. Si Ahmed qui se tenait près de moi m'apprit qu'on avait enterré Baya dans une fosse commune. Mon chagrin refit surface. Pour me distraire, Si Ahmed me dira que ma mère l'avait envoyé un colis. Elle s'était ruinée pour m'envoyer ce qu'elle avait de meilleur.Si Ahmed sourit :
-Je sens que nous allons passer une agréable soirée...
-Je me demande comment elle fait pour nous faire parvenir à chaque fois des colis.
-Ta mère est une brave femme... Une autre à sa place aurait déjà perdu la tête.
-Oui... Ma mère a déjà perdu sept garçons, avant de se retrouver veuve avec quatre enfants à sa charge.
Je repense à cette femme qui me paraissait la meilleure au monde : ma mère avec son foulard à franges et ses longues robes bien taillées, qui passaient de longues nuits à coudre et à broder pour nous nourrir et payer notre scolarité.
Et maintenant, son combat continuait avec moi... Plusieurs fois déjà, elle avait fourni aux moudjahidine des vivres et des vêtements.
Elle était si modeste, et si noble dans sa modestie.
Avec l'argent qu'envoyaient mes frères de l'étranger, elle avait contribué à des quêtes et à des opérations de ravitaillement pour fournir aux combattants un minimum de confort.
Même si souvent elle ne savait pas où j'étais dans ces maquis dont on lui parlait, elle tentait de me faire passer des messages assez éloquents sur son approbation à me voir participer à cette guerre de libération, qui devenait de jour en jour un exploit et une fierté pour tout le peuple algérien.
Ma mère a dû pleurer des nuits durant pour évacuer son chagrin et ses appréhensions.
Mais elle savait aussi que la noble cause méritait des sacrifices, et que s'il m'arrivait quoi que ce soit, je ne serais qu'un martyr parmi tant d'autres. Je me demandais d'ailleurs si, au milieu de ses larmes, elle aurait le courage de pousser un youyou, comme le faisaient les autres veuves et les autres mères de chouhada.
-à quoi penses-tu... '
Si Ahmed me tire de mes méditations.
-À ma mère bien sûr.
-Bien, alors faisons honneur à ces mets qu'elle nous envoie au bon moment, car nous avons perdu pas mal de victuailles dans ce bombardement.
Je tendis le carton à papa :
-Tiens, donne tout ça à Kheïra et Fatiha...
Elles sauront en faire bon usage.
-Garde quelque chose pour toi...
-Non... Je préfère tout partager...
Les vieux pantalons pourront servir aussi de bandage.
-Et même de short pour les moins
nantis.
Je souris :
-Fais-en ce que tu veux...
Un jour tu remercieras ma mère...
-Nous irons tous la remercier Boualem... Si Dieu le veut, l'indépendance n'est plus très loin.
Deux jours plus tard, je me sentis assez fort pour sortir et prendre un peu d'air. Des blessés graves avaient été évacués par Si Ahmed dans un village et reçurent les soins requis de plusieurs médecins.
Maintenant, Si Ahmed n'était plus seul. Des étudiants en médecine et des internes avaient rejoint la cause, en compagnie de quelques médecins et chirurgiens attitrés.
Nous nous partagions les tâches selon la nécessité. Je me sentais d'ailleurs de plus en plus concerné par les blessés de Si Ahmed, si bien qu'on me prenait réellement pour son fils.
J'étais aussi très doué dans le traitement des blessures musculaires et des plaies. Je savais suturer comme pas un les plaies et les brûlures et remettre en place les os fracturés avant de poser un plâtre. J'avais aussi appris à compter sur les palliatifs, c'est-à-dire la médecine traditionnelle. La nature nous fournissait de quoi traiter tous les maux.
La forêt nous dévoilait ses secrets.
Je savais par exemple quelle plante on devait utiliser pour arrêter une hémorragie, ou celle qui vient à bout d'une dysenterie, ou encore celle qu'on pourrait utiliser comme antiseptique ou sédatif...
Je ne pouvais me résoudre à l'idée de laisser mourir quelqu'un par manque de médicaments.
Je me devais de trouver toujours un moyen de traiter mes blessés et de les aider à reprendre pied.
Le plus dur sera cependant l'état psychologique de mes patients.
Certains développaient de véritables phobies contre tout ce qui bougeait.
D'autres vivaient dans l'angoisse permanente d'être attaqués, tués ou torturés, d'autres encore dévoilaient des claustrophobies et se mettaient à trembler dès la tombée de la nuit. Heureux encore ceux qui ne sombraient pas dans la folie et ses ténèbres.
(À suivre) Y. H.
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