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«La responsabilité individuelle civique peut infléchir les industriels vers des procédés plus sains»



«La responsabilité individuelle civique peut infléchir les industriels vers des procédés plus sains»
Karim Tedjani est un blogueur et militant indépendant, qui active depuis 2009, tant sur le web que sur le terrain de l'écologie en Algérie. Il est notamment le créateur, ainsi que l'animateur, du portail web Nouara Algérie, une revue écologique algérienne où il publie également des centaines d'articles éditoriaux traitant d'une multitude de sujets corollaires à l'écologie en Algérie.- Le département de l'environnement, selon le ministre, examine actuellement la possibilité de remplacer les sacs en plastique par des sacs en papier. Est-il possible de faire un aussi grand bond en l'absence d'une stratégie environnementale 'Peut-on vraiment dire que l'Algérie n'a pas de stratégie environnementale ' Depuis l'année 2000, elle produit régulièrement des «Plans nationaux d'actions pour l'environnement et le développement durable». En matière de gestion des déchets et de lutte contre la pollution, il existe un programme national (Progdem), ainsi qu'une Agence nationale des déchets (AND) pour l'appliquer, mais aussi un système de taxation censé financer cette politique.Il ne s'agit donc pas ici de déplorer une absence de planification ni de législation environnementale, encore moins un déficit d'outils institutionnels. Accusons surtout les limites d'un système de gouvernance national qui peine en général à faire appliquer sa théorie par des mesures concrètes, ainsi que des décrets d'application. Posons-nous la question de savoir si cette mesure sera vraiment radicale.A même de traiter à la racine le problème et non seulement une de ses ramifications. D'autant que la composition de certains sacs en papier est adjuvée de produits chimiques, notamment pour les rendre plus solides, durables ou bien afin de les ancrer. Toute cette pétrochimie ira potentiellement, elle aussi, se distiller dans notre environnement, d'une manière ou d'une autre. On pourrait d'ailleurs parler de la même manière des sacs «bio ressourcés», ou «oxo», également envisagés par le gouvernement, qui ne feront que se détériorer plus vite et de manière plus microscopique.On ne les verra certes plus salir autant nos paysages et environs, mais ils contamineront notre biodiversité à une échelle encore plus large. De plus, si l'on considère notre frêle situation forestière, on peut se demander comment nous allons pouvoir répondre à ce «grand remplacement» par une production locale suffisante de papier. Faudra-t-il en importer davantage ou recourir à nos forêts et autres matériaux végétaux locaux, à l'exemple de l'alfa 'Cela aura autant de conséquences néfastes, dont sanitaires, économiques et écologiques. L'opération de recyclage du papier a un coût énergétique et chimique important. Elle ne sera pas anecdotique, surtout si elle est appliquée à l'échelle d'un marché de 40 millions d'individus. A une telle dimension, le transport des sacs en papier, beaucoup moins compactables que ceux en plastique, provoquera une nette augmentation du transport routier, avec son lot de pollution et de surconsommation énergétique.- La production et le commerce illégal des sacs en plastique foisonnent. Des mesures coercitives seront appliquées prochainement. La situation est-elle surmontable ou rien ne changera en l'absence de vision écologique 'Sans une croyance sincère de l'ensemble de la société aux vertus vitales de la responsabilité environnementale, et donc écologique, nous ne viendrons pas à bout de ce problème. Une fois de plus, le véritable pouvoir est dans la bourse, mais aussi le cerveau, ainsi que le coeur du consommateur. Sans cette éthique morale et donc une vigilance individuelle, il ne sera possible que de panser les plaies, en aucun cas de soigner ou guérir la maladie.- L'Algérie utilise 7,7 milliards de sacs en plastique annuellement. Pour l'heure, il n'existe aucun centre de recyclage opérationnel. L'unité de Hamici (Alger), une fois achevée, recyclera uniquement 432 millions de sacs utilisés. C'est très peu, qu'adviendra-t-il de l'immense quantité restante, sera-t-elle jetée dans la nature 'Vu l'ampleur du marché informel, ainsi que la qualité des statistiques en Algérie, je suis sûr que nous sommes bien en deçà du véritable chiffre ! Mais l'incontestable préoccupation doit être de limiter drastiquement cette production. Il existe des solutions, et elles ne sont pas forcément toutes technologiques ou techniques. Il faudrait avoir une vision plus large des choses, et pas seulement à l'échelle politicienne. Varier les mesures de lutte, comme d'adaptation à de nouveaux comportements de consommation.Ne pas mettre tous ses 'ufs dans le même panier, car aucune mesure pratiquée de manière exclusive ne pourra nous mener vers une résolution holistique du problème. Surtout, nous devons aller vers une politique de lutte contre la source même de cette pathologie.Le phénomène de la pollution des sacs en plastique est une maladie écocidaire autant environnementale que sociétale. Son origine la plus profonde, c'est la consommation de produits à usage et emballage uniques qui est devenue une norme chez nous, comme un peu partout dans le monde.Peu importe le contenant, tant que nous continuerons à consommer ainsi, il n'y aura aucun véritable antidote à cette pollution. Et c'est au citoyen d'influer sur cette réalité en s'éduquant lui-même à des comportements de consommation écologique. Il y a cette dimension de responsabilité individuelle civique à ne surtout pas occulter dans cette lutte. Car c'est elle qui fera surtout infléchir les industriels vers des procédés plus sains, bien plus efficaces que le discours politique.
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