Alger - Revue de Presse

La représentation a été donnée à Sidi Bel-Abbès en 1948 sous le joug colonial



«L’arabe comme il se parle», une théâtrale pour rappeler l’identité «Vous n’êtes pas sans avoir remarqué le grand nombre des yaouleds qui circulent à travers la ville, vivant livrés à toutes les tentatives malsaines, désœuvrés, déguenillés, misérables et bruyants. Nul ne se soucie de porter remède à leur situation, et tout le monde se plaint de leurs méfaits, de leur humeur chapardeuse, de leur effronterie, de leur insistance, véritable plaie sociale, leur nombre va croissant d’année en année. Dans leur tendre jeunesse, ils n’ont pas trouvé place dans les écoles et des parents ignorants et insouciants les ont abandonnés à la rue. Ils ont conquis cette rue et les boulevards, et les marchés, les cafés, la ville, toute la ville. C’est le tribut que paie, au système, l’Algérie qui devient progressivement un peuple de mendiants faméliques et misérables». Ce texte qui peut être d’actualité est le cri que lance Abdelkader Azza en 1947 pour décrire la situation de la jeunesse de Sidi Bel-Abbès à cette époque. C’est cette jeunesse qui est conviée le 28 mai 1948, à une représentation théâtrale donnée par la Société artistique indigène «El Amal». Comme à chaque manifestation culturelle donnée par une troupe indigène et s’adressant aux Indigènes, la police est sur les dents. L’ambiance Naegelen: Un mois auparavant, le 4 avril 1948, les élections organisées par le Gouverneur Général Naegelen et marquée par une vaste et flagrante fraude avaient fait perdre leurs dernières illusions aux plus inconditionnels soutien de la domination française en Algérie parmi les Indigènes. La Société artistique et musicale «El Amal» a été constituée en 1947 par un groupe de militants et d’intellectuels UDMA dont le professeur Azza, en association avec des militants prolétariens du MTLD. Tentant d’exploiter les rares espaces de liberté que leur laissait le système colonial, les animateurs de la Société, s’investirent dans l’expression théâtrale. Abdelkader Azza semble s’être très tôt intéressé au théâtre. Est-ce lui que cite le père du théâtre algérien, Mahieddine Bachtarzi, dans l’interview qu’il accorda à Boudali Safir en 1932, quand il loue les efforts accomplis dans la promotion du théâtre arabe faits par «un professeur de Sidi Bel-Abbès»? Sans aucun doute. A cette date, Azza Abdelkader est très probablement le seul professeur indigène de Sidi Bel Abbès. Le théâtre arabe de Bachtarzi avait alors un grand succès dans la ville, comme en témoigne ce dramaturge dans ses mémoires. Aussi, c’est cette forme d’expression artistique que privilégièrent les animateurs de la Société artistique. A la faveur de l’avènement de la municipalité communiste Justrabo. Et c’est ainsi qu’ils présentent ce 28 mai 1948 au théâtre de Sidi Bel-Abbès, une pièce intitulée «L’arabe comme il se parle». La pièce posait le problème de l’enseignement de la langue arabe et critique, l’arabe parlé, «langue bâtarde, polluée de mots français et espagnols». La pièce dénonçait également la condition pénible des ouvriers agricoles musulmans exploités par les colons. Les chants qui suivirent la représentation étaient nettement empreints de sentiments nationalistes. Les éléments constituant la société étaient tous originaires de la petite-bourgeoisie locale; l’un d’eux était d’origine israélite, ce qui traduit l’esprit de tolérance qui caractérisait la société bélabbesienne à l’époque. Abdelkader Azza, le militant UDMA a probablement été un des initiateurs de cette pièce, lui le professeur de langue et de littérature arabe. Il ne manquait d’ailleurs jamais une occasion pour étaler son admiration pour la culture et la langue arabe au passé si sublime. C’est l’époque où partout en Algérie, on faisait des efforts pour retrouver, réaffirmer, rehausser l’identité arabe de l’Algérie. Et pour beaucoup, l’identité c’était d’abord la langue arabe. C’est l’époque où à Alger, un certain Abderrahim Djellal venait au local ou répétait la troupe de Bachtarzi, pour donner des cours d’arabe classique aux artistes après les répétitions, cours assidûment suivis par les artistes. Hani Abdelkader
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